‹ Figaro et ses devanciersChapitre 48 sur 194 · B. A. ms. 10 319, f · texte numérisé non relu

B. A. ms. 10 319, f

Ils se filoutent les uns aux autres leurs pratiques, effrontément, comme ils se volent leurs « mémoires », et d'une âme d'autant plus sereine que l'anonymat de leur commerce leur assure l'impunité l.

Il n'est pas surprenant que les nouvellistes à la main se soient attiré la malveillance de leurs confrères de la presse imprimée. Ils leur faisaient une concurrence victorieuse, car le caractère clandestin de leurs feuilles leur facilitait l'insertion des secrets politiques et des médisances, que devaient s'interdire les gazettes privilégiées; puis, ainsi qu'un nouvelliste ose le dire à La Reynie, leur industrie prospère « parce que les choses défendues sont celles pour lesquelles on a le plus de curiosité 2 »; enfin, selon l'observation de La Bruyère, « un ouvrage satirique ou qui contient des faits, qui est donné en feuilles sous le manteau (les nouvelles à la main), s'il est médiocre passe pour merveilleux : l'impression est l'écueil3 ».

Aussi Renaudot, directeur de la Gazette imprimée, est-il exaspéré du succès de ces journalistes marrons. Il les poursuit avec férocité *.

1. Confront. de Tollot et de Sarazin, 28 avr. 1744. B. A. ms. 11 514, f. 259.

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