‹ Figaro et ses devanciersChapitre 58 sur 194 · août 172r>. — B. A. ms. 10 901, f. 143 v · texte numérisé non relu

août 172r>. — B. A. ms. 10 901, f. 143 v

Mahudel fut embastillé. Cependant d'Ombreval, lieutenant de police, dévoué au duc de Bourbon et à Mme de Prie, tombait sous une poussée de l'opinion publique. Hérault, qui lui succède, vient interroger le prisonnier et conclut dans son rapport aux châtiments les plus sévères; il va jusqu'à parler de la peine de mort l.

Ainsi tout espoir semblait interdit au malheureux, d'autant plus que sa première femme, Olympe Perrot, avait déposé contre lui une plainte en bigamie; mais ce fut ce qui le sauva. Devant l'abîme de misère où Mahudel était tombé, la pitié s'éveilla. On prouva qu'il avait été dénoncé par ses propres domestiques, à l'instigation d'Olympe. Le gouvernement du duc de Bourbon, que les gazetins de Mahudel avaient critiqué avec tant de violence, se sentait menacé, sous les attaques de l'opinion. En une touchante supplique, le détenu demanda aux pouvoirs publics d'intervenir dans son différend avec Olympe, promettant de prendre l'enfant à sa charge : « Il s'agit de délivrer un homme de famille, ou plutôt une famille entière, de la plus cruelle tyrannie ».

Il montre comme Olympe Perrot, après l'avoir « réduit à la dernière extrémité », cherchait, en le dénonçant pour un crime capital, à se faire « jusque par ma mort, dit Mahudel, avec les dépouilles qu'elle croit trouver en ma famille, une vie douce, au préjudice de son honneur ».

]. 10 octobre 1725, B. A. ms. 10 904, f. 74.

(( Si vous jugez néanmoins, écrit-il au lieutenant de police, qu'après lui avoir donné jusques à mon habit, je doive encore lui céder ma chemise, vous trouverez, Monsieur, par mon blanc-seing, que je prends la liberté de vous envoyer pour en faire tel usage qu'il vous plaira, que je suis soumis à tout, pourvu que je sois débarrassé de l'esclavage d'un crocodile, maître d'employer, suivant les occasions, la souplesse, la malice, le mensonge, les larmes, les caresses et les ris mômes. »

(Passe encore pour des larmes, mais des caresses de crocodile!...)

Enfin, conclut-il, « je pourrai dire, Monsieur, si je suis si heureux que d'être arraché de ses griffes, que je suis un homme que vous aurez racheté, à qui vous aurez donné une nouvelle vie ».

Mahudel sortit de la Bastille. Il gagna son procès : le mariage d'Olympe fut annulé. Le pauvre savant fut enfin débarrassé de cette tunique de Nessus qui l'avait dévoré jusqu'aux moelles.

Retrouva-t-il le calme? On en doit douter, car, un peu plus tard, il donnait sa démission de membre de l'Académie des Inscriptions.

A côté de ces correspondants utiles aux divers cabinets de l'Europe, il en était d'autres, de connivence aussi avec l'étranger, qui répandaient, en

France môme, des idées, des opinions, des nouvelles, dont leurs commettants jugeaient la diffusion favorable à leurs intérêts. Au fait, dans notre xx° siècle, tel ou tel journal n'est-il pas l'interprète attitré — et rémunéré — de Tune ou de l'autre puissance étrangère?

A cet égard, on ne saurait trop insister sur l'importance des déclarations faites par milord Taaffe, ancien membre du Parlement, arrêté en France, à l'époque de la guerre de Sept Ans, comme agent secret du gouvernement britannique1. Taaffe avait pris pour collaborateurs des nouvellistes français — dont quelques-uns pouvaient être inconscients du rôle qu'on leur faisait jouer. Taaffe dit que le roi d'Angleterre dépensait annuellement jusqu'à 60 000 livres pour rémunérer, voire pensionner, des Français dans notre pays, déjà rempli de ses émissaires.

On trouve à Paris de ces nouvellistes, amis de l'étranger, dès le règne de Louis XIV, Pierre Girod, par exemple, du pays de Gex. Il était « le gaze- ||tier des alliés » ligués contre la France et prônait partout leurs prouesses2. Il n'avait d'autre occupation à Paris, où il menait grand train, que de nander à l'étranger ce qui se passait. Personne l'avait plus de hâte « à établir les mauvaises îouvelles par rapport à la France; jadis, il imprimait le Mercure de Hollande, en y ajoutant beaucoup du sien dans les réflexions, et il l'envoyait

1. B. A. ms. 127-27, et Ravaisson, Archives de la Bastille, XVII, 110-15.

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