Mai
en écrit à Maurepas, ministre de Paris : « Plusieurs particuliers ont composé des nouvelles à la main dans lesquelles ils ont souvent parlé du gouvernement d'une façon très indécente et de gens de tous états d'une manière scandaleuse. Pour s'accréditer davantage, ils ont envoyé dans les pays étrangers, pour se faire mettre dans les gazettes et ont fait venir des manuscrits de l'étranger, qu'ils ont colportés dans Paris et répandus dans la province. »
Poussot, chargé de filer la femme Acquin, écrit qu'elle fournit de feuilles manuscrites les étrangers résidant à Paris. Elle va répandant « que les Français sont fous de faire des réjouissances pour d'aussi petites conquêtes que celles qu'ils viennent de faire, que tous ces plaisirs finiraient par des larmes, que le prince Charles, ayant passé le Rhin, reprendrait immanquablement la Lorraine et que le roi d'Angleterre, avec les 12 000 hommes que l'on disait débarqués, reprendrait aussi les villes que les Français venaient de conquérir dans la Flandre i>. Le mari lui-même, Acquin, qui n'était rien moins que garde de la prévôté des Monnaies, dirigeait un bureau de nouvelles « autrichien ». La couleur de son « papier » ne l'empêchait d'ailleurs pas d'avoir une clientèle de haut parage, Mme de la Luzerne, au couvent du Cherche-Midi, Mme de Saint-Azan, rue du Pot-de-Fer, la marquise de Pelle vé, le comte de Keraniou et l'intendant du duc de la Force. Acquin puisait ses informations dans les « mémoires » d'une femme Claudot qui
avait, de son côté, pour abonnés : la marquise de Saint-Rémy, le comte de Montgiron et la comtesse de Laumanège. Son mari, Claudot, que nous connaissons déjà, était, d'après une note adressée à Maurepas, « le plus dangereux compositeur de nouvelles » ; mais, grâce à la protection d'un de ses clients, le cardinal d'Auvergne, il avait évité Bicêtre et l'on s'était contenté de le reléguer à Marseille.
Ainsi débordé de toutes parts, Marville se décida à laisser le Parlement, « qui a la grande police », note Barbier, revenir aux mesures de rigueur1. L'avocat général Orner Joly de Fleury,
Au sourcil noir, au noir et long habit, Plus noir encore et de cœur et d'esprit,
c'est Voltaire qui parle, — prononça un violent réquisitoire.
L'ordonnance fut publiée le 18 mai 1745 2. Les dures pénalités du xvne siècle étaient remises en vigueur. L'honnête Barbier, en parlant de ces sévé-' rites anciennes, ajoute : « Il y a en France de fort beaux règlements sur toutes choses, mais qui ne s'exécutent point et auxquels on a recours quand l'abus devient excessif3 ».
Telle fut l'origine du long procès qui, vers le milieu du xviii0 siècle, engloba toute une légion dej
1. Lettre de Marvillo à Maurepas, 17 mai 1715, éd. Boislisle.