‹ Figaro et ses devanciersChapitre 189 sur 194 · Ihul.. III · texte numérisé non relu

Ihul.. III

trouvé, durant l'espace de quelques jours, nouvelliste balivernier du roi de Prusse, envoie contre son confrère la plainte la plus vive au lieutenant de police. Fouilhoux Pavait pris à partie dans la Gazette cVUtrecht :

« J'implore votre justice contre ce scélérat.... »

A Vergennes, Baculard écrivait : « Je me flatte que votre équité si connue plongera pour quelque temps ce monstre dans une prison infamante. C'est un assassin moral. On lit en Amérique, en Angleterre, partout, ses horreurs qui ont des ailes1. »

Sous le règne précédent, l'arrestation de Fouilhoux n'eût été qu'une question d'heures. Il continua de courir et discourir. Cependant Fouilhoux finit par se faire « pincer » — le terme est du temps. L'intendant d'Auvergne réclama son châtiment. Le gazetier avait écrit que ce fonctionnaire avait fait emprisonner les collecteurs de sa généralité, pour avoir tardé de fournir les rôles des contributions. Le malheureux fut mis, le 14 janvier 1786, à Bicêtre, dont il dut prendre l'uniforme : honte qui le poursuivit jusqu'en pleine Révolution. Élu par lé district Saint- Eustache comme représentant de la Commune, il dut donner sa démission : « on ne crut pas devoir vaincre un préjugé2'».

Le 20 juillet 1791, le sieur Durocher, sous-lieutenant de la cavalerie nationale, conduisait avec un

1. Peuchet, Archives de la police, III, 346. •-.'. Manuel, la Police de Paris dévoilée, I, 216.

détachement de ses hommes, au commissariat de police de la section de l'Oratoire, deux colporteurs qu'il avait arrêtés, vendant, rue des Prêtres-Saint- Germain-rAuxerrois, une imitation du Père Duchesne intitulée « Je suis le véritable Père Duchesne.... » Par leurs cris rauques, les camelots avaient formé un attroupement, car ils ne se contentaient pas de débiter leur gazette, ils raccompagnaient de commentaires, déclarant que « la loi était atroce ».... Il s'agissait du décret du 17 juillet défendant de signer la pétition du Champ de Mars, qui réclamait la déchéance du roi.

Rue Thibautodé, n° 7, à l'imprimerie d'où sortait la feuille, on rejeta la faute sur le rédacteur, Charles Fouilhoux, qui demeurait rue Coquillière, n° 8.

On y trouva en effet le délinquant. Il déclara avoir rédigé son article dans la matinée du 17 juillet : l'après-midi eut lieu le massacre du Champ de Mars; or, prétendait-il, on était venu chercher sa copie le 18, à six heures du matin. S'il eût connu la loi du 17, c'est-à-dire la défense de signer la pétition, « son dévouement à la patrie la lui aurait fait respecter ». « Trois fois victime de l'Ancien Régime, disait le gazetier, j'ai des motifs plus que personne pour aimer la Constitution1. » Cette affaire ne paraît pas avoir eu d'autres suites pour le concurrent peu scrupuleux d'Hébert qui, du

1. Archives de la Préfecture de police, procès-verbaux des commissaires de police, 20-25 juillet 1791. — Sur cet incident voy. Paul d'Estrée, le Père Duchesne (Paris, s. d., in-8), p. 57 sq.

reste, avait lui-même volé le titre et jusqu'à la vignette de son Père Duchesne.

Fouilhoux fut mis en arrestation plus effectivement le 17 floréal an II (6 mai 1794), par ordre du Comité de surveillance révolutionnaire, section Guillaume Tell. Dans Pacte d'arrestation il est qualifié d1 « employé à la commission des armes, quai Voltaire ». Ecroué par « mesure de sûreté générale » à la maison d'arrêt du Luxembourg, il n'en sortit que le 1er vendémiaire an III (22 septembre 1794) *..

Charles Fouilhoux eut donc des démêlés avec la Révolution, comme il en avait eu avec l'Ancien Régime, et comme il allait en avoir avec Napoléon; mais ici il va devenir tout à fait intéressant.

Le 20 nivôse an X (10 janvier 1802), Fouché, ministre de la police, signalait au Premier Consul l'existence et le colportage dans Paris d'un « bulletin fait à la main », qu'on distribuait d'une manière clandestine et auquel la plupart des ambassadeurs étrangers étaient abonnés2. « Le principal but de ce bulletin était de faire connaître ce que faisait et disait le Premier Consul, à chaque instant du jour et de la nuit. »

« Le grand nombre d'étrangers qui sont à Paris, déclarait- Fouché, répandent ces bulletins dans toute l'Europe. De là des inquiétudes et cette foule de bruits ridicules qui, depuis un mois

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