‹ Figaro et ses devanciersChapitre 159 sur 194 · PIDANSAT DE MAIROBERT EN I · texte numérisé non relu

PIDANSAT DE MAIROBERT EN I

Dessin par Carmontelle (Musée Condé, à Chantilly).

glisser dans la poche de quelqu'un, dans un café ou au spectacle, pour les répandre sans risque, ou d'en laisser tomber des copies aux promenades1. » Ces petits vers, que Mairobert semait aux quatre vents, étaient assez vifs, d'une heureuse tournure parfois, par exemple les suivants à l'adresse du maréchal de Richelieu :

Le rejeton des Vignerots

Vient de s'embarquer sur les ilôts,

Pour porter à la République (Gênes),

De la part du roi, pour secours,

Une vieille médaille antique

Qui dans Paris n'a plus de cours.

C'est le doyen des freluquets, Le patron des colifichets, C'est le grand-prêtre de la lune, C'est un gentilhomme du roi, Dont la race n'est pas commune, Et qui vaut presque un Villeroy 2.

Embastillé depuis le 2 juillet 1749, Mairobert se plaignait beaucoup; il souffrait surtout de n'avoir pas de quoi écrire; il ne fut rendu libre que le 27 juin 1750, après de grandes promesses d'être plus sage à l'avenir et de ne plus faire parler de lui3.

Et Mairobert poursuivit sa carrière d'homme de lettres, incertaine, agitée, besoigneuse. En 1755,

1. lL'r juillet L719, rapport, anonyme (de l'écriture de Mouhy) au lieutenant de police, B. A. ms. 11683, f. 55, éd. Ravaisson, XII, 324 (sous la date erronée du 13 juillet).

■2. b. -A. ms., nos;;, f. 126.

'.'•. Note du lieutenant de police pour le ministre de Paris. -21 juin 1750, i/ji'f.. éd. Ravaisson, XII. 345.

il publiait sa Querelle de MM. de Voltaire et de Maupertuis. Le marquis de la Galissonnière le chargea de travailler à des mémoires sur les limites du Canada; puis, aux Archives de la Marine, il fut employé, durant douze ans, à réunir « les motifs et les moyens qui ont conduit et préparé les événements arrivés sous les ministères depuis M. Colbert et d'en saisir les meilleurs principes de gouvernement et d'administration pour l'avenir ». Cependant il continue d'être en relation avec les principaux Paroissiens, avec Meynières, Voisenon, Mme Doublet, auxquels il communique les découvertes intéressantes qu'il peut faire dans les archives dont il a la clé i.

L'auteur de Y Histoire privée du règne de Louis XV , Moufle d'Angervilie, le dépeint ainsi :

« Pidansat de Mairobert, vif et souple, intrigant et hardi, parleur caustique, oracle des foyers de la comédie, courtisan des lieutenants de police, habile à changer de masque et à se faufiler chez les grands, nous figure assez bien un diminutif de Beaumarchais. Remuant comme ce modèle, il lui manque cependant la verve étincelante, le turbulent génie du grand charlatan. »

Mairobert conservera jusqu'à sa dernière heure l'esprit critique qui l'avait caractérisé dans sa jeunesse. C'est sous son influence que les Mémoires secrets prendront une allure agressive. En lui aussi le nouvelliste se doublait du pamphlétaire. Il est

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