‹ Figaro et ses devanciersChapitre 190 sur 194 · Journal des Débals du 29 nivôse an X · texte numérisé non relu

Journal des Débals du 29 nivôse an X

(depuis l'apparition de cette gazette manuscrite), courent Paris, les départements et les pays voisins; de là, tant de fables absurdes, sérieusement racontées dans quelques journaux d'Allemagne et d'Angleterre, et cependant ces mensonges, malgré leur grossièreté, alarment tous les esprits faibles en France et chez l'étranger. »

L'auteur en était Charles Fouilhoux. Il fut arrêté. On trouva chez lui la liste de ses abonnés, et, parmi eux, la série complète des ambassadeurs accrédités auprès du Premier Consul. Les gazettes hostiles au gouvernement français, qui paraissaient hors de France, s'inspiraient des gazetins de Fouilhoux, notamment V Ambigu de Peltier, publié à Londres; — Peltier avait été l'un des principaux rédacteurs des Actes des Apôtres et il fit à Napoléon, jusqu'en 1815, une guerre de plume acharnée1.

La femme du général Junot, duc d'Abrantès, décrit l'entrée dans son' home des gazettes manuscrites de Fouilhoux. Elle était au bain. « On lui remet une immense enveloppe, de celles qui servent à renfermer des papiers comme dossiers » ; avec cette inscription : « A Madame Junot jeune ». Elle la fait décacheter par une soubrette « et il s'échappe par la chambre une foule de petits papiers, grands comme une feuille à billet, recou-

1. Cf., entre autres, le n° 2 de V Ambigu, 20 août 1802, racontant une revue du 14 juillet par Bonaparte, d'après « un bulletin à la main de M. Fouilhoux »,

verts sur les quatre côtés d'une écriture fine et serrée, extrèmeiiient lisible et fort soignée. »

La feuille manuscrite de Fouilhoux était intitulée : Une quinzaine du grand Alcandre (imitation du pamphlet de Bussy-Rabulin contre Louis XIV) et paraissait deux fois par mois. Napoléon y figurait en Richelieu de l'ancienne Cour1.

Le Premier Consul fut impressionné par ce commerce de nouvelles clandestines, plus qu'on ne saurait le croire- Il en parla dans son cabinet, devant le Conseil d'Etat :

« Il n'y a là, dit-il, que des absurdités. Il paraît, d'après ce que l'on dit de moi, que l'auteur ne connaît pas seulement mon physique. On y suppose des scènes galantes semblables à celles de Louis XV. En effet, je ressemble beaucoup à ce monde-là, n'est-ce-pas? On m'y fait dépenser des sommes énormes pour mes voyages, à la Malmaison; on sait comment je jette l'argent par les fenêtres. On y raconte une scène violente entre moi et Barbé-Marbois (ministre du Trésor), à qui j'aurais demandé quinze millions pour mon voyage de Lyon et qu'il m'aurait refusés, tandis que je n'ai pas dépensé cinquante mille francs. On y parle de prétendues querelles entre Lannes et moi. J'ai dit au citoyen Serbelloni , ambassadeur de la République italienne, à Lyon, en présence de plusieurs de ses compatriotes, qu'il avait donné 300 francs à l'auteur et que son nom était sur la

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