LA CORRESPONDANCE DE GRIMM
Les grands nouvellistes : l'œuvre de l'abbé Raynal et celle de Grimm, continuée par Meister. — Diderot, Crébillon fils, Favart, Fréron, Mme de Staël, Voltaire, La Harpe.
Touchant à la fin de cette étude, nous n'avons pas encore mentionné les grands nouvellistes qui ont donné à leur industrie sa renommée et son éclat. C'est l'abbé Raynal, le célèbre auteur de ÏHisloire philosophique du commerce des Indes, qui fonde la correspondance littéraire bientôt appelée Correspondance de Grimm. Ses abonnés sont, entre autres, MM. de Saint-Séverin, de Puysieulx et la duchesse Dorothée de Saxe-Gotha Pour remplir sa tâche, il se faufile dans les salons littéraires, chez Helvétius, chez le baron d'Holbach, chez Mme Geoft'rin, dans les antichambres des gens en place, jusqu'auprès des ministres. On l'y rencontre, actif, affairé, « poussant de questions tout ce qui l'approche, pour recueillir toutes sortes de documents ». Sa première lettre datée, mais non signée.
à la duchesse Dorothée est du 29 juillet 1747 '. Vers 4752, à une époque restée imprécise, le baron Grimm tenait une semblable entreprise, accueillie avec faveur dans certaines petites cours allemandes, et qui bientôt demeure seule en activité. Frédéric -Melchior Grimm était né à Ratisbonne, le 26 décembre 1723, d'un pauvre pasteur luthérien. Arrivé en 1748 à Paris, avec le plus jeune des fils du comte de Schomberg, il entra, en qualité de secrétaire, dans la maison du comte de Friesen, neveu du maréchal de Saxe. Bientôt il fut en relations avec Diderot, Rousseau, Helvétius.
C'était le vrai type du baron allemand, un grand garçon dégingandé, la figure longue, les cheveux blond fadasse; de gros yeux bleus, « des yeux de grenouille », dit un contemporain. Il avait le teint roux et, pour en masquer les taches, se couvrait de blanc de céruse. Ses manières étaient aisées, distinguées. L'usage du monde avait assoupli son esprit et les philosophes l'avaient marqué à leur empreinte; mais toute cette philosophie désarmait devant l'écusson armorié des plus minces principicules germaniques. « Il n'est jamais plus heureux, écrivait la grande Catherine, que quand il est auprès, proche, à côté, par devant ou par derrière quelque Altesse d'Allemagne. »
Grimm est le prince des nouvellistes. Outre la duchesse de Saxe-Gotha, il compte au nombre de ses « chalands » — comme il dit — la grande Cathe-