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Mémoires de la duchesse d'Abrantès, IV

liste des abonnés. On ne conçoit pas que des gens revêtus d'un caractère respectable en abusent pour encourager de semblables rapsodies1. »

Que devint Fouilhoux? lui paya-t-on son silence? Ou bien fut-il jeté dans une de ces petites bastilles que devait relever l'autorité impériale? Toujours est-il que ses traces se perdent pour nous. Mais n'était-il pas curieux à connaître ce type de nouvelliste impénitent qui traversa, — seul peut-être parmi ses confrères, — l'Ancien Régime, la Révolution et le Consulat?

Pendant l'Émigration, les lettres échangées entre les Français réfugiés à l'étranger étaient de véri tables gazettes, comme au bon vieux temps. « Nous avons assez parlé depuis six mois de nouvelles, écrit Emilie de... à la comtesse de Lowenstein, nos lettres étaient des gazettes dans les tristes circonstances où nous étions2. » De même qu'on trouve alors des services de feuilles manuscrites, rédigées à l'étranger, pour renseigner les Français demeurés dans leur pays sous le despotisme de la Terreur3.

1. Thibaudeau, Mémoires sur le Consulat, i799-IS04, Paris, 1827, in-8, p. H4.

■2. Sénac de Meilhan, l'Emigré, I, 16.

3. Arch. nat. W 76, Gazette manuscrite n° 32, de Londres, 19 nov. (1793), adressée à M, Pascal, rue Saint-Honoré, n° 317, vis=à-vis l'Hôtel de Noaillcs.

Lors de sa domination en Allemagne, Napoléon paralysa les organes de la presse; et Ton vit reparaître et prospérer les gazettes à la main qui ont ^fait l'objet de ce livre; par elles seules, pendant quelque temps, depuis le Rhin jusqu'à l'Oder, se répandirent les grands événements dont l'Europe était le théâtre1.

Rien ne saurait mieux démontrer la nécessité pour la société de l'Ancien Régime de ces feuilles manuscrites, sans cesse poursuivies à cause de Sèurs abus, sans cesse renaissantes à cause de leur "nécessité. Quelques conseils, donnés par Rœderer ■à Frochot, préfet des Bouches-du-Rhône, durant les Cent Jours, montrent l'importance que semble irvoir encore à cette époque, pour les meilleurs esprits, cette forme primitive du journalisme. La lettre est datée de Grenoble, 13 mai 1815 : « Ayez un pamphlétaire qui fasse clandestinement de petites nouvelles à la main2 ».

La personnalité de Figaro a pris dans les temps modernes des proportions que Beaumarchais luimême n'avait pas prévues. Les générations enfantées dans la tourmente révolutionnaire ont voulu saluer en lui l'incarnation la plus saisissante de cette force irrésistible qui précipita la chute d'une

■ 1. L. Salomon, Geschichte des deutschen Zeitungswesens, t. II. 1902. 2. Manuel de police impériale dans la Revue rétrospective de Taschercau, V, 1» série.

société en dissolution et prépara l'avènement d'un| monde nouveau. Mais, en élargissant son champ d'action, en faisant tirer à des milliers et des milliers d'exemplaires ses gazettes jusqu'alors clandestinement transcrites par une demi-douzaine de copistes, le nouvelliste a-t-il changé? Écoutons, en 1797, sur la scène du Vaudeville, Figaro journaliste, successeur du Figaro nouvelliste que Beaumarchais produisait à la Comédie-Française en 1784 :

A Paris, on date de Londres Le grand renvoi de M. Pitt...

Par soi-même on se fait répondre A des lettres que Ton s'écrit ; On s'attaque pour se défendre, De tout on extrait de l'esprit :

Et l'on a grand soin de répandre L' « on-dit » que jamais on ne dit.

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