I. li. A. ms. 1-2 103, f
'2. Archives de la Préfecture de police, carton Bastille II, 585.
:;. Archives des Missions littéraires du ministère de l'Instruction publique, t. I. p. les. Nouvelles à la main de correspondants parisiens aux secrétaires d'Etat anglais (1655-1656).
Les gazetiers, « qui distribuent des nouvelles aux étrangers », sont donc l'objet de poursuites incessantes. C'était par centaines que se comptaient leurs dossiers dans les Archives de la Lieutenance de police. Enfin en temps de guerre, — et cette mesure ne répugnerait pas à nos conceptions modernes, — on arrêtait tous ceux « qui répandaient des nouvelles de ce qui se passait dans les armées du roi ».
Parmi ces « nouvellistes pour l'étranger », il en est un qui mérite une mention spéciale, à cause de sa personnalité, c'est Nicolas Mahudel, habile médecin, savant numismate, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, que nous avons déjà présenté au lecteur. Une note du lieutenant de police Hérault, en date de novembre 1725, nous renseigne sur son cas :
« Mahudel a été arrêté pour avoir entretenu une correspondance criminelle de lettres avec des ministres, des princes étrangers; et cette correspondance était d'autant plus criminelle que les lettres qu'il leur écrivait étaient remplies de discours infâmes contre des personnes du premier rang et de la première considération *. »
1. Publ. par Paul d'Estrce, les Procès de N. Mahudel, dans la Correspondance historique, 1898, p. G5-G7 et 104-116. Les faits qui suivent sont tirés do cette étude.
Jeune encore, Mahudel était venu à Aix faire ses I études de médecine et, pour se procurer les ressources nécessaires, il était devenu le précepteur des fils du marquis de Reauville, président à la Cour des Comptes. Chez les Reauville servait une « fille de chambre », Olympe Perrot. Les jeunes gens se | virent, s'aimèrent, tant et si bien qu'Olympe, rendue mère, exigea le mariage, « dans cette province ■' l'usage de la force en ce cas n'étant pas aboli >•..
Mahudel craignait l'opposition paternelle, une ■ lettre de cachet qui l'eût envoyé aux Bons-fils de Saint- Venant, à Saint- Yon de Rouen, ou bien au i château d'If ; il fallait user de prudence et le jeune1 amoureux promit à sa maîtresse de l'épouser en \ Avignon, où la belle Olympe alla faire ses couches, j Il l'y rejoignit et bientôt le curé de la Madeleine, ! une des paroisses de la ville, passant par-dessus | l'irrégularité d'un mariage clandestin, « prononçait ji la bénédiction nuptiale » dans la chambre même j de l'accouchée. Ceci se passait en 1705.
De ce jour commença pour l'imprudent mari un véritable martyre. Au lieu de poursuivre la régulari- i sation de cette union de contrebande, Olympe s'y opposait, cependant que Mahudel la traînait d'Avi- ! gnon à Aix, d'Aix à Montpellier, où il acheva ses études; de Montpellier à Lyon, où il se fit « agréger » médecin; enfin de Lyon à Paris, où il fut « reçu à l'Académie ». La perfide Olympe alla jusqu'à signer par-devant notaire — moyennant une somme de G00 livres — une déclaration par laquelle elle laissait son époux « en Avignon » libre de se
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marier par ailleurs. Le pauvre homme donna dans le panneau et prit pour femme, « en face d'Église », une demoiselle Hurlot. De ce moment, il fut le jouet et la proie d'une créature sans scrupules, qui allait exploiter à fond la situation où le malheureux s'était étourdiment aventuré; de ce jour, sous l'incessante menace d'un procès en bigamie, Mahudel dut s'imposer un travail de galérien : il est intelligent, estimé, honoré ; mais l'argent qu'il gagne passe entre les griffes de l'insatiable Olympe. Les exigences de sa persécutrice augmentant, il doit vendre — et cet aveu, par la suite, lui brisait encore le cœur — son cher cabinet de médailles, si laborieusement, si amoureusement formé. Olympe, talonnée elle-même par une famille misérable et cupide, veut encore et encore de l'argent. Ce fut alors que Mahudel, obsédé par une nécessité angoissante, se fit nouvelliste aux gages du gouvernement espagnol.
Au Régent, mort sur les genoux de la Falari, venait de succéder, comme premier ministre, le duc de Bourbon, qui abandonnait la France à la marquise de Prie. Le nouveau gouvernement, désavouant la politique de son prédécesseur, estima que le mariage, projeté, de Louis XV avec la jeune infante d'Espagne, Mariannita, était impossible et décida le renvoi de la petite princesse venue en France pour cette union. Injure grave à l'adresse de Philippe V, le petit-fils de Louis XIV; aussi, le parti espagnol, très remuant et très vindicatif, qui s'était formé à Paris, jura-t-il de venger cette
offense, d'accord avec le cabinet de Madrid. Les ministres espagnols cherchaient un homme sûr et actif qui les renseignât : ils trouvèrent le mari d'Olympe. Ses gazetins, précis et nourris de faits, sont de la plus grande violence. Sa plume est incisive, elle emporte le morceau. Sur l'indication d'un délateur, les feuilles du 24 juillet et du 24 août 1725 furent saisies à la poste. (Test peut-être le plus véhément réquisitoire qui ait été formulé contre les turpitudes du principat Bourbonien. N'y passe-t-il pas déjà comme un souffle des fureurs révolutionnaires :
Le mariage du roi (avec Marie Leszczynska) est regardé par le peuple avec un œil d'indifférence, à cause des vexations que le ministère lui fait souffrir Elles sont si grandes qu'on est obligé de tenir des troupes pour contenir la populace qu'on affame, tandis qu'on sait que tout ce manège est pour accoutumer le peuple à voir le pain et le vin mis en parti, pour, suivant l'envie qu'on aura de faire un argent bien comptant, l'augmenter ou le diminuer. — On. trouva, en plusieurs endroits, divers placards injurieux contre la personne du duc, qui y était appelé « le b... de borgne » et sa p..., contre le lieutenant de police, le contrôleur général et ses couteaux pendants. Il y avait même de ces affiches qui menaçaient d'une bonne volonté de dix mille hommes, prêts à faire une Saint-Barthélémy de ces gens-là et de mettre le l'eu à leurs hôtels. Tout le peuple, hier, ne respirait que leur perte et l'on attend tous les jours pour cela des séditions. Le lieutenant de police, qui est liaient de la p..., fut obligé de se cacher avant-hier toute la journée pour ne pas être la victime des harengères. Les mêmes choses continuent à Rouen '...