‹ Figaro et SuzanneChapitre 9 sur 35 · S C K N E VI · texte numérisé non relu

S C K N E VI

VARLOPE, Madame BADIGIlON.

VARLOPE arrive ^ tenant une scie el un manuscrit ^ et chantant.

« Jfi Buis Lindor, ma naissance est commune;

3) Mes voeux , etc.

Ah! belle voisine , vous voilà de bien bonne heure. Vous ne me promîtes pas hier de venir sitôt, lorsque vous me quittâtes.

M™«. BADIGEON, à part.

Quittâtes! Qu'il est gracieux..,. Il a toujours quelques

jolies choses à la bouche.

to LES COMEDIENS BOURGEOIS,

VARLOPE

Voisine , repassâtes-vous hier soir la scène que nous répétâmes ?

Mme. BADTGÎON.

Oui , voisin: j'ai même fait des plies jusqu'à onze heures du soir pour me rompre un peu , à cause de ce fjndango que vous m'avez rajouté au 3"^. acie, et que je dois danser devant la glace.

VARLOPE

Vous fîtes bien; car, avant-hier, vous essayâtes de l'exécuter, et vous ne pûtes pas. Si vous saviez comme nous travaillâmes , ma femme et moi, la scène de jalousie

Vrai J'aurai des échaj pés comme l'on en vit peu;

et le voisin Badigeon s'occupa- 1- il , hier soir, de son Figaro ?

M™^ BADIGEON

Le pauvre cher homme se donne bien du malj ce n'est pas de sa faute s'il ne va pas bien. VARLOPE.

Comment donc? mais, il ne va pas mial. Je le fis aller mieux qu'on ne l'eût cru , dans ce rôle de Colin qu'il joua dimanche dernier.

M™^. BADIGEON

Ce n'est pas l'intelligence qui lui manque.

VARLOPE

T'ifi la mémoire , surtout depuis que j'eus la folle idée de traduire en pantomimes les Coniédies, les Tragédies et même les Opéras..... Vous souvenez-vous de ce jour où nous voulûmes jouet Marbéte en tragédie? Dieu ! rîmes nous; comme nous rîmes ; personne ne savait son rôle.

Air : Dans la paix et f innocence ^ etc.

Ce jour-là nous répétâmes , Et tout alla de tiavers; Comme nous estropiâmes La prose , aiusi que les vers ! Dès ce moment nousijugeàmes , Et prose , et vers superflus j Ma loi, nous les supprimâmes, Nous ne nous trompâmes plus.

M""^ BADIGEON

Toujours des idées heureuses.

P Ti 0 L 0 G U E. «I

VAr\LOPE.

Et puis nous évitons les cuirs: le petit Cadet en faisait à couper au co;ileau.

M""^. B\DIGEON

Tout le monde n'a pis l'avantage de parler sa langue comme vous.

VARLOPE

11 est vrai qne j'en'? à l'école des études asez brillantes

Et je parvins facilement à ce degré d'élégancK où je sus ra'arrêler quand je crus que je le dus.

M"'^. BADIGKON.

Vous avez bien Uh de quitter votre état de menuisier pour devenir bourgeois d'Arjiajon.

VARLOPE

Et amuser mes loisirs par la oomi'die bourgeoise. .le puis

me flatter de connaître mes planches \ propos, belle

voisine, répétons donc la scène du deuxième acte.

M""^. BADIGEON

Laquelle ?

VARLOPE

Celle du baiser.... Il faut que cela soit fait adroitement.... C'est un baiser qu'il faut escamoter.

M'^'^ BADIGEON

Ne faut-il pas que j'aie l'air de refuser?

VARLOPE

Oui, un geste minaudier.... Vous retournez la tète ; je vous

prends légèrement la taille dans les deux doigts, et puis

bzit... il est pris. ( Il remhrasaf. )

Page 1