Bibl. nat. mss franc
rue Louis-le-Grand », lettres qu'il recevait de son neveu. Enfin les poésies ou les nouvelles un peu mordicantes sont rattachées par un onglet au corps de la lettre. Ce sont les nouvelles « à l'épingle » et au petit mot « Brûlez, je vous prie », que nous avons déjà rencontrées.
Lorsque, en 1740, Bachaumont lança la fameuse circulaire qui annonçait la création d'un service régulier de gazetins, il ne faisait donc que consacrer la publicité et assurer la fixité d'une organisation qui fonctionnait depuis plusieurs années :
Un écrivain connu entreprend de donner, deux fois chaque semaine, une feuille de nouvelles manuscrites. Ce ne sera point un recueil de petits faits secs et peu intéressants, comme les feuilles qui se débitent depuis quelques années. Avec les événements publics, que fournit ce qu'on appelle le cours des affaires, on se propose de rapporter toutes les aventures journalières de Paris et des capitales de l'Europe, et d'y joindre quelques réflexions sans malignité, néanmoins sans partialité, dans le seul dessein d'instruire et de plaire, par un récit où la vérité paraîtra toujours avec quelques agréments. Un recueil suivi de ces feuilles formera proprement l'histoire de notre temps. Il sera de l'intérêt, à ceux qui les prendront, de n'en laisser tirer de copie à personne, et d'en ménager même le secret, autant pour ne pas les avilir, en les rendant trop communes, que pour ne se pas faire de querelles avec les arbitres de la librairie. A chaque ordinaire, on portera à ceux qui voudront la prendre; elle sera payée sur-le-champ par le portier, afin qu'on ait la liberté de l'abandonner lorsqu'on n'en sera pas satisfait '.
1. Origin. B. A. ms. o 505, f. 55: éd. Edm. et J. de Concourt, Portraits intimes, éd. cit., p. GU-G1.
Durant ces premières années, la série des gazetins, connue sous le nom de « Correspondance de Bachaumont », n'a pas encore pris le ton d'ironie et de persiflage qui caractérisera plus tard les Mémoires secrets. C'est une suite de nouvelles à la main, rappelant, avec plus d'importance et d'autorité, les gazettes concurrentes, plus ou moins tolérées, et s'exprimant presque librement, ce que permettaient les attaches et les relations des auteurs. « Les nouvelles à la main sortant de chez Mme Doublet étaient assurément, et de beaucoup, les plus amusants journaux de l'époque1. »
Pour compléter leurs informations, les Paroissiens avaient des correspondants en diverses villes de France, voire à l'étranger. Du camp du roi arrivaient des dépèches signées de MM. de Montesquiou et de Voisenon. Ils étaient en relation avec des nouvellistes provinciaux, agences d'informations régulièrement constituées. On suit les traces de l'une d'elles qui envoyait ses bulletins simultanément à Paris, où les recevait la Paroisse, et en Suisse, où les recevait Voltaire2. Peut-être même Bachaumont et ses amis avaient-ils noué des relations avec les cercles de nouvellistes, semblables au leur, qui, à la même époque, se tenaient dans