Paul Bayle et Jacques Herblay, toc. cit. p
3. Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres en France, depuis 1762 jusqu'à nos jours ou Journal d'un observateur... par feu M. de P.aehaumont, t. I, à Londres, chez Adamson, 1777, in-12. Les quatorze premiers volumes furent imprimés de 1777 à 177'J; les tomes XV-XVII en 1781 ; les tomes XVIII-XXXVI furent imprimés de 178-2 à 1789.
Donc, à l'impression, les gazetins de la Paroisse commencent au 1er janvier 1762. Les cinq premiers volumes de la collection reproduisent les bulletins de la Paroisse (1762-1771) recueillis par le Président de Bachaumont; une seconde partie, qui comprend les tomes VI-XIV (1772-1779), est rédigée par Mairobert, devenu censeur royal et secrétaire des commandements du duc de Chartres (Philippe - Égalité); enfin, après la mort du successeur de Bachaumont, le 27 mars 1779, le continuateur des Mémoires secrets (tomes XV-XXXVI) fut Moufle d'Angerville, avocat au Parlement, Fauteur de la Vie privée de Louis XV. Moufle d'Angerville, non seulement poursuivit ce recueil d'informations jusqu'à l'année 1787, — où s'arrêtent les Mémoires secrets, — mais encore y réintégra, au cours de réimpressions successives, des passages de gazetins originaux omis par son devancier1.
Les Mémoires secrets, qui constituent, pour l'étude de l'Ancien Régime, une source des plus importantes et des plus vivantes, émanent donc des registres de la Paroisse. Ils en donnent l'écho pour une période de neuf années (1762-1771) — sans parler ici de la continuation par Mairobert, puis d'Angerville — écho amoindri et affaibli, car ni Mairobert, ni Moufle d'Angerville n'ont reproduit exactement le texte de Mme Doublet. Us l'ont remanié, allongé, raccourci, selon qu'ils le jugeaient utile. Nous possédons, en effet, à la Bibliothèque
1. Voy. l'avertissement du libraire au t. XV de l'éd. de 1781, in-12.
Mazarine et à la Bibliothèque de la Ville de Paris, des collections de gazetins sortis de la Paroisse, et les différences qu'ils accusent avec les années correspondantes des Mémoires secrets sont caractéristiques. Les Mémoires secrets sont une déformation de l'original; ils ne sont pas la reproduction du manuscrit lui-même.
Les gazetins de la Mazarine proviennent en partie de la bibliothèque du duc de Penthièvre. Ils commencent en janvier 1762, comme l'édition de 1777 des Mémoires secrets, et comprennent deux séries, Tune1 qui va de 1762 à 1771, et l'autre2 qui, avec une lacune de quatre années (1768-1771), s'étend de 1762 à 1779. Pour quelques années, il y a deux séries de nouvelles. Un certain nombre fies articles contenus dans ces gazetins se rapprochent d'assez près des articles correspondants imprimés dans les Mémoires secrets ; toutefois, les faits communs aux deux recueils sont rapportés en termes différents. On trouve même dans le recueil de la Mazarine des anecdotes qui ne figurent pas dans le Bachaumont, et vice versa.
Généralement, la correspondance adressée au lue de Penthièvre s'occupe beaucoup plus des affaires du Parlement que des autres questions susceptibles de fixer, à cette date, l'attention du *rand public; les Mémoires secrets, au contraire, donnent une place prépondérante aux nouvelles de
1 Mss 2 372-86.
-2. Mss -2 387-99.
la « République des lettres ». Le rédacteur de la gazette manuscrite de la Mazarine copiait dans les registres de la Paroisse les articles qu'il estimait devoir intéresser plus particulièrement le duc de Penthièvre. Les gazetins de la Mazarine sont donc plus politiques, le Bachaumont est plus littéraire; mais les deux recueils proviennent l'un et l'autre des registres de Mme Doublet.
La dernière gazette du recueil de la Mazarine est datée du 17 mars 1779 et, sur un feuillet double qui termine le volume, on lit ces mots :
Il est très vrai, Monsieur, que c'est moi qui vous ai adressé dernièrement un paquet renfermant plusieurs papiers publics.... Quant aux nouvelles à la main, il n'y a plus à en espérer. L'auteur a jugé à propos de passer de ce monde-ci dans l'autre, pour ne point survivre à un jugement diffamant rendu contre lui dans un procès où il s'est trouvé impliqué1. Ce malheureux (Pidansat de Mairobert)! a choisi un genre de mort assez singulier. Il s'est emparé chez lui de deux rasoirs et d'une paire de pistolets, a éflj de là aux bains de Poitevin, où, après s'être mis dans l'eau, j il s'est coupé les veines, mais, entendant du bruit, et crai- 1 gnant que l'on ne vînt à son secours, il a ramassé le peu de forces qui lui restait pour prendre un pistolet qu'il avait j disposé et s'est fait sauter la cervelle. Il paraîtra sans doute étonnant qu'un homme, qui déclamait si souvent contre le1 suicide, ait eu la faiblesse de s'y livrer. J'ai l'honneur....
Signé : Courtin 2.
Le recueil de la Mazarine est donc formé par, des gazettes secrètes qui sortaient du bureau dej