‹ Figaro et ses originesChapitre 1 sur 8 · TOUS DROITS RÉSERVÉS · texte numérisé non relu

TOUS DROITS RÉSERVÉS

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>:::-': *--^^ty^-;^^:^.-^../^,ependant, ça et là des traces qui suffisent pour établir sou existence à une époque fort reculée (*). On sait que la comédie grecque nacquit sous r inspiration de Dionysos d' Eleuthère, la divinité du Cithéron, qui soulage et délivre par l'exaltation (**). Les tapageurs du cônio^ , montés sur les charrettes , où transportaient leur vin au marché, se barbouillant de lie pour ne pas être connus, débitaient au milieu des cris et des rires, leurs saillies grossières, le plus souvent, mais parfois aussi gracieuses et fines sous une forme grivoise et le laboureur, le valet de la campagne, en était, probablement, le héros. « Dans les Dionysîes du sixième siècle, dit M. Croiset, les esclaves et les maîtres improvisaient tour à tour des chants licencieux et bouffons, mis en verve tant par le vin nouveau que pat l'excitation universelle w.

D'ailleurs l' esprit populaire brillait, déjà, dans 'une foule de fêtes et de solennités d'un caractère, vraiment, dramatique.

(*) On pourrait remonter jnsqu' au théâtre indou où il y a

des valets déjà assez curieux. (V. S. Lévi — Le théâtre indien).

(«*) V. La Comédie grecque par Jacques Denis 1886 et Thist.

• de la litt. grecque par Alfred et Maurice Croiset (La comédie) 1892.

Mais avant cette époque, an commencement du V® siècle, Epicharme en Sicile, donnait origine à la comédie proprement dite, faisant jouer un rôle important au valet parasite de l' Espérance,,

qui fait les honneurs de sa bassesse avec un cynisme sous lequel la misère du vice apparaît crûment.

Si une heureuse fortune nous avait conservé le Paysan, les Rapines et les autres comédies d^ Epicharme, que de bonnes et franches peintures d' esclaves fripons et malicieux , n' aurions nous pas !

Dans la comédie ancienne d'Athènes le valet avait déjà son rôle. Témoin le Précepteur d' esclaves, titre d'une pièce de Phérécratès prédécesseur d'Aristophane et les esclaves que l'on rencontre dans le théâtre de ce dernier (*). Dans les pièces

(*) Voyez sur les personnages de la comédie ancienne, Aristophane et la comédie attique par M. Couat , et les oeuvres de Meineke, Ottfried Mùller Grysar et surtout Benoit (Essai historique et littéraire sur la comédie de Ménandre), Zimmerraann (Terenz-Menander) , Brentano (Untersuchungen iiber das griechische Drama) W. Schneider (Das Attische Theaterwesen} Denis (Esprit et constitution de la comédie aristophanesque).

homme du commun qui ne manque pourtant pas d'une certaine finesse. Si ensuite, il sacrifie Antigone, il ne manque pas d* avouer que c* est une lâcheté qu' il commet et seulement la peur peut apaiser son remords.

Sophocle a fort soigné ce type qui est le seul complet dans la tragédie grecque et qui, pour plus de contraste, a été mis dans la pièce la plus touchante de l'antiquité.

Un souffle d* indulgence pour V homme et pour ses souffrances anime les fragments de la comédie moyenne et nouvelle et Fesclave y est traité moins durement que dans les pièces de Plante et de Térence. *

Xanthias, V esclave paresseux- et grossier des (jrenouiUes d'Aristophane, est remplacé par des serviteurs qui ne manquent pas toujours d'idéalité, qui ont» parfois de la hardiesse, toujours de l'adresse, qui savent créer et démêler les intrigues, les plus difficiles et donner des preuves de dévouement à la maison qu' ils servent.

a Qu' allais-je faire? n s' écrie un esclave on un affranchi de Théophile, poëte de la comédie moyenne u quitter et trahir mon maître bien - aimé,

Ce fut probablement un personnage fort méchant de Ménandre qui prononça ces paroles cruelles: a Un esclave est ce qu' il y a de pis au monde , même lorsqu* il est bon r).

M. Guizot, dans son ouvrage sur Ménandre, nous a fait un tableau de V esclave de la comédie nouvelle, tableau qui mérite bien d* être rapporté.

a Si V esclave reçoit des coups , dit le savant écrivain, il s'en console par un éclat de rire, dans sa stoïque insouciance; a Car la bonne humeur, ô Tibius, est le soutien et la nourriture de F esclave r) Il est nécessaire à la conduite et à la gaîté de la comédie. Il a sept masques différents , et ce nombre est encore loin d' égaler la variété de caractères et d' emplois que le poëte lui donne.

Tantôt, ajoute-t-il, c'est un esclave économe et qui achète toujours à bon compte, tantôt c'est un fripon qui prêche ainsi à ses camarades: u A quoi te sert , dis-moi , ta sotte probité ? laisser ton maître jouir seul de tous ses biens, et n' en prendre pas ta part, ce n'est pas lui rendre service, c'est te voler toi-même, v

Soapin, le fourbe de génie, dans les reproches

qu'à manger du pain n. Il y a des esclaves heureux qui s' écrient : a Combien il vaut mieux être serviteur d* un bon maître que pauvre et opprimé avec le titre d'homme libre! n II y a des maîtres qui u n'aiment pas qu'un esclave ait plus d'esprit qu'eux-mêmes n ; des maîtres, les plus durs de tous, qui jadis étaient esclaves eux-mêmes; u craignes-les, cars les boeufs dételés oublient vite le poids du joug w; des maîtres qui ne demandent jamais aux dieux de protéger leur maison, u mais seulement de permettre qu' il y ait toujours mésintelligence entre leurs valets, c' est le salut de la famille v ; des maîtres même qui ne dédaignent pas de rire avec Sosie u As-tu jamais bu de 1' ellébore, Sosie ? — Oui — Eh bien ! bois-en plus encore, car tu es fou, ce qui est dommage n —

Mais à ce tableau si éloquemment tracé par M. Guizot, il faut ajouter les injures, les coups d' étrivières, la torture et la mort auxquels les misérables * esclaves étaient assujettis, les filles séduites et débauchées, les misères des laboureurs, les larmes et les cris de douleur de cette humanité souffrante.

Dans le plan de la comédie de Ménandre qui

et sans y regarder v. Et le parasite d' Epicharme, dont nous avons déjà parlé : u quand j' ai beaucoup mangé , beaucoup bu , je m' en vais. Je n' ai pas d* esclave pour m' accompagner avec une lanterne : aussi je m'en vais en rampant, en chancelant, dans les ténèbres tout seul; et si je rencontre la ronde de nuit, je rends grâces aux dieux quand j'en suis quitte pour quelques petits coups. Enfin, revenu au logis, tout meurtri, je me couche sans couverture, et je dors, sans me souvenir de mes accidents, tant que le vin pur reste maître de mon cerveau n.

Ce type du parasite sicilien, deveun célèbre à Athènes sous le nom de Hixehxôç, est le flatteur des capitaines fanfarons, fait rire à la ronde le public et il est dépourvu de toute dignité humaine. Ces personnages de la comédie grecque, n' ont pas seulement exercé une influence remarquable sur le théâtre de Rome, mais aussi sur celui de 1' Italie et de la France à Fepoque de la Renaissance (*).

(*) Pbilémon fut iniité on partiellement traduit pour le théâtre latin par Plaute et par Cécilius. Le Mercator de Plaute est une copie plus ou moins exacte de son ^'EjiXJiOQOç^ le Trinummiis de son ©rjoavQOç et peut-être la Mostellaria de son 0doiua. Nous retrouvons encore Ménaudre, jusqu'à un certain point,

pas seul (*). Dans les Atellanes figure aussi le BiiccOj bouffon fort plaisant, demi-balourd et demi-railleur et les deux camarades, espiègles et rusés, devaient jouer des tours au vieux Pappus , le Pantalon de r antiquité.

Issu de sources différentes , le valet de Plante est un personnage fort important, qui anime la scène par sa verve comique, toujours fertile en expédients, rusé, adroit, qui, malgré la misère de sa condition, sait se moquer de ses maîtres et de ses malheurs. Parfois fripon, parfois brave et généreux, il rév^èle, souvent, la sympathie profonde que son auteur a pour lui. Plante, au moins selon la légende, fut obligé à F esclavage à cause de ses dettes, Térence fut esclave et dut la liberté à son génie, Phèdre gémit dans la servitude, Horace était le fils d' un affranchi. Ainsi une partie notable des écrivains de Rome vécurent dans la domesticité et le cri de douleur de l'humanité souffrante devait trouver un écho dans leurs âmes.

Laissant de côté le caractère du valet dans la

(*) V. Maccus, du musée appartenant à la famille CappoUi, très ressemblant à Polichinelle et les peintures de Pompéia où ces bouffons rappellent les masques de la comédie de Tart.

comédie Amphitruo , que nous aurons occasion d'examiner plus tard en la rapprochant de l'imitation de Molière , nous pouvons commencer nos observations sur le théâtre de Plante, par Liban V esclave de Déménète dans VAsinaire (*). Ce Liban brave , fait V insolent , il n' a pas garde d' avouer ses mauvaises qualités, il les affiche même avec impudence, mais ce côté hideux de son caractère est celui que ses maîtres ont développé en lui et qui le leur rend nécessaire

Non esse serves pejor hoc quisquam potest, Nec magis vorsutus, nec que ab caveas aegrius. Eidem homiui, si quid recte curatum velis Mandes .

dit de son valet , Déménète , le vieux maître libertin et éhonté, qui partage les amours de son fils. Léonide , autre valet de la pièce, exalte ses prouesses et celles de son camarade, par ces mobs :

(*) Pour les morceaux cités dans cet ouvrage, nous avons suivi les traductions d' Andrieux, de François et d'Alfred Magin. Pour les études sur le théâtre latin V. W. Teuffel (Geschichte der rômischen literatur, Klein (Die rômische Komôdie) Th Mommsen (R. S. 11. B. L c. 13) etc.

vous avez été surpris en flagrant délit; quand, étant attaché pour être battu, vous avez souvent défendu éloquemment votre cause contre huit licteurs, tous robustes, habiles et hardis fouetteurs.

Liban — Il n' y a rien dé tout cela qui ne soit très vrai, Léonide ; et ma modestie est obligée d' en convenir. Mais on peut aussi à juste titre vous glorifier d'autres prouesses. Par exemple, quand vous avez été pris sur le fait à voler, et battu de verges en conséquence; quand vous vous êtes parjuré et avez commis un sacrilège ; quand vous avez fait à votre maître du pis que vous avez pu ; quand vous avez nié bravement le dépôt qui vous avait été confié; quand vous avez été moins fidèle à votre ami qu' à votre maîtresse , que vous lui avez soufflée; quand vous avez souvent, par la dureté de vos épaules , soutenu les assauts de huit licteurs armés de bonnes verges, au point qu' ils ont été las avant vous. N' ai-je pas bien répondu? ce panégyrique convient-il à mon collègue?

Léonide — Vous avez dit tout ce qui se pouvait de mieux pour moi , pour vous , pour notre gloire à tous deux, v

On ne doit pas trop blâmer la méchanceté de

lutte d'embûches et d' intrigues, d'un côté les coups, les fers et le carcan, de V autre la souplesse, le bon sens et la ruse populaire; ce sera une lutte spirituelle, brillante et opiniâtre visant à un but élevé et la victoire demeurera au plus fin. Au fur et à mesure que le valet avance sur le chemin de la liberté, le sentiment moral se développe en lui, r horizon s' élargit devant ses yeux et o' est la conscience du droit qui lui indique les bornes du devoir.

Nous rencontrons une preuve éloquente de ce sentiment de révolte, dans la scène suivante de la même pièce où Liban se venge de son maître Argyrippe.

n Argyrippe — Mon cher Liban, je t'en prie, je t'en conjure; sauve la vie à ton maître, (il s'agit de lui trouver 1' argent nécessaire pour payer la maîtresse de la courtisane Philénie) Donne -lui ces vingt mines ; tu vois un amant dans le besoin.

Liban (qui a l'argent sur lui). — Nous verrons si cela se pourra faire; j'y penserai. Revenez ce soir à l'entrée de la nuit; en attendant, dites à cette belle personne (indiquant Philénie) de me solliciter, de me prier un peu.

Argyrippe — Moi? que je te porte?

Liban — Vous n'emporterez l'argent qu' à cette condition.

Argyrippe — C en est fait de moi. Cela sera beau de voir un maître porter un esclave! Allons monte, si tu l'oses.

Liban — Voilà comme on vient à bout des orgueilleux, voilà comme on les dompte! Courbezvous comme il faut; vous savez comme vous faisiez étant petit garçon ? Vous m'entendez ! bien ! comme cela ! marchez un peu. A merveille ! il n'y a pas de cheval plus docile que vous.

Argyrippe — (offrant ses épaules), Allons; monte donc; dépêche-toi!

Liban — M' y voilà. Eh! qu' est-ce que c'est? comme vons allez mal! Ah! mon ami je retrancherai de ton avoine, si tu ne vas pas d'un autre train.

Argyrippe — C est bon, Liban; en voilà bien

assez.

Liban — Point du tout. Je te tiendrai toute la journée ; je te ferai aller en montant à coups d'éperons, et ensuite je te donnerai à quelque meunier, qui t'apprendra à coups de fouet à aller au galop, n

pas âe bonnes provisions de toute espèce, demain ta retourneras dans ta chambre avec une teinture phénicienne sur la peau (fustigée à sang) n.

Après cet essai de l'humanité du marchand, on ne peut s'empêcher d'admirer Pseudolus, le valet do la pièce, lorsque, enflammé de colère, il s'écrie : u Comment, la jeunesse d'Athènes souffre-t-elle qu' un pareil homme habite cette ville? Où sontrils, où se cachent-ils nos galants dans la vigueur de l'âge, qui vont chercher leurs amours chez les agents de débauche? Que ne s'assemblent-ils, que ne délivrent-ils pas la cité d'un pareil fléau? Mais je suis fou.,., je ne sais ce que je dis. Comment l'oseraient-jls quand leur amour les asservit h ces misérables, et les empêche de rien oser contre eux? n.

Ici c'est l'auteur en personne qui parle par la bouche de Pseudolus et cette leçon de haute moralité de la part d' un esclave, ne doit nullement nous étonner. Plante se plaît à la défense des misérables, faite par un misérable, et c'est de la satisfaction, que 1' on éprouve, dans le cours de la pièce en voyant ce vil Ballion, bafoué par le valet, qui, en se moquant de lui, obéit bien plus à son

qu'ici dans une ville en paix, en pleine rue, à la clarté du jour, on enlève mon maître, un homme libre qui vient chez vous sur la foi de l'hospitalité. (Aux esclaves) Lâchez-le.

Ménechme — Je vous en conjure, secourez-moi, ne me laissez pas en butte à un si sanglant outrage.

Mesiénien — Non, non, je ne vous abandonnerai pas; je vous défendrai; je me dévouerai pour votre salut; je ne souffrirai pas que vous périssiez. Plutôt périr moi-même! y)

Palinure, 1' esclave de Phédrome dans la pièce Curculion donne à son seigneur d' excellentes leçons de tiaoralité.

u Palinure — (à son maître). Phédrome, allezvous faire quelque action indigne de votre rang? avez-vous quelque mauvais dessein? tendez -vous quelque piège à une fille sage, ou qui du moins devrait l'être?

Phédrome — A personne ; Jupiter m' en préserve !

Palinure — Je le souhaite aussi. Mais si vous faites bien, aimez de sorte que si le public vient à le savoir, vous n'ayez pas à en rougir t?.

souhaits pour que les deux jeunes filles puissent échapper à l'orage, Trakhalion dout l'âme s'émeut au récit des malheurs de ces deux filles, et fait tous ses eflEbrts pour les consoler, font partie sans doute, du bon côté de l'humanité. Ecoutez Trakhalion qui parle, à Ampélisque, de sa compagne de malheur.

a Trakhalion — Son affliction m'est une raison de plus pour entrer au temple. Il faut que je la console, ou tout au moins que je l' empêche de s'abandonner à toute sa douleur. J'ai nombre de personnes à lui citer, à qui il est arrivé des biens qu'elles n'espéraient pas.

Ampélisque — J'en citerais un bien plus grand

nombre, qui ont été trompées dans leurs espérances.

Trakhalion — La patience est d'une grande ressource' dans les afflictions. Je m' en vais donc la voir 77.

Ces deux serviteurs sont les bons génies de la pauvre Palestra contre Labrax le marchand d'esclaves qui, de même que tous ses pareils, est berné par les valets.

w Un vieux pelé, ainsi est-il décrit par Trakha-

de la violence, avant qu' ils ne s'étendent jusqu'à vous rt.

N'y a-t-il pas dans ce discours l'âme d'un tribun qui plaide la cause des opprimés et dans ses derniers mots ne trouve-t-on pas toute la profondeur du statiste? Quoi de plus noble que ce sentiment de la justice, cette éloquente défense de la liberté des autres dans la bouche de celui qui est privé de la sienne; cette apologie des lois faites par un homme envers lequel les lois ont été si cruelles et si injustes?

Trakhalion, ayant placé sous la protection de la divinité les pauvres filles, se prépare à leur défense en bravant la fureur vengeresse du marchand.

u Trakhalion — Tenez-vous assises sur les marches de l' autel. Qu' il vous serve de camp fortifié. Je me placerai ici au poste avancé, pour défendre les retranchements. Avec l' assistance de Vénus, je repousserai l'irruption de l'ennemi w.

Ensuite, s' adressant à Labrax , le marchand d' esclaves ; a Ces filles sont-elles à toi ?

Labrax — Sans contredit,

Si Ton rencontre ça et là dans le théâtre de Plante, des valets ignobles et méchants, on ne doit pas d'ailleurs oublier que la pluralité des autres personnages comiques de notre auteur, sont d'une immoralité, on ne pourrait plus, dégoûtante. Des vieillards niais, ridicules et vicieux, des courtisanes qui vendent l'amour sur la scène, des courtières éhontées, des jeunes hommes débauchés, endettés, voleurs domestiques, sans aucune affection pour leurs parents , sans aucun respect pour la vieillesse, respect que d'ailleurs elle ne sait point mériter, voilà, sauf quelques types qui ne manquet pas de grandeur, les éléments dont se compose le théâfre du grand Ombrien.

Dans cette société l'esclave est presque toujours le meilleur: il est en outre toujours le plus fin. Il est l'âme de toutes les embûches dressées contre des pères avares, des vieillards jaloux, et des agents de débauche, qui mettent aux enchères l'amour des filles. Tout en la bernant et en tirant profit de ses défauts, il aime la jeunesse et l'aide dans ses folies. Maître des -situations les plus intriguées, il égayé le parterre par sa bonne humeur et sa verye pétillante d'esprit et le prix de son

adresse et de ses peines est souvent P affranchissement, ce rêve de ses beaux jours, cet espoir de sa vieillesse. Il possède en outre un certain amour propre qu' il met à bien mener une. intrigue et à servir son seigneur, qu' il trompe parfois, mais qu' il trompe toujours moins qu* il ne le mérite.

Deux pièces Casina et le Revenant, qui ont inspiré le théâtre moderne français, peuvent nous faire connaître l'espièglerie et la force comique du valet latin. Casina est une comédie où V esclave, qui y joue le premier rôle , a de F analogie avec Figaro du Mariage. Le caractère des deux valets qui se disputent Casina pour leurs maîtres , est marqué de nuances très ingénieuses ; V un /est un valet de Rome, plein de ressources et de savoirfaire, qui connaît la ville et les moeurs des citoyens, l'autre est un campagnard défiant et madré sous une grossièreté apparente.

Voici en abrégé l' argument de la pièce. Un vieillard (Stalinon) amoureux d' une jeune orpheline (Casina), vent la faire épouser à un de ses valets, qui vit à la campagne (Olimpion), en se réservant ce qu' au XVIIP siècle on appelait encore le droit du seigneur. Il a pour rival ,

n Ampelisque — Bonjour, jeune garçon.

Scéparnion — Bonjour, jeune fille.

Ampelisque — le viens vers vous....

Scéparnion — Si c'était aussi bien le soir, je me ferais un plaisir de vous donner Thospitalité, et de vous régaler ni plus ni moins que la personne que j' affectionne le mieux. Mais à cette heure....

Ampelisque — Ne craignez rien, je ne viens point vous constituer en dépense ruineuse.

Scéparnion — Que dit cette aimable fillette ?

Ampelisque — Tout beau! point de jeux de mains. Je vous trouve bien familier.

Scéparnion — Par les dieux immortels! mais c'est là le vivant portrait de Vénus. Quelle vivacité dans ses yeux! la jolie taille! sa chevelure est brune comme un vautour, je veux dire comme un aigle! Oh! quels jolis trésors nous dérobe ce mouchoir! quelle grâce dans ce sourire!

Ampelisque — Ça, me prend-on pour la gâteau d'Hercule, où tout le monde met la main? Point de geste s' il vous plaît.

Scéparnion — Mais, ma toute belle en m'y

Pierre Toldo — Figaro etc. 4

fl-mpeiisque — i^aana y aurai pias ae loisir, j' écouterai vos folies n.

Scapin agaçant sa belle ne saurait s' exprimer autrement et Lisette ne lui répondrait pas mieux qu'Âmpelisque. La pièce finit, comme la plupart des pièces françaises, par le mariage de la jeune servante avec le valet.

Soaphe de la Mosleîlaire est un autre type de la servante latine, que M. Maurice Sand, (*) a voulu rapprocher des soubrettes de la comédie de l'art.

Écoutez-là dans ce dialogue avec sa maitresse Philematie, voyez ses airs câlins et ses manières provocantes, admirez l'adresse de sa flatterie et la finesse de ses conseils.

H Scaphe — La force de votre be:,uté a plus d'éclat et d'influence que votre parure. Tout ce que vous mettez en reçoit de la grâce et du prix.

Philematie — Je ne veux pas que tu me flattes.

(*) Maurice Sand — Masques et bouffons.

Tranion et Soapin sont proches parents, et le Revenant de Plaute, où Tranion joue le premier rôle, a inspiré, sans doute, les Fourbeiies de Scapin. Aussi Tranion est-il un type qui n' est pas trop éloigné de nous, la comédie de 1' art 1' a souvent imité et les premiers essais de la muse française ont tâché d' en reproduire l' allure sémillante.

Retour imprévu où Merlin remplace Tranion en trompant le bonhomme Géronte qu' il arrête à la porte de sa maison, par la peur des lutins. Tranion est donc le héros de cette pièce où il jouit de toute V importance que les traits plaisants de son caractère, lui ont su mériter. Il est le compagnon joyeux du libertinage de son jeune maître; d'une moralité facile, il aime les femmes, le vin et la bonne chère, et il a les yeux fermés sur V avenir. Ainsi Grumion, le valet villageois, n'a pas tort s'il l' appelle a bel esprit de carrefour, délices de la canaille., fléau de ses maîtres n. Ce valet de campagne, que nous avons rencontré dans Casina, représente parfois le type du fourbe en formation, parfois il garde 1' innocence des champs, la fidélité à ses maîtres, une rudesse, quelquefois, brutale et le bon sens du paysan. Le zamii niais de la comédie de V art, le valet villageois du théâtre italien et français, tirent leur origine de là. Il forme contraste avec le valet de la ville, dont il est, souvent, la dupe, en reçoit des injures et des coups et sa vertu est rarement recompensée.

Grumion est grossier et son camarade se moque de lui, qui sent 1' ail et V étable : u cloaque

infect, manant, bouc, auge à porc, chien dégoûtant, n Le valet de la ville sent les parfums étrangers, occupe à table la place d' en haut, fait une chère délicieuse (*) et les jolies femmes ne le repoussent pas toujours, mais Grumion a des parfums de fidélité et de sentiment, a Tranion, dit-il à son collègue, dans peu tu grossiras le nombre des honnêtes gens chargés de fers. Maintenant puisque tu en as le pouvoir et le loisir, bois bien, sème V argent, pervertis le fils de ton maître, autrefois si sage ; buvez ensemble nuit et jour comme des Grecs, achetez des courtisanes, affranchissez-les, nourrissez des parasites, faites bombance. Est-ce là ce que notre vieux maître t' avait recommandé en partant ? Est-ce là V ordre qu' il va trouver dans sa maison ? Crois-tu qu* il soit d' un bon serviteur de perdre le bien et le fils de son maître? n

Stratilax (TruculentiisJ indique la transformation du valet de cariipagne en valet de ville et V homme simple, naïf et chaste que les mauvaises moeurs corrompent et qui cède aux appas de la volupté. Tel qu' il paraît au commencement de la pièce, il est d' une probité bourrue, veillant sans cesse à ce

(*) Voir Le Revenant A. I. S. I.

Stratilax — Tu m' appelles brutal. Je te déclare que si tu ne t' en vas pas sur le champ, ou si tu ne me dis pas ce que tu viens chercher ici, je vais t' écraser sous mes pieds, comme une truie ses cochons r). Et ailleurs: u Je sais que vous cherchez chez nous le fils de notre maître pour le perdre, pour 1' enlacer dans vos filets et lui arracher de V argent v.

Qu'on n'aille pas croire, cependant, que Stratilax, doué d'une vertu si chatouilleuse, défendra la bourse et l'honneur de son maître à son corps défendant.

Le séjour de la ville va bientôt chasser ses scrupules, dont il ne saurait tirer d'ailleurs aucun profit, et il deviendra, sans trop se faire prier, un compagnon joyeux de son maître libertin. Ce changement, d'un comique achevé, a lieu dans la pièce latine presque sans transition, mais il était, sans doute, préparé par une scène qui manque dans les manuscrits. A la fin du troisième acte {*), Stratilax, au lieu de se sauver à la vue de la jeune servante, l'aborde en lui disant avec passion, a Je ne suis

(*) La division en actes est due aux grammairiens.

dans l'intrigue de la comédie ancienne, avait sa raison d'être dans la supériorité de l'instruction de ces personnages. Mais ce Lydus est un pédant ennuyeux , que 1' auteur expose à la risée du public et auquel le père de l' élève donne une adroite leçon de tolérance, u Doucement, Lydus! Le plus indulgent est le plus sage. Il serait encore plus étonnant qu'à cet âge il ne fît pas de folies; j'en ai fait aussi quand j' étais jeune d. Ce type de l'esclave-précepteur ayant cessé d'exister, la comédie postérieure le remplaça paf le pédant philosophe, qui donna origine à l' immortel Trissotin de Molière.

Ainsi le pédant de même que le çapitan, l'avare, le père indulgent et trompé , le vieillard libertin et le parasite complaisant et corrupteur , sortent aussi de cette source inépuisable de la comédie latine, d' où la Renaissance a su les tirer.

Mais ce n'est pas à ce peu d'échantillons que nous venons de présenter à nos lecteurs que se borne la lignée féconde des valets de Plante. De même que le Beato Angelico a su peindre des centaines. d'anges qui, au premier abord, paraissent avoir tous la même mine, mais qui, à un

examen plus attentifs, révèlent des traits différents, par les petites nuances d'expression, de sorte qu'il faut reconnaître à chacun d'eux une physionomie spéciale, aussi l'esclave de la comédie plautine varie-t-il ses traits de l' une à l' autre pièce; Le chef des esclaves est', par exemple, une variété digne de remarque. Il fait le capable, taille en plein drap, orgueilleux et superbe avec ses inférieurs, chien couchant avec ses maîtres. Les autres valets, naturellement, le payent d'échange en l'appelant: u hypocrite, faux monnayeur, fabricant d'écus de plomb n, Phanisque du Revenant (Mostellaria) en est le prototype. Voici de quelle manière, au commencement du quatrième acte , il développe ses théories sur l' esclavage, u L' esclave, dit-il, qui sans être coupable, cr^ntk néanmoins le châtiment, sert bien son maître. Ceux qui ne craignent rien, quand ils méritent d' être châtiés, ont recours à de sots expédients. Ils s' exercent à la course et s' enfuient. Mais lorsqu' on les rattrape, ils ont amassé un bon fonds de douleurs, à défaut d' autre pécule. Ils le grossissent peu à peu et se font en ce genre un trésor. Moi, qui suis prudent, j' aime mieux m' abstenir de mal faire, que d' ex-

poser mon dos à être bigarré. Ma peau est restée nette jusqu'à ce jour; je veux la maintenir dans cet état, et la préserver des étrivières. Tant que je saurai me commander à moi-même, elle sera à r abri des coups qui pleuvront sur les autres, sans tomber sur moi. En eflEet, le maître est ce que les esclaves veulent qu' il soit ; bon avec les bons et méchant avec les méchants, n

Dans ces maximes il y a un traité d' égoïsme et de soumission aveugles; P obéissance à tout prix et le manque d' individualité.

En général les mœurs de ces esclaves sont fort libres. Il y a, par exemple, Stichus^ qui dans la pièce portant ce nom, fête, avec un de ses camarades, le bonheur de ses maîtres, par une scène de débauche. On y fioii Stichus et un autre valet buvant et chantant en compagnie d' une courtisane avec laquelle ils font, de bonne amitié, ménage en trois. Le spectacle ne pourrait être plus obscène.

Dans le Persan^ il y a cela de remarquable, (jue V esclave Toxile y joue le rôle de maître, comme les valets français du XVIIP siècle, et qu' il y conduit une intrigue amoureuse pour son propre compte. En profitant de V absence de son

seigneur, ce Orispin de la comédie latine achète une courtisane qu' il aime, en bernant le marchand d' esclaves auquel il trouve le moyen de ne pas la payer. L' amour entre Toxile et la jeune fille ne manque pas d' idéalité ; il y a des scènes de passion salis ombre de raillerie et la maîtresse de l'esclave s' écrie en T embrassant : a Qu'on est malheureux quand on aime ! t) Il va sans dire qu' en l'absence de leur maître, les esclaves font bombance et Toxile donne des repas somptueux et splendides.

Il y a dans cette pièce un esclave adolescent, Pegnion, qui est le plus malin petit garçon qu' on puisse rencontrer, a Tu auras beau te mettre l' esprit à la torture, tu ne seras pas plus maligne que moi 7) dit celui-ci, avec effronterie, à la servante du marchand d' esclaves, et cette maîtresse de ruses, est obligée d'en convenir: u disputer de malice avec toi! ou perdrait sa peine r?. Le jeune renard est trop petit, encore, pour mordre mais il va mettre les dents, a Grâce à mon âge, dit-il à Sagaristion, tu m' insultes impunément v et dans la même scène a (Acte II S IV) mon bras est esclave, mais ma langue est libre 77. Par cette phrase, le

jeune esclave, semble annoncer la nouvelle génération, qui saura, un jour, briser ses chaînes.

A plusieurs endroits on reconnaît des emprunts que les auteurs modernes ont fait à la comédie de Plante. La Benaissance y puisa à pleines mains et Molière, entre autres, sut tirer bon parti des caractères et des situations comiques; ainsi dans les Fourberies de Scapin Epidicus est revenu au jour, héros de friponnerie et de ruse a Paris comme à Bome.

Sans vouloir avancer une conjecture qu' on ne pourrait d' ailleurs pas prouver, car Beaumarchais a pu trouver cette situation dans le théâtre espagnol , r inspiration d' une des scènes les plus gaies du Barbier de Séville pourrait bien remonter à Ciirciilion, Phédrome, jeune homme amant de Planésie , chante comme le comte Almaviva à la porte de sa belle et le valet Palinure, qui 1' aide dans ses amours, a décidément des allures de Figaro.

Voici les vers chantés par Phédrome dans la traduction assez fidèle de M. François.

a porte aimable si mon zèle Te chargea de fleurs, de présents.

à des tours compliqués, faits tout exprès pour mettre en jeu les ressources de la ruse de 1' esclave, et tout en le représentant menteur, ivrogne, égoïste, aimant l' argent et la débauche, il laisse percer dans bien des endroits la sympathie profonde qu' il a pour cet enfant de 1' humanité souffrante.

Il l'aime lui ce rebut d'une société injuste, cet orphelin «ans patrie et sans famille, dont les parents sont morts en héros, cet esclave avili qui éclaire ses tyrans du génie immortel de la Grèce, il V aime et il lui prête un esprit supérieur, un caractère parfois noble et généreux et il finit la plupart de ses comédies par l' affranchissement de l' esclave, leçon éloquente qu' il donne à un public de maîtres absolus.

Notre valet a bien des défauts et des vices appris dans les fers ou au service de maîtres corrompus. Souvent ou le voit bravache et fanfaron; magnifique dans ses promesses, il n' est pas toujours à même de les tenir et l'auteur doit alors le tirer d'affaire, par un hasard providentiel. Quelquefois aussi il est insolent et fat et presque toujours il parle trop de su personne et il aflSche trop ses mérites, a Un homme tel que moi dit Ohrysale

pour me pardonner? Comme si dès demain je ne devais pas en mériter autant! Vous vous vengerez à la fois du présent et du passé n.

Dans la comédie de Térence le valet joue un rôle plus borné; il y a moins de ressources et de verve comique mais son maintien est plus comme il faut et le langage qu' il parle est, sans doute, moins vulgaire. Térence a suivi plus fidèlement que Plante les modèles grecs dont il tira ses pièces et il nous fait vivre dans une société où l'on rencontre plus souvent de nobles caractères et de V idéalité de sentiment.

En effet, s' il y a dans son théâtre des gens vicieux, des courtisanes et des parasites, on y voit aussi la noble figure d' un Ohrémès , qui se condamne à la misère pour expier sa rigueur envers son fils, un amant fidèle tel que Diphile, une courtisane généreuse tel que Bacchis et Ton y admire le bon sens et le bon coeur de Micion. Dans cette société où tout le monde a les yeux ouverts, où les vieillards ne sont pas toujours sots et les jeunes gens ont assez d'esprit pour se passer de conseillers, le valet a moins d' initiative et sa finesse habituelle n' a pas toujours bon jeu.

Dave, le valet de VAndrienne, parle un langage moins grossier que ses camarades de la comédie de Plante, il ne se permet plus ces expressions licencieuses et ces obscénités, qui faisaient jadis les délices du public, mais qu' il a perdu aussi de sa verve joyeuse et de ses ressources brillantes !

Ses maîtres, qui le connaissent au fond, ne font plus tant de façons avec lui. u Si je m' aperçois, dit Simon à Dave, que tu médites quelque tour de ta façon pour empêcher ce mariage, on que tu veuilles faire parade de ton adresse en cette occasion, je te ferai d'abord étriller d' importance , et je t'enverrai ensuite au moulin pour le reste de ta vie 7i.

Au cinquième acte on voit Dave, sur l'ordre de

son seigneur enlevé et fiistigé. u Tiens-le bien garotté, s'eorie celui-ci, les pieds et les mains liés

comme à une bête. Sur 1' honneur je t' apprendrai

avant ce soir, si le ciel me prête vie, ce qu' il en

coûte de tromper son maître t). Et Dave ne se

moque plus de la colère des personnes qu' il sert.

u Ce n'est pas le moment, dit-il dans son monologue, de croiser les bras et de s'endormir, autant

que j'ai pu comprendre la pensée du bonhomme

a raison de lui dire : a Je n' en puis plus à force de rire à tes dépens... Non, je n'ai jamais vu, je ne verrai de ma vie un sot tel que toi. Ah ! je ne saurais dire le divertissement que tu nous as donné. Je te croyais plus fin et plus habile mon cher... En attendant on va t' étriller aujourd'hui, imbécile, qui enseignes au fils des tours de vaurien et qui les dénonces ensuite à son père. Ils vont 1' un et l'autre faire de toi un bon exemple.

Parménon — Je suis anéanti — n.

Mais à ce type de valet corrompu et corrupteur, fait noble contraste la figure du vieux Géta des Adelphes, esclave généreux et affectionné, qui nourrit, par son travail, ses maîtresses et qui soutient toute la famille de Sostrate, tombée dans la misère.

Quel zèle déploie-t-il pour venir au secours de ces pauvres gens délaissés ! avec quel transport de noble colère voudrait-il venger la jeune Pamphile qu' il croit séduite et trompée par son amant !

a Ah ! malheureux que je suis ! je ne me connais plus tant je suis exaspéré. Ah! si je pouvais les rencontrer (P amant, son père et son valet) tous à cette heure, pour décharger sur eux ma colère,

là, dans le premier moment ! Qu' on me laisse le soin de la vengeance, et je saurai en faire justice. Le vieillard d'abord, je l'étranglerais pour avoir donné le jour à un monstre pareil, puis Syruô l'instigateur, ah! que j'aurais de plaisir à le mettre en pièces. Je l' empoignerais par le milieu du corps, et le jetterais la tête sur le pavé, pour lui faire sauter la cervelle. Le jeune homme, je lui arracherais les yeux et je le précipiterais quelque part 7î. Et Déméa, ce vieillard trop austère, en voyant Géta a 1' air de se reconcilier avec la valetaille, u Eh bien! Gréta, je te regarde comme un garçon impayable ; car c' est montrer un véritable dévouement que de prendre les intérêts de son maître comme je te les ai vu prendre aujourd'hui, w

Phormion est la pièce où Térence, à l'instar de Plante, nous présente le valet fourbe et adroit, véritable frère de Tranion , mais ce valet n' est plus un esclave, c' est un parasite, qui descend en ligne droite de ceux de Ménandre et d' Epicharme. Ce Phormion que Molière sut transformer en Scapin, l'emporte sur tous les esclaves et Géta est obligé d'en convenir, a Quel éveillé que ce Phormion! Jamais je n'ai vu son pareil tî,

Phormion est homme libre efc cela lui donne une aisance de mouvement et des airs d'indépendance, qui contrastent avec la peur des valets esclaves qui s'écrient à tout moment: a Gare à notre peau ! r)

Tel est donc le valet que le théâtre antique a conçu et en laissant de côté, pour le moment, V influence qu' il a exercée sur 1' esprit de la Renaissance, noue nous bornerons à indiquer les principales imitations de la comédie latine, que nous présente la littérature moderne.

Plaute — AmphitriiOj pièce imitée par Boccace, Eotrou, Molière.

Asinariaj comédie à laquelle Molière, entre autres, fit plusieurs emprunts; qu'il a répandus dans Tartuffe, le Bourgeois gentilhomme et les Fourberies de Scapin.

Les Captifs pièce imitée par Rotrou et en 1714 par Roy, dans une plate copie, qui eut un succès de quelques jours.

L' Aulularia est 1' Avare de Molière. Il y a un Qiieroliis ou Aulularia, en prose du IIP ou IV® siècle, qui a été publié par P. Daniel (Paris 1564) et par Klinkhamer (Amsterdam 18^9). Le sujet dç

traduite en italien par Machiavel et Pierre Fanfani. Marco Monde de Oapua publia à Naples une imitation de cette pièce sous le titre Le nozze.

L' Ecyre^ fut imitée par Benedetto Varchi (La Suocera).

L' Eunuque inspira le Muet de Brueys et Palaprat. Arioste tira de 1' Eunuque de Térence et des Captifs de Plante V argument des Suppositi.

Les Adelphes inspirèrent Molière (L'école des maris) et Oecchi (I dissimili).

Phormion fut imité par Molière dans les Fourberies de Scapin.

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