B. A. ms. 11511, f
ordinaire, sous la promesse que je lui fis, d'écrire moi-même mes copies et de ne prendre aucun écrivain1. »
Noël payait donc, par mois, à Felmé, « pour les trois feuilles intitulées de Paris, d'Amsterdam et de La Haye », lesquelles paraissaient le lundi et le vendredi de chaque semaine, la somme de 20 et 25 livres, suivant le plus ou moins de frais que Felmé disait avoir faits.
Noël avait six à sept « pratiques ». « Je fournissais les trois feuilles chaque ordinaire aux uns, poursuit-il, et aux autres celle de Paris seulement, ou celles de Hollande. Je ne me servais point d'écrivain et copiais moi-même lesdites feuilles. L'abonnement pour chacune de ces feuilles était d'un écu par mois, soit neuf francs pour les trois. »
Tantôt les nouvellistes de seconde main se contentaient de transcrire tout uniment les papiers dérobés ou achetés à leurs grands confrères, tantôt — le plus souvent — les gazetins originaux redevenaient, sous leur plume, des « mémoires », qu'ils modifiaient, amplifiaient ou enjolivaient à leur gré; procédé familier aujourd'hui encore à certaine presse qui « recuit », au goût de ses lecteurs, les informations fournies par les agences ou prises dans les grands quotidiens.
Ainsi travaillait Ratier. Tour à tour laquais, clerc d'un avocat, au Conseil, écrivain public, il avait fini par échouer comme copiste dans un bureau de nou-
1. Interr. de P. Noël, 15 févr. 1745, B. A. ms. 11 514, f. 165.
vellistes dirigé par un nommé Lesfilles1. Tout en faisant ses transcriptions, il y glanait quelques faitsdivers ; il en allait copier d'autres au bureau de la Gazette de France, qu'il amalgamait ensuite sur le coin d'une table de café, avec les propos plus ou moins subversifs des clients du limonadier. Puis il expédiait sa gazette au comte de Boisgelin, en son château de Ouimper, à M. Laboulaye, qui demeurait à Beauvais, et à M. de Montmort, ses abonnés, lesquels lui payaient mensuellement de trois à cinq livres chacun.
Quand Ratier fut en prison, le lieutenant de police d'Ombreval lui reprocha de lancer des nouvelles « fausses et indiscrètes ». Le fait est que, le 17 juin 1724, il écrivait : « Le bruit court que M. le Duc (de Bourbon) a l'intention de se démettre de la charge de premier et principal ministre2 ».
Le canard était de taille.
Nous avons déjà constaté que nos gazetiers recrutaient leur clientèle dans l'élite de la société. « J'adressais mes feuilles, dit un certain Gaultier, deux fois par semaine, à quelques personnes distinguées dont je faisais les commissions littéraires ».
Gaultier n'exagérait pas. Voici d'abord ses abonnés parisiens : les comtes de Lamarque et de Tes-