‹ Figaro et ses devanciersChapitre 45 sur 194 · Enveloppe qui renfermait des nouvelles à la main · texte numérisé non relu

Enveloppe qui renfermait des nouvelles à la main

(Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 1 1 544, f. 330.)

nouvellistes, qui cherchent partout où répandre les contes qu'ils ramassent.

« Celui-ci m'a montré d'abord des feuilles de papier (nouvelles à la main) pleines jusques aux bords d'un grand fatras de balivernes qui viennent, m'a-t-il dit, de l'endroit le plus sûr du monde.... A l'entendre parler, il sait les secrets du Cabinet mieux que ceux qui les font. La politique de l'État lui laisse voir tous ses desseins, et elle ne fait un pas dont il ne pénètre les intentions. Il nous apprend les ressorts cachés de tout ce qui se fait, nous découvre les vues de la prudence de nos voisins, et remue, à sa fantaisie, toutes les affaires de ! l'Europe. Ses intelligences même s'étendent jusques en Afrique et en Asie! et il est informé de tout ce qui s'agite dans le Conseil d'en haut du Prêtre Jean et du Grand Mogol. »

Enfin, sous pli fermé, les feuilles de nouvelles partaient pour les provinces, pour l'étranger, où nous les voyons compléter, rectifier même les correspondances particulières, celles-ci fussent-elles des premiers personnages de la Cour1.

Après avoir fait encaisser ses abonnements, le nouvelliste à la main avait accompli sa tâche — bonne ou mauvaise, utile ou nuisible, nécessaire

1. Arvède Bar-ine, Madame, mère du Iiéyeni, Paris, 1909, in-16, p. 180.

assurément. Il l'avait remplie de son mieux, dans la misère souvent, toujours dans l'angoisse de la lettre de cachet. Oh! la terrible silhouette de l'exempt armé de son bâton rouge, coiffé de son feutre noir! l'aspect plus sinistre encore de Bicêtre, « qui me faisait trembler les membres et claquer les dents », dit le nouvelliste Fouilhoux. Et, dans ces feuilles fugitives, il avait mis parfois beaucoup de talent, un peu de son âme; il y avait insinué, sous une forme plus ou moins déguisée, les sentiments de révolte qui grondaient en lui, le malheureux, le réprouvé, l'éternel déclassé, jusqu'au jour où il sera parvenu à déchaîner les colères populaires contre cette société riche, élégante et frivole, qui l'aura fait travailler tout en le méprisant, qui l'aura laissé proscrire tout en se servant de lui, et qui tombera finalement écrasée sous les décombres du monument qu'il aura ébranlé de ses mains débiles.

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