‹ Figaro et ses devanciersChapitre 139 sur 194 · Ravaisson, XII, 3u · texte numérisé non relu

Ravaisson, XII, 3u

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forme plus intéressante, ayant à cet effet établi quelques correspondances étrangères qui, dans l'événement de la guerre dont on parle beaucoup, seront d'une grande ressource.

Et ce même numéro commençait, non plus comme une gazette, mais comme une lettre d'affaires, par ce préambule — un trompe-l'œil :

« Le locataire de votre maison du faubourg Saint-Germain ne peut me payer vos loyers que dans huit jours; pour vous dédommager du peu d'intérêt de cette lettre, je vais vous faire part de ce qui se dit — »

Et voilà le journal amorcé, la police dépistée : ce n'est plus un gazetier qui s'adresse à ses abonnés, c'est un receveur de rentes qui écrit à ses commettants.

Mais la police était fine; le 14 janvier 1754, elle mettait la main sur Duthuillé et le faisait écrouer à la Bastille, ce qui montre l'importance que l'on attachait à la capture.

Les interrogatoires du prisonnier nous apprennent que Chevrier ne lui fournit des « mémoires » que pour six feuilles, au prix convenu, 18 livres par ordinaire; puis ce fut Blin, commis de Chevrier, qui les livra, aux honoraires bien inférieurs de six livres par mois. Blin dérobait la matière de ces nouvelles à son maître, qui rédigeait d'autres gazettes manuscrites pour son compte particulier : toujours les mêmes procédés. Ce petit commerce dura jusqu'en août 1753. Duthuillé déclare que,

à partir du moment où Chevrier cessa d'être son fournisseur, ses bulletins perdirent de leur intérêt! et, de fait, nous trouvons dans son dossier les plaintes des abonnés mécontents. L'envoi de la circulaire, que nous avons transcrite, en avait attiré un certain nombre : personnages du premier rang, évêques et présidents au Parlement, duchesses et financiers, dont la liste est conservée.

Duthuillé avait des correspondants en province. . A Chartres, le directeur de la poste s'occupait de lui trouver des abonnés; à Bordeaux, M. de Loménie recevait pour lui les mandats des souscripteurs et leur faisait parvenir la feuille. Il transmettait au gazetier les desiderata des clients :

« Monsieur *** vous prie de l'instruire avec soin de tout ce que vous pourrez recueillir en anecdotes de toute espèce, secrets, littérature, affaires du temps, poésies, morts, mariages, en un mot tout ce que vous apprendrez. »

Les premiers numéros de ces feuilles à la main ; portent l'empreinte de Chevrier; c'est son style, sa tournure d'esprit :

14 février 1753. — Nouvelles.... L'accident arrivé à M. Bouret sera pour lui plus sérieux qu'on n'avait craint tout d'abord. On dit qu'il en perdra un œil. Ainsi ceux qui voudraient voir tous les fermiers généraux aveugles auront du moins la consolation d'en voir un borgne.

Speclacles. — Marmontel et le marquis de Ximénès, aussi malheureux, l'un à sa cinquième tragédie que l'autre à la première, ont donné lieu aux vers suivants :

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Le parterre a fait ses victimes D'Epicharis et d'Egyptus :

L'une est morte a force de crimes, Et l'autre à force de vertus.

Le pauvre Marmontel n'a pu soutenir la chute affreuse de la pièce. Il s'est enfui de désespoir au quatrième acte, qui n'aurait pas été achevé sans les cinq gardes-françaises, qui jouaient aux quatre coins dans le parterre et disaient d'un ton de pitié : « Messieurs, un peu de patience!... un peu de patience !.... »

Chevrier a cessé d'approvisionner Duthuillé de ses « mémoires », pour les fournir à Morand, qui les envoie à Frédéric II1, et pour en alimenter un service de « petites nouvelles », c'est-à-dire de nouvelles galantes, qu'il se met à rédiger pour son propre compte. Ses « petites nouvelles » ne tardent pas à faire scandale2. A dire vrai, son activité s'emploie dans tous les genres. Tandis que son collaborateur gémit entre les murs de la Bastille, il aborde lui-même le théâtre, présente au public la traduction, par Baurans, de la Servante maîtresse (Serva padrone) du Pergolèse3; fait jouer à la comédie italienne' la Revue des Théâtres, la première pièce de ce genre qui ait paru en France.

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