‹ Figaro et ses devanciersChapitre 147 sur 194 · Correspondance de Grhnm, éd. Tourncux, IX · texte numérisé non relu

Correspondance de Grhnm, éd. Tourncux, IX

2. Édm. ot J. de Goncourt, Portraits intimes, éd. cit., p. 70-71.

LA RABOISSE. 261

Saint-Thomas, ce qu'on appelait « la Samle-Tri- 'iité »; autour d'eux « les Paroissiens »; c'est-à-dire 'abbé de Bernis, qui devint cardinal, l'abbé de Voisenon, qui entra à l'Académie, l'abbé de Chau- Vclin, qui était laid à faire peur :

Quelle est cette grossière ébauche? Est-ce un homme, est-ce un sapajou?

'abbé Xaupy, docteur de la Faculté de médecine, ît trois autres médecins encore, Falconet, Firmin >t Devaure; les deux Sainte-Palaye, frères jumeaux; xois académiciens, Mairan, Foncemagne et Mira- 3aud; des gentilshommes gens de lettres, Pont-de- Veyle et d'Argental, ce dernier ministre du duc de ferme. Tout ce monde avait beaucoup d'esprit, au ooint d'en effrayer Piron : « Annoncez bien une )ête à Mme Doublet, écrit-il à l'abbé Legendre, et 'y serai bon ».

Au début, les femmes étaient exclues de la Paroisse. Mme Doublet obtint qu'on y admît Mmes du 3ocage, Rondet de Villeneuve, de Besenval et d'Argental. Mme d'Argental était charmante, vive, ictive, avec une petite tète d'homme d'Etat et... l'homme d'affaires. « Mes anges », disait Voltaire, m parlant d'elle et de son mari. Les Paroissiens ^connaissaient unanimement l'autorité de celui Qu'ils appelaient leur « cher Président », Durey de deynières, président de la deuxième des Enquêtes tu Parlement : un de ces aimables magistrats du £vme siècle, cultivé et bon, que toute pensée

trouvait sceptique, à moins qu'elle ne vînt du cœur.

Durey de Meynières était le président et Bachaumont le maître des cérémonies du salon de Mme Doublet. « Ce salon tenait le monde et Paris, et la veille, et le jour, et la chaire, et l'Académie, et la comédie, et la Cour. Il était le rendez-vous des échos, le cabinet noir où Ton décachetait les nouvelles. Pêle-mêle y tombait le xvnr siècle, heure par heure, bons mots et sottises, querelles, procès, sifflets, bravos, morts et naissances, livres et grands hommes, un je ne sais quoi sans ordre, une moisson à pleine brassée de paroles et de choses.... Salon envié! Confessionnal du xvnr siècle où tant d'esprit s'est confessé 1.... »

Les Paroissiens étaient frondeurs, parlementaires, libres-penseurs, ou, pour parler plus exactement sceptiques aimables; ils se modelaient sur Bachau mont, esprit indolent, bienveillant et libéral.

De santé délicate, Mme Doublet ne sortait guèr< de son hôtel; à en croire les contemporains, elle n< l'aurait pas quitté une seule fois durant les qua rante dernières années de sa vie, « ne se soucian de faire aucun acte de religion 2 ».

Les Paroissiens arrivaient à la même heure dans la grande « salle de compagnie ». Ils trouvaient vingt-neuf chaises couvertes de pann( cramoisie, rangées le long du mur, chacune sou

1. Edm. et Jules de Concourt, Portraits intimes, éd. cit., p. 58-59.

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