Correspondance secrète, éd. Lescure, I
Le l'euillistc remettait sa gazette à des copistes qui la transcrivaient au nombre voulu d'exemplaires; ou bien il la dictait simultanément à plusieurs scribes, — c'était parfois toute une petite classe, — auxquels il prenait leurs manuscrits dès qu'ils étaient terminés, certain de la sorte que ses « écrivains » n'en feraient pas à leur tour le commerce. « Je me suis transporté, écrit le commissaire de Rochebrune, rue de la Harpe, dans la ; chambre de Claudot, qui dictait les nouvelles, pour l'ordinaire prochain, à Mazurier, à Hérault, à Grandville, à Ledoux et à Michel, tous écrivains; à mon arrivée, le trouble et la confusion se sont mis parmi eux... *. »
Où se tenaient les bureaux des nouvellistes?
Un peu partout; le plus souvent dans leur domicile particulier, de pauvres mansardes, sous les ombles, tapissées d'affiches de comédie collées à ïru sur les lattes; ou bien dans quelque cabaret.
Nombre de ces gazetiers griffonnaient leurs chefs-
l'ceuvre à la tabagie, ou au café, sur un coin de
•rable, entre une bavaroise et un verre de limonade.
Sn 1724, Rosset est mis au Grand-Châtelet. Quand
n lui représente les articles de ses gazettes qui sont
].. Rapport du 25 nov. 1751, D. A. ms. 11511, f. 1-28. Cf. l'interrogatoire î Nogaret(1702),"Bibl. nat. ms. fran<;. 8120, f. 59-60.
particulièrement incriminés, il reconnaît qu'il les a I composés au café Rossignol, à la Croix du Tiroir, \ d'après les conversations du jour « pour achever une page i ».
Quant à la situation sociale de nos compagnons, j c'étaient pour la plupart de pauvres hères, des ji déclassés, épaves de la grande ville. L'avocat Mar- ij chand nous les montre « avec des habits noirs, j déguenillés, des vestes rouges tannées, des bas | troués, des souliers ferrés, du linge sale, et des't perruques rousses2». Clercs de la basoche congé- il diés par le patron, officiers réformés, prêtres inter-1 dits, étudiants en quête des ressources exigées pari les beaux yeux de Lisette : il faut vivre et parer il sa mie.
Nous trouvons dans leurs rangs des écrivains, publics, qui leur servent surtout de copistes. Cesjj derniers occupaient la place des typographes d'au-1 , jourd'hui. Charles Renault transcrivait dix-huit j feuilles « par ordinaire », travail qui lui rapportait 3 livres 12 sols... par semaine. Encore cette humble besogne lui valut-elle par manière de supplément les cachots du Grand-Châtelet 3.
Rédacteurs ou copistes, on ne les estimait guère*; mais si bafoués, si méprisés que fussent ces be- | soigneux, du fond de leur misère, quelle influence | n'ont-ils pas exercée sur leurs contemporains?