Paul Bayle et Jacques Herblay, loc. cit., p
2 Ce fait très curieux ressort notamment de l'identité des termes où est rapportée la mort •< libertine » du marquis de Maugiron, décédé chez l'évêque de Valence, dans une lettre de Voltaire à Thiériot (à l'intention du roi de Prusse), lettre datée du 1er avril 1709, et dans le Bachaumont. Voy. F. Caussy, Lettres inédites de Thiériot à Voltaire dans la Revue d'hist. litt. de la France, janv.-mars 1909, p. 100-80.
les provinces, notamment à Dijon, où les signale la correspondance de Buflbn1.
Et à Paris même, des « cabinets » de nouvellistes, notamment celui de l'abbé Baudouin, chanoine de Notre-Dame, faisaient à la môme époque concurrence à celui de Mme Doublet2 — modestement — car la Paroisse les éclipsait tous.
Les valets recopiaient tout ou partie du grand registre réservé aux nouvelles reconnues certaines, en cédant parfois — quand les quatre pages de la feuille n'étaient pas remplies — à la tentation de puiser dans le registre d'à côté; puis, les paquets étaient portés aux abonnés de Paris, ou mis à la poste pour la province.
Les diverses catégories de souscripteurs recevaient des feuilles différentes : les uns, les informations politiques, celles qui concernaient le Parlement, les « affaires du temps »; les autres, les informations littéraires et artistiques; d'autres les échos mondains, les « on-dit » de la ville, du théâtre et de la Cour.
Voltaire s'adresse à cette agence accréditée pour faire démentir de faux bruits répandus sur son compte3.
Cette vogue, cette prospérité, celte gloire, n'allaient pas sans revers; et le revers du nouvellisme, nous le connaissons : un gouvernement qui fronce
1. Correspondance inédite de BurFon (1860, in-8), lettre du (J août 1732 ' au Président de Ruffey, I, 14.
2. Paul Coi tin, Sophie de Monnier à Mirabeau (1903, in-8), p. cxlviii.
:;. Lettre du 23 sept. 1750, cit. par Paul Cottin, Un protégé de Bachaul mont, p. xvi.
les sourcils et mobilise ses estafiers. D'Argenson, ministre de Paris, écrit au lieutenant de police Berryer (6 octobre 1753) :
« Le roi est informé, Monsieur, que Mme Doublet reçoit, dans le monde de ceux qui vont chez elle, plusieurs personnes qui y débitent des nouvelles fort hasardées et qui ne peuvent faire qu'un mauvais effet lorsqu'elles viennent à se répandre dans le public ; que souvent ces personnes y tiennent des discours peu mesurés et que Mme Doublet, au lieu de réprimer une licence aussi condamnable, leur pexmet en quelque façon d'en tenir un registre et qui sert à composer des feuilles qui se distribuent dans Paris et s'envoient même dans les provinces. Une pareille conduite ne pouvant que déplaire au roi, Sa Majesté, avant d'employer des moyens plus sévères, m'a chargé de vous mander que vous eussiez à voir incessamment Mme Doublet pour lui représenter qu'elle ait à faire cesser au plus tôt un pareil abus, en éloignant de chez elle les personnes qui contribuent à l'entretenir1.... » Berryer se rendit donc aux Filles-Saint-Thomas, où Mme Doublet le reçut avec une exquise politesse : mais vingt-cinq ans s'étaient écoulés depuis que les Paroissiens s'étaient réunis pour la première fois : Bachaumont avait été nommé Premier Président2, Bernis cardinal; Mirabaud , Foncemagne, Mairan étaient de l'Académie; Sainte-Palaye
1. Publ. par Manuel, Police dévoilée, I, -20-2 ; Peuchet, Archives de la police, III, 330.