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tout le monde Tî. La ruse enfin est découverte. Isabelle, en voulant se moquer de lui, lui donne un rendez-vous et le fait déshabiller. Pedrolin, aidé par Arlequin et Buratin, surviennent tout-à-coup et veulent le punir, par où il voulait offenser leur maître. On voit Arlequin, Pedrolin et Buratin armés de grands coutelas et d' une cuvette de cuivre. Mais le Pédant crie: a miséricorde! n, le Capitan intercède pour lui et les trois valets se contentent de lui donner bon nombre de coups.
Mais où Pedrolin démontre une affection plus vive à ses maîtres, c' est dans les deux comédies, la mancata fede et les duo finti zingarL Dans- la première F adroit valet sauve la fille et les biens de son seigneur, dans P autre, déguisé en bohémien, il suit sa maîtresse Isabelle à travers maints périls et V aide à retrouver et épouser celui qu' elle aime. Dans cet impromptu il y a une intrigue fort plaisante. Franceschina, qui croit mort son mari Pedrolin, s' est fiancée au Capitan. Pedrolin remplace le Capitan au rendez-vous et se moque de sa femme.
Les Gelosi avaient une variété très riche de Zanni. Cavicchio est un type de paysan, qui est souvent la dupe des autres zanni^ mais qui est, parfois, assez éveillé pour en parer les coups. BeU
Pierre Toldo - Figaro etc. 12
pris du tabac, je voulais éternuer; elle me fit manquer mon coup. De dépit, je pris un chandelier et je lui cassai la tête. Elle mourut un quart d' heure après.
Isabelle — Ah ciel! est-il possible!
Mezzetin — Voilà le seul différend que nous ayons eu ensemble et qui ne dura pas longtemps, comme vous voyez. Quand une femme doit mourir, il vaut mieux que ce soit de la main de son mari que de celle du médecin, qu'il faut payer cher et qui vous la traînera six mois ou un an. Je n'aime pas à voir languir le monde.
Isabelle — Et vous n'avez point d' horreur d'avoir commis un crime aussi noir que celui-là?
Mezzetin — Moi? pas du tout; je suis accoutumé au sang, de jeunesse. Mon père a eu mille affaires en sa vie, et il a toujours tué son homme. Il a servi le roi trente-deux ans.
Isabella — Sur terre ou sur mer?
Mezzetin — En l'air.
Isabelle — Comment! en l'air? je n'ai jamais entendu parler de ces officiers-là.
Mezzetin — C'est que, comme il était fort charitable, lorsqu' il rencontrait quelque agonisant, qu' on menait en Grève, il se mettait avec lui dans
un fanfaron doublé de poltron et sa grande épée n'impose qu'aux vieillards timides ou sots. Il tient donc du Capitan et du valet et il a les défauts de l'un et de l'autre.
Une pièce importante de cette période de la jeunesse de Poquelin, où l'on rencontre en Arlequin le prédécesseur de Sganarelle, c'est le Convié de Pierre^ pièce imitée du drame espagnol de frà Gabriel Tellez par Onofrio Giliberti de Solofra. On verra que ce canevas n'a pas été sans exercer quelque influence, sur la comédie du même titre de Molière, on en verra aussi la force différente de conception.
Trivelin y jouait d'abord, en 1667, le rôle du valet de Don Juan ; Dominique Biancolelli le remplaça par Arlequin, ainsi l'Arlequin du Convitato est devenu le modèle du Sganarelle de Don Juan. Tous les deux ont, en effet, la même physionomie espiègle et peureuse, mais Arlequin a une peur plus bouffonne et prend des libertés sur la scène que son descendant ne saurait se permettre. La comédie de l'art débute par un entretien du Eoi et d'Arlequin.
Arlequin, cause amicalement avec le Eoi et lui donne des conseils d'un air de vieux camarade,
donne des coups de poing à F impudent valet; celui-ci les rend avec usure v. Ces tours et ces lazzi furent supprimés par le bon goût de Molière, qui sut faire de notre valet une création artistique et hautement humaine. C'est en vain que l'on chercherait dans Arlequin ces réflexions doublées de bon sens, produit d'une philosophie populaire et profonde, qui sortent de la bouche de Sganarelle. L'esprit d'Arlequin est grossier et ses saillies sont on ne pourrait plus vulgaires. Lorsqu' il sort de la mer, entouré de vessies gonflées, il eh crève une, en se laissant choir sur le.... dos. a Bon, dit-il, voici le canon qu^ tire en signe de réjouissance n. Dans le tombeau du Commandeur, en voyant que tout y est sombre : a il faut, s'écrie-t-il, que la blanchisseuse de la maison soit morte; car tout
l'action marcherait toujours sans qu'il y manquât rien, quoique absolument inutiles dis-je, ne s' éloignent point de V intention de la scène, car s' ils la coupent plusieurs fois, ils la renouent par la même badinerie, qui est tirée du fond de l'intention de la scène ».
Et ce n*est pas seulement par les lazzi que les acteurs amusaient le public; il y eut, dans la comédie de l'art, tout ce qui pouvait frapper l'imagination par le merveilleux, le surnaturel et le féerique et tout ce qui pouvait exciter les sens ; de sorte que l'on vit même des femmes nues parcourir le théâtre.
arguments, ne gardant plus que les formes extérieures de r axte»
a En réalité, dit Moland, le théâtre italien de Phôtel de Bourgogne est une scène française, une scène de genre, comme nous disons aujourd'hui. La troupe ne joue presque plus rien de son répertoire national. Ce sont des écrivains français qui travaillent pour elle ; Fatouville, Eegnard, Dufresny, Palaprat, Lenoble, Boisfranc, Mongin, Delosme, etc. L'improvisation n'y a plus qu'une part très limitée et restreinte à des scènes qui sont le plus souvent inutiles à la pièce et s'y intercalent comme des intermèdes 77.
Ainsi la comédie *de l'art était déjà mourante , lorsque les foudres de la loi la frappèrent et que le mardi 4 mai 1697, M. d'Argenson, lieutenant-général de Police, en vertu d'une lettre de cachet du Koi, défendit aux acteurs de continuer leurs spectacles, sa Majesté ne jugeant plus à propos de les garder à son service.
Cependant Philippe d'Orléans appela en 1716 la troupe dirigée par Kiccoboni et Scapin, Scaramouche et Arlequin vinrent encore à la mode. Mais ce fut le dernier souffle d'un mourant. En 1762 la Comédie italienne fut réunie au théâtre de l'Opéra Comique et en 1780 le théâtre de la Comédie ita-
lienne prit le nom de Théâtre des Italiens sans qu' il y eut, pourtant, un seul acteur de cette nation.
On ne pourrait finir cette esquisse rapide du valet de la comédie de l'art, sans faire mention de Tabarin, zanni qui en 1&70 parcourut la France avec la troupe de Ganassa et qui en 1618 acquit une réputation vraiment extraordinaire. Il s'était associé à un certain Mondor, un charlatan qui tirait profit du théâtre pour débiter, pendant les entr' actes, ses drogues et arracher les dents. Tabarin était le valet du charlatan et sa vogue lui fit amasser une fortune vraiment seigneuriale (•).
Daniel Martin en 1637, dans un livre intitulé Parlement nouveau s'exprime ainsi sur ce personnage -. u Un nommé Tabarin et un italien nommé Montdor, ayant fait dresser un eschau£Faut en l' isle du Palais, amassoient la populace par leur musique de violons et farces qu'ils jouoient, après quoy ils se mettoient sur la louange de leurs drogues et en disoieut tant de bien que le sot et badaud peuple, croyant qu'elles guérissent de tous maux.... et plusieurs autres, il y avoit presse à qui jetteroit le plus tost son argent noué dans le coin d' un mouchoir ou dans un gant sur l'eschaffaut, pour avoir
f*) Voir M. Sand.
une petite bouette d'onguent, enveloppée dans un billet imprimé n,
Tabarin et Mondor jouaient de véritables farces assaisonnées de questions burlesques, que le valet adressait à son maître, a Les perles y sont rares, dit M. P. de Saint- Victor, mais, en revanche, le sel y abonde. On est tout surpris, lorsqu'on rôde dans ce fumier, de se rencontrer parfois nez à Jiez avec Molière et la Fontaine. Telle scène de Poquelin, tel apologue du Bonhomme, sont sortis d'une farce de Tabarin comme la perle sort de l'huître. Le sac dans lequel Scapin enferme Géronte figure dans trois ou quatre parades de la baraque du Pont Neuf n.
Il faut pourtant se méfier de toutes ces sources, qu'on a voulu donner à la comédie française et surtout à celui qui en fut et qui en sera peut être toujours le plus illustre représentant. L' influence du zanni italien sur le valet Français, pour nous en tenir à notre sujet, est fort difficile a constater à cette époque, où il est souvent impossible de démêler dans le répertoire italien ce qui a précédé Molière de ce qui l'a suivi et l'on ignore souvent s'il est débiteur ou créancier de plusieurs pièces de la comédie de l'art.
D'ailleurs un illustre critique italien (*) a fort bien remarqué qu' il est fort naturel ques des écrivains, vivant sous le même climat historique, voyant les mêmes choses dans la même atmosphère de civilisation, enfantent les mêmes types et formulent une pensée très semblable et même identique. C'est l'étude de l'homme éternel, tel qu'il est et sera toujours, malgré ses formes accidentelles, qui fait de Molière le premier et le plus illustre des auteurs comiques qui aient jamais paru dans la littérature moderne. Son Sganarelle est bien à lui et s' il a parfois l'air de ressembler à quelqu'un des zanni de la comédie de l' art, cette ressemblance, au lieu d'être une imitation, n'est pour nous que le résumé heureux de toute une famille d'esprits et de tout un passé comique dans un nouveau type original et supérieur. Ce sera plutôt dans Mascarille de ses premiers débuts et dans les auteurs dramatiques de second ordre, qui ont précédé et qui ont suivi le grand écrivain, que 1' on verra poindre les valets et les bouffons de la comédie italienne et l' imitation sera d' autant plus sensible que la source en sera plus éloignée.
(') M. Adolphe Borgognoni. — fVoir, Ruysch e le mummte — 1892).