Mémoires, 9 févr
3. 13 mai 1767. Correspondait ce du roi Aug. -St. Poniatowski et de Mme Geoffrin, Paris, 1875, in-8, p. 287.
l'importance qu'un homme comme lui attachait aux annonces de ces gazettes. Il arrive à Paris le 20 novembre 1742 et, quoique souffrant, mande sur l'heure le chevalier de Mouhy, pour prier le nouvelliste de parler de son Mahomet. Il faut « avertir le public que la véritable édition est imprimée actuellement à Londres et à Amsterdam l ».
Au reste, on pouvait se fier, dans une certaine mesure, à cette publicité, car le Magistrat veillait à ce qu'elle fût de bon aloi. C'est ainsi que, le 8 mars 1744, un nommé Pascurel s'adressait au chevalier de Mouhy, pour obtenir de lui quelques lignes, au sujet d'une Essence balsamique, aromatique et anti- ver mineuse, dont il était l'inventeur et dont les propriétés, naturellement, étaient « très étendues ». Il avait fait parvenir au gazetier un de ses « imprimés », avec une bouteille de la valeur de douze livres : mais, bien que cette précieuse essence, approuvée par la Faculté, fût de nature à rendre les plus grands services aux officiers partant pour la campagne, l'annonce, n'en avait pas été tolérée par le lieutenant de police qui exigeait un certificat favorable du premier médecin et du premier chirurgien du roi2.
1. Journal de Barbier, éd. Charpentier, VIII, 197: — annexe dont l'auteur, comme l'a prouvé M. Paul d'Estrée, est le chevalier de Mouhy. (Réimpression de la Revue rétrospective, de Taschereau.)
J. 15. A. ms. 10299.
L'OBJET DES NOUVELLES A LA MAIN. 17i
Pour tous ceux qui gravitaient, de près ou de loin, dans l'orbite de la Cour, pour tous ceux — et ils étaient légion — qui en attendaient faveurs, places, honneurs, privilèges, cordons et pensions, un service de nouvelles, les tenant promptement au courant de cette vie mouvante et féconde en coups de théâtre, était une nécessité. Non seulement il leur fallait, connaître le pouvoir ou l'influence dont disposaient les personnes en place ou en crédit, les maîtresses royales, les maîtresses des ministres, les maîtresses des « importants de Cour » ; mais encore il leur était indis-
j pensable d'être les premiers à distinguer l'étoile qui se levait à l'horizon, afin de courir s'y prosterner, en délaissant, bien ostensiblement, l'astre
1 sur son déclin. La correspondance de Mme de Sévigné éclaire à ce sujet notre religion. Il était nécessaire de découvrir, et du plus loin, dès son entrée dans la route qui le devait mener au
; pouvoir, the coming man, l'homme qui vient...
! afin de lui aller faire les protestations les plus empressées, avant qu'il ne fût « arrivé » et, dès
jlors, accablé de courtisans et d'adulateurs, de quémandeurs et d'amis innombrables et tous du plus furieux dévouement.
« Ouel visage le roi a-t-il fait à la maîtresse en titre? le crédit de Mme de Mailly ou de Mme de
Châteauroux a-t-il baissé? un astre nouveau commence-t-il à poindre à l'horizon1? »
Il faut lire, pour être édifié à cet égard, les mémoires d'un courtisan de race comme le duc de Croy 2 :
« M'étant mis au fait de la Cour, je sus que le roi s'abandonnait tout à fait à l'amour qu'il avait pour la marquise de Pompadour... de sorte que je m'arrangeai pour être présenté et être passablement avec elle. » Cheverny et Valfons s'expriment de même. « Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots », dira Figaro. Encore fallait-il savoir à quelles portes et à quel moment frapper.
Pour le dire en passant, ainsi s'explique le grand rôle que les domestiques, valets, suisses et portiers jouaient dans la boutique des nouvellistes.
Et il en allait de même des affaires d'Eglise. On y vivait de bénéfices; et ceux-ci se donnaient à tort et à travers; tout le monde en disposait. « Sans cesse, écrit M. d'Avenel, on lit des lettres signées par les plus grands personnages, et toutes conçues dans les mêmes termes : un tel, qui a tel prieuré, « est en extrémité de maladie, je vous « supplie... », ou «je me vois forcé, par la néces- « site de notre maison, de vous importuner si sou- « vent pour un de mes frères; je viens d'avoir pré- « sentement avis que M. des Yveteaux est mort,
1. Aubcrtin, VEsprit public au XVIIIe siècle, p. 315-16. J. Juin-nul du duc de Croy (1718-1781), publ. par le vicomte de Grouchy et Paul Cottin, Paris, 1906, 2 vol. in-8, I, 58.
« ce qui m'oblige à recourir à votre autorité pour « obtenir du roi les abbayes qu'il possédait... cent « personnes se remuent pour atteindre le bénéfice « vacant1 ». Et ces cent personnes désirent connaître les avenues, ou plutôt les sentiers, souvent très étroits et tortueux, embarrassés de taillis et de broussailles, par lesquels on y pourrait accéder. Nous lisons dans les gazettes à la main rédigées par l'abbé Jean Laboureys de la Roche : « M. le duc d'Elbceuf a pour maîtresse la marquise de Saint-Etienne; c'est elle qui nomme aux cures dont il dispose : il y en a qui valent de six à sept mille livres ».
Aussi tout le haut clergé était-il abonné à nos gazettes et parfois les prélats allaient-ils jusqu'à s'adresser au lieutenant de police en personne, pour obtenir de lui le nom d'un de ces nouvellistes, que le Magistrat poursuivait et châtiait avec rigueur, mais qu'il savait bien informés 2.
1. Vicomte d'Avenel, la Noblesse française sous Richelieu, p. 228-29.
2. Lettre de l'évêque de Lisieux à Lenoir, Manuel, la Police dévoilée, Paris, l'an second de la Liberté, in-8, I, 221.