Paul Bayle et Jacques Herblay, loc. cit., p
les qualités du cœur et une admirable culture, Louis Petit de Bachaumont. Il était né à Versailles, le 2 juin 16901. Il avait donc douze ans de moins ue la femme qui allait devenir pour lui une amie dèle, jusqu'à la dernière heure de sa vie. Sur la longue intimité de Bachaumont et de Mme Doublet, on a jeté la médisance. Par son testament môme, Bachaumont y répondit, à l'heure où la vieillesse inclinait cet honnête homme vers Ja tombe :
« Ayant de' grandes obligations à Mme Doublet, qui a bien voulu me servir de mère depuis que j'ai eu le malheur de perdre la mienne....2 »
Mme Doublet vivait seule dans cet hôtel de l'enclos des Filles-Saint-Thomas, où son frère, l'abbé Legendre, et Petit de Bachaumont l'aidaient dans ses devoirs de maîtresse de maison. Elle y recevait écrivains, historiens, érudits, philosophes, artistes : Coypel, Caylus, Mirabaud, Foncemagne, Rigaud, Largillière, Ilelvétius, Marivaux. Bachaumont gravait les dessins de son amie3. Enfin, en 1730, il vint iux Filles-Saint-Thomas demeurer au second étage de l'hùtel dont l'aimable femme habitait le premier. Bachaumont était magistrat, un magistrat que ses fonctions ne préoccupaient ni n'occupaient ;;*uère. Ses amis l'avaient baptisé « le cher pares -
1. Acte de baptême publié par P. Bayle et Jacq. Herblay, loc. cit., ». 216.
•J. Cité par Paul Cottin, loc. cit., p. xi.
3. Une partie de l'oeuvre de Mme Doublet se trouve à Bibliothèque latiuuale, estampes, portefeuilles d'amateurs, à l'ordre alphabétique. S mis on reproduisons ci l'une des planches, le portrait de Falconet.
seux »; mais, dès qu'il s'agissait de sauver uni œuvre d'art, de protéger un artiste, de faire adopte par l'édilité parisienne les projets d'un architecte de talent, de donner de bons conseils, soit à Bou> chardon, soit à Boucher, il secouait sa noncha; lance. Garmontelle a laissé de Bachaumont un amusant profil. Notre magistrat y paraît coiffé d< sa perruque à longue chevelure, la perruque ima; ginée par le duc de Nevers, et qui ne fut jamais portée que par son inventeur, par Bachaumont 1 par Voltaire1. C'est bien son œil noir et spirituel' « le grand nez bourbonien du temps, une bouche! ironique, au coin de laquelle tressaute une petit* verrue. 11 est au pied de la colonne astrologique d< Bullant, que, grâce à lui, grâce aux 1800 livreu! qu'il tira de sa poche pour sauver ce souvenir d( Catherine de Médicis, Paris possède encore encas trée clans la Halle aux blés2 ».
Aux noms de Bachaumont et de son amie, oi ; joindra celui de l'abbé Legendre, de trois ans plu jeune que sa sœur; joyeux compère, franc buveiï et gentil camarade, grand ami de Piron qui L célèbre dans ses vers :
Vive noire vénérable abbé,
Qui siège à table mieux qu'au jubé!
Avec sa sœur et Bachaumont, il formait, dans 1 grande « salle de Compagnie » de l'hôtel des Filles