Mon oisiveté, Amsterdam, 1719, in
2. Lettre d'un garde du Roi dans la Collection complète de tous les mémoires qui ont paru dans la fameuse affaire du Collier, II, 37-o8. Cet opuscule est généralement attribué à Manuel ; il est de Ma3'er.
la hardiesse de la canaille colportante qui, comme on sait, est toujours entre deux guichets, et ne jouit que de la liberté d'un volant renvoyé par I deux raquettes et tenu en l'air... C'est quand on les poursuit que les nouvellistes se multiplient davantage; c'est quand il est dangereux de dire des vérités, qu'ils ont l'insolence de les vendre pour un écu. »
Les citoyens curieux des affaires publiques, qui n'avaient pas les moyens de s'abonner eux-mêmes aux gazetins, les trouvaient dans certains cafés, à côté de la Gazette de Renaudot et des feuilles de Hollande. C'est là que les venaient lire les étrangers. Suivons l'un d'eux, avec l'inspecteur d'Hémery I qui Ta observé :
« ... Le second jour il a sorti à quatre heures et demie, a été au café Conti où il a lu les nouvelles; ensuite, il a parlé pendant une demi-heure avec un Anglais; après, il a sorti seul et a été au café de la (irue Christine où il a encore lu les nouvelles... *. » Rossignol, limonadier à « la Croix du Tiroir », .mettait ces gazettes à la disposition des consommai teurs « pour faire plaisir aux uns et aux autres ». Illl les tenait de Rosset, qui recevait pour cet abonnement 5 livres par mois, avec le café au lait tous les matins. Il en allait de même chez d'Estrées, • cafetier à la « Croix de Malte » 2.
Dans d'autres établissements, les garçons ven-
1. Rapport de police du 21 déc. 1754, éd. Ravaisson. XV, 487. •2. Rapport de Vierrey, 13 déc. 174o. B. A. ms. 11 544, f. 157-5d.
daient à la clientèle les gazettes manuscrites sous le manteau.
Pour la province, elles étaient expédiées par la poste, « par l'ordinaire », comme des lettres et sous enveloppe. Et c'est peut-être à ces nouvelles à la main qu'est dû l'usage de l'enveloppe, car on sait qu'autrefois le nom et l'adresse étaient écrits au dos môme de la lettre, soigneusement pliée et cachetée, sur un espace resté blanc. Or, pour le gazetin, il importait, s'il tombait entre les mains de la police, qu'il ne trahît pas le secret d'un tel commerce. Et le gazetin, sans adresse, l'enveloppe, sans gazetin, ne pouvaient plus être que des té- I moins invinciblement muets.
u C'est une plaisante chose que les provinces, observe Racine; tout le monde y est nouvelliste ( dès le berceau l. »
Mais Louis XIV avait les gazetiers en horreur, ! aussi Molière, habile à modeler son théâtre aux idées du roi, s'empresse-t-il de les placer sous un I jour ridicule.
Le vicomte entre en scène dans la Comtesse d'Escarbagnas : « Je serais ici il y a une heure, s'il n'y avait point de fâcheux au inonde, et j'ai été arrêté, en chemin, par un vieux importun de qualité, qui II m'a demandé tout exprès des nouvelles de la Cour ( pour trouver moyen de m'en dire des plus extrava- | gantes qu'on puisse débiter; et c'est là, comme ' vous savez, le fléau des petites villes que ces grands
1. Lettre du 9 juin 10'.>5, Racine, Œuores, éd. des Grands écrivains VIII (Loxique), 345.
— Registre d'abonnés à un service de nouvelles à la main.
(Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 12438, f. 82.)