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CHAPITRE I

Dans la partie la plus reculée du palais impérial de Byzance, au delà des salles des gardes et des appartements de réception, au milieu des jardins pleins d'ombrages et d'eaux courantes qui formaient autour d'elle, selon le mot d'un chroniqueur, comme « un nouvel Eden », comme « un autre paradis », s'élevait l'habitation privée des empereurs grecs du moyen âge.

Les descriptions des écrivains byzantins nous permettent encore d'entrevoir ce qu'était cette élégante et somptueuse demeure, embellie d'âge en âge par plusieurs générations de princes, et où, loin des bruits du monde et des importunités du cérémonial, les basileis^ représentants de Dieu sur la terre, trouvaient le loisir de redevenir des hommes. Ce n'étaient partout que marbres précieux, que mosaïques res-

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plendissantes. Dans le grand salon du Palais-Neuf, construit par l'empereur Basile 1®', par-dessus la magnifique colonnade où les marbres verts alternaient avec les rouges onyx, de vastes compositions, monuments de cette peinture profane que ne dédaignaient point autant qu'on le croit les maîtres byzantins, représentaient le souverain trônant parmi ses généraux victorieux et racontaient la glorieuse épopée du règne, « les travaux herculéens du basileus, comme dit un auteur contemporain, sa sollicitude pour le bonheur de ses sujets, ses labeurs sur les champs de bataille, ses victoires octroyées par Dieu ». Mais surtout la chambre à coucher impériale était, paraît-il, une merveille. Sous le haut plafond constellé d'étoiles d'or où brillait, peinte en mosaïque de couleur verte, la croix, symbole du salut, une décoration somptueuse ornait toutes les parties de la vaste pièce. Sur le sol pavé de mosaïques, un médaillon central enfermait un paon au rutilant plumage, et dans les angles quatre aigles — l'oiseau impérial — étaient figurés dans des cadres de marbre vert, les ailes éployées, prêts à prendre leur vol. Au bas des murailles, des tablettes de mosaïque mettaient comme une bordure de fleurs; plus haut, sur des fonds d'or vif, d'autres mosaïques encore représentaient, en grand costume d'apparat, toute la famille impériale : Basile assis sur son trône, la couronne en tête, et près de lui sa femme Eudocie, et rangés autour d'eux, tels à peu près qu'on les peut voir dans les miniatures pâlies d'un beau manuscrit de la Bibliothèque Nationale, leurs fils et leurs filles, tenant en main des livres où étaient inscrites de pieuses sentences des Écritures; gravement tous levaient les mains vers le signe rédempteur de la

croix, et de longues inscriptions, tracées vers les murailles, appelaient sur la dynastie la bénédiction divine et imploraient pour elle les promesses du royaume éternel.

Ailleurs, dans l'appartement de la Perle, c'était la chambre à coucher d'été des souverains, à la voûte d'or soutenue par quatre colonnes de marbre, aux lambris garnis de mosaïques représentant des scènes de chasse, et qui, sur deux de ses côtés, s'ouvrait par des portiques sur la fraîcheur des jardins. C'était, dans l'appartement qu'on nommait le Carien, parce qu'il était bâti tout entier en marbre de Carie, la chambre à coucher d'hiver, protégée contre les vents violents qui soufflent de Marmara ; c'était le vestiaire de l'impératrice, dallé en marbre blanc de Proconnèse, et tout décoré de peintures qui figuraient des images saintes. C'était surtout la chambre à coucher de l'impératrice, merveilleuse salle dont le pavé de marbre semblait « une prairie émaillée de fleurs », et dont les murs, revêtus de porphyres, de brèches vertes de Thessalie, de blancs marbres de Carie, offraient des combinaisons de couleur si heureuses et si rares que la pièce en avait reçu le nom de salle du Mousikos ou de l'Harmonie. C'était encore l'appartement de l'Amour, et celui de la Pourpre, où la tradition voulait que vinssent au monde les enfants de la famille impériale, ceux qu'on nommait pour cette raison « les porphyrogénètes ». Et c'était partout enfin la splendeur des portes d'argent ou d'ivoire, des portières de pourpre glissant sur les tringles d'argent, des tapisseries brodées d'or où passaient des figures d'animaux fantastiques, des grands lampadaires d'or suspendus à la voûte des coupoles, des

meubles précieux finement incrustés de nacre, d'ivoire et d'or.

C'est dans cette demeure magnifique qu'au milieu de sa cour d'eunuques et de femmes, loin des pompes fastidieuses du cérémonial, loin des tumultueuses agitations de la capitale, vivait dans la paix tranquille des jardins fleuris, parmi le clair bruissement des fontaines, celle dont je voudrais décrire ici l'existence, « la gloire de la pourpre, la joie du monde », comme l'acclamait le peuple de Gonstantinople, « la très pieuse et très heureuse Augusta, la basilissa qui aime le Christ », comme la dénommait le protocole, d'un mot, l'impératrice de Byzance.

On se représente d'ordinaire sous un jour assez inexact la vie que menaient les souveraines de l'empire grec d'Orient. Par une inconsciente réminiscence des idées qui, dans la Grèce antique, dans la Russie du moyen âge, dans l'Orient musulman de tous les temps, ont réglé la condition de la femme, on considère volontiers les impératrices byzantines comme d'éternelles mineures et d'éternelles recluses, sévèrement cloîtrées dans le gynécée, étroitement gardées par le sabre des eunuques, n'admettant en leur présence que des femmes, des « hommes sans barbe », comme on disait à Byzance, et de vieux prêtres, ne se montrant en public qu'en de très rares cérémonies, et encore étroitement voilées, afin de se dérober aux regards indiscrets, tenant à part leur cour féminine, soigneusement séparée de celle du basileus, vivant,

en uti mot, dans cette société chrétienne, d'une vie dfe harem musulman.

Pour être fort répandue, cette idée qu'on se fait de la vie impériale n'en est pas moins assez contestable. Peu d'États ont fait à la femme plus de place, lui ont accordé un rôle plus considérable, lui ont assuré une plus large influence sur les choses de la politique et les destinées du gouvernement, que n'a fait l'empire byzantin. C'est, comme on l'a justement remarqué, « un des caractères les plus saillants de l'histoire grecque au moyen âge* ». Non seulement beaucoup d'impératrices ont, par le prestige de leur beauté ou la supériorité de leur intelligence, exercé sur leurs époux une influence toute-puissante : ceci prouverait peu de chose, et toutes les sultanes favorites en ont fait autant. Mais dans la monarchie fondée par Constantin, à presque tous les siècles de son histoire, des femmes se sont rencontrées, qui tantôt ont régné par elles-mêmes, qui plus souvent encore ont souverainement disposé de la couronne et fait des empereurs. Rien n'a manqué à ces princesses, ni la pompe des cérémonies par où se manifeste l'éclat extérieur du pouvoir, ni les actes solennels d'autorité par où s'eiî atteste la réalité. Jusque dans la vie intime du gynécée, on retrouve les traces de la toute-puissance qu'exerçait légitimement une impératrice byzantine ; et dans sa vie publique, dans le rôle politique que lui reconnaissaient les hommes de son temps, cette toutepuissance apparaît plus clairement encore. Et c'est pourquoi, pour qui veut connaître et comprendre la

1. Rambaud, Impératrices d'Orient (Revue des Deux Mondes, 1891, t. I, p. 829).

société et la civilisation de Byzance, il y a des choses, assez nouvelles peut-être, à apprendre dans la vie de ces princesses lointaines et oubliées.

Dans les vastes appartements qui formaient le gynécée impérial, Timpératrice régnait en souveraine maîtresse. Comme l'empereur, elle avait, pour raccompagner et la servir, une nombreuse domesticité de femmes et de dignitaires palatins. A la tête de sa maison était un préposite ou grand maître de la chambre, chef suprême des chambellans, des référendaires, des huissiers, des silentiaires attachés au service personnel de la basilissa, et qui tous, ainsi que les hallebardiers ou protospathaires qui veillaient sur sa personne, étaient soigneusement choisis parmi les eunuques du palais. Pour le service de la bouche, l'impératrice avait, comme l'empereur, son grand maître de la table et son grand échanson. A la tête de ses femmes était placée la grande maîtresse du palais, généralement décorée de la haute dignité de patrichînne à ceinture [zôstè) et qui dirigeait, avec le concours de la protovestiaire, l'innombrable armée des dames d'honneur, des femmes de chambre et des demoiselles de compagnie. L'empereur d'ordinaire prenait soin de désigner lui-même les personnes qui devaient être attachées au service de l'Augusta, et il se réservait en particulier le privilège de remettre de ses mains à la grande maîtresse du palais les insignes de sa dignité et de recevoir l'hommage des nouvelles demoiselles d'honneur. Mais à la plupart des

LA VIE d'une impératrice A BYZANGE 7

serviteurs du gynécée Timpératrice donnait par surcroît une investiture spéciale, afin de bien montrer qu'ils lui appartenaient. Et quoique, au jour de leur installation, en revêtant le costume officiel dé leur charge, la tunique dorée, le manteau blanc, la haute coiffure en forme de tour, le propoloma^ d'où pendait un long voile blanc, les femmes de la basilissa fussent averties par le préposite qu'elles devaient avoir au cœur la crainte du Seigneur et garder une fidélité sincère, un entier dévoument au basileus et à TAugusta, il y a lieu de croire qu'une fois admises dans la chambre impériale, elles oubliaient bien vite Tempereur pour n'être plus qu'à la souveraine.

Sûre de la fidélité de ses serviteurs, l'impératrice, dans l'intérieur du gynécée, était maîtresse absolue de tous ses actes, et selon son caractère et son tempérament, elle usait assez diversement de cette liberté. Pour beaucoup de ces belles princesses le soin de leur toilette était une de leurs occupations essentielles. On dit que Théodora, coquette et raffinée, avait de sa beauté un souci extrême : pour se faire un visage reposé et charmant, elle prolongeait son sommeil jusque fort avant dans la matinée; pour garder à son teint l'éclat et la fraîcheur, elle prenait des bains fréquents et prolongés ; elle aimait la splendeur des costumes de parade, l'éclat des grands manteaux de pourpre violette brodée d'or, les joyaux éblouissants, les pierreries et les perles : elle savait que sa beauté était le meilleur gage de sa toute-puissance. D'autres étaient plus simples en leurs ajustements. Zoé, en dehors des grandes cérémonies de cour, ne portait que des robes légères qui allaient bien à sa beauté blonde; en revanche, elle avait le

goût des parfums et des cosmétiques, et son appartement, où flambaient été comme hiver les grands feux qui servaient à la préparation des pâtes et des aromates, ressemblait un peu à un laboratoire d'alchimiste. Et d'autres enfin, dédaignant ces recherches d'élégance, aimaient mieux, comme dit un contemporain, « se parer de Téclat de leurs vertus », et tenaient pour méprisable et futile « Tart des cosmétiques cher à Cléopâtre ».

Certaines, comme Théodora, jugeaient qu'une table déUcatement servie est une des prérogatives inséparables du pouvoir suprême ; d'autres dépensaient peu pour elles-mêmes et trouvaient plaisir surtout à entasser l'argent dans de vastes coffres-forts. Beaucoup étaient pieuses : les exercices de dévotion, les longues stations aux pieds des saintes icônes, les graves entretiens avec les moines renommés pour leur austérité remplissaient des heures nombreuses dans la vie d'une impératrice. Beaucoup aimaient les lettres aussi. Elles rassemblaient autour d'elles tout un cercle de littérateurs, qui composaient pour elles des ouvrages en prose ou en vers, toujours libéralement récompensés; parfois même, quelques-unes de ces souveraines, une ÂthénaYs, une Eudocie, ne dédaignaient point d'écrire, et les princesses de la d\iiastie des Comnènes en particulier ont gardé une réputation méritée de femmes instruites, érudites et savantes. D'autres s accommodaient mieux des grosses plaisanteries dos bouffons et des mimes, et la grande Théodora elle même, si intelligente pourtant, samusait parfois, avec son natui*el génie de la mise en scène, à oi^niser, souvent aux dépens de ses visiteurs, des divertissements d'un goût assez douteux. Enfin les

intrigues de cour et de cœur occupaient bien des instants de ces existences de femmes et faisaient du gynécée un lieu inquiétant pour Tempereur lui-même. Il ne faudrait point croire en effet qu'une impératrice byzantine partageât tout son temps entre la dévotion, la toilette, les réceptions, les festins et les fêtes. Des préoccupations plus hautes ont souvent agité le cerveau de beaucoup de ces souveraines, et plus d'une fois Tinfluence du gynécée s'est fait sentir sur la marche du gouvernement. L'Augusta avait sa fortune personnelle, qu'elle administrait comme elle l'entendait, sans consulter ni même avertir le basileus; elle avait sa politique personnelle, et il n'était point rare que cette politique s'accordât assez mal avec les volontés du prince. Chose plus curieuse, et qui surprend un peu dans une monarchie aussi absolue, sur beaucoup de questions, l'empereur lais-, sait volontiers carte blanche à la basilissa et souvent même il ignorait entièrement ce qui se passait chez elle. Aussi le gynécée abritait-il d'étranges ou de redoutables mystères. Quand Anthime, patriarche de Constantinople, véhémentement suspect d'hérésie, fut cité à comparaître devant le concile, excommunié par l'Église, condamné à l'exil par Justinien, c'est au palais même, dans l'appartement de Théodora, qu'il trouva un asile. On s'étonna un peu tout d'abord de la brusque disparition, du prélat; puis on l'oublia, croyant qu'il était mort. Et la stu peu r fut grande lorsque plus tard, à la mort de l'impératrice, on retrouva le patriarche au fond du gynécée : il avait passé douze ans dans cette discrète retraite, sans que Justinien en eût jamais rien su, et sans que Théodora — chose plus admirable peut-être — eût jamais trahi son secret.

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C'est dans le gynécée également que se trama la conspiration dont périt victime Temperenr Nicéphore Phocas. Sans que le basileus se doutât de rien, Théophano put recevoir ses complices, introduire dans le quartier des femmes les conjurés armés, et les cacher si bien que, lorsque le prince, averti à l'heure suprême, par un billet obscur, du complot qui menaçait sa vie, ordonna de fouiller le gynécée, on ne découvrit personne et que Ton crut à quelque mystification. Deux heures plus tard, par une nuit de tempête, le chef de la conspiration était à son tour hissé, au moyen d'un panier d'osier, dans l'appartement de l'impératrice, et le basileus, surpris sans défense dans sa chambre, tombait, le crâne fendu d'un formidable coup d'épée, le corps criblé de blessures.

Assurément, de ces faits exceptionnels, il ne faudrait point vouloir tirer des conclusions trop générales. Mais ce qui est infiniment plus significatif, c'est qu'entre la cour masculine de l'empereur et la demeure de la souveraine ne s'élevaient nullement, comme on le croit trop, d'infranchissables barrières. De même que les dames de l'Augusta recevaient des mains du basileus, en présence de tous les hommes de la cour, l'investiture de leur dignité, ainsi la basilissa admettait dans ses appartements privés bien des hauts dignitaires qui n'appartenaient point à la rassurante catégorie des « officiers sans barbe », et l'étiquette elle-même, cette étiquette byzantine qu'on nous peint si rigoureuse et si prude, ouvrait, en certains jours solennels, largement, presque indiscrètement, les portes du gynécée.

Lorsque, trois jours après son mariage, la nouvelle impératrice sortait de l'appartement nuptial pour

aller prendre son bain au palais de la Magnatire, la cour et la ville formaient la haie dans les jardins que traversait le cortège. Et quand, précédée des serviteurs qui portaient ostensiblement les peignoirs, les boîtes à parfums, les coffrets et les vases, escortée de trois dames d'honneur qui tenaient en main, comme un symbole de Tamour, des pommes rouges incrustées de perles, la basilissa passait, les orgues mécaniques jouaient, le peuple applaudissait, les histrions de cour lâchaient leurs facéties, et les grands dignitaires de rÉtat accompagnaient la souveraine jusqu'à l'entrée du bain, et l'attendaient à la porte, pour la reconduire ensuite en pompe à la chambre nuptiale.

Lorsque, quelques mois plus tard, l'impératrice donnait un fils au basileus, huit jours après la naissance de l'enfant, la cour entière défilait devant la nouvelle accouchée. Dans la chambre à coucher, tendue pour la circonstance de tapisseries brodées d'or, et tout étincelante des feux d'innombrables lampadaires, la jeune femme était couchée dans un lit drapé de couvertures d'or; auprès d'elle était placé le berceau où reposait le jeune héritier du trône. Et successivement, le préposite introduisait chez l'Augusta les gens de la maison impériale, puis, chacune à son rang hiérarchique, les femmes des grands dignitaires de cour, et jusqu'aux veuves des hauts fonctionnaires, et enfin toute l'aristocratie de l'empire, sénateurs, proconsuls, patrices, officiers de toute sorte; et chacun, en s'inclinant à son tour devant la souveraine, lui offrait ses félicitations et déposait près du lit un petit cadeau pour le nouveau-né.

Ce ne sont guère là, on le voit, les mœurs du harem.

et, en face de tels spectacles, est-on bien fondé vraiment à parler toujours de la sévère réclusion du gynécée et de l'inflexible pruderie du cérémonial byzantin?

Mais une vie d'impératrice byzantine ne se passait point tout entière entre les étroites limites de Tappartement privé. Le protocole lui-même lui faisait sa place dans la vie publique, et lui assignait, aux côtés du basileus, son rôle dans les pompes officielles et dans le gouvernement de la monarchie.

On sait quelle était, dans une existence d'empereur byzantin, l'importance des cérémonies de cour. Un des ouvrages les plus curieux qui nous soit parvenu de cette lointaine époque, un de ceux qui font le mieux revivre à nos yeux les aspects étranges et pittoresques de cette société disparue, le Traité des Cérémonies^ que composa vers le milieu du x® siècle l'empereur Constantin VII, est consacré tout entier à décrire les processions, les fêtes, les audiences, les dîners, qu'une pesante et inflexible étiquette imposait comme autant de devoirs au souverain. Encore que, sur ce point comme sur tant de choses qui touchent à cette Byzance si mal connue, on commette d'assez graves erreurs, et qu'on exagère fort en particulier le poids dont le cérémonial chargeait les épaules du prince — un saint Louis, un Louis XIV même allaient assurément à la messe plus souvent que ne faisait un basileus, — il est certain pourtant que ces pompes officielles constituaient une bonne part du métier

d'empereur. Or rirapéralrice y était constamment associée. « Quand il n'y a point d'Augusta, dit un historien byzantin, il est impossible de célébrer les fêtes et de donner les festins que prescrit l'étiquette. »

Ainsi, dans la vie publique de la monarchie, l'impératrice avait son rôle et comme sa part de royauté. C'est sur elle tout d'abord que l'empereur se remettait naturellement de presque tout ce qui concernait la partie féminine de la cour. Aux fêtes de Pâques, pendant que, dans la nef de Sainte-Sophie, le basileus recevait les hauts dignitaires de l'empire, qui venaient respectueusement, en mémoire de Christ ressuscité, lui donner le baiser de paix, dans les galeries de la Grande Église, spécialement réservées aux femmes, l'impératrice, assise sur son trône, entourée de ses chambellans et de ses gardes, recevait de son côté, dans le même ordre hiérarchique où leurs maris passaient devant l'empereur, les femmes des grands fonctionnaires, toutes celles à qui les charges de leurs époux donnaient rang à la cour ; et toutes en grand costume de cérémonie, le propoloma sur la tête, le corps couvert de soie, de bijoux et d'or, venaient, chacune à son tour, embrasser l'Augusta.

Sans cesse des solennités nouvelles ramenaient aux pieds de l'impératrice ce brillant bataillon féminin. En novembre, à la fête des Broumalia, vieille survivance d'une antique fête païenne, la basiUssa, dans l'appartement de pourpre, distribuait aux femmes de la cour de riches étoffes de soie, et le soir, dans les grands salons officiels, elle les conviait à de pompeux festins, où les chantres de Sainte-Sophie et des Saints- Apôtres faisaient entendre des poèmes composés en l'honneur de l'Augusta, où les comédiens et les bouf-

fons de cour amusaient rassemblée de. leurs intermèdes, où les représentants des factions du cirque et quelques-uns des plus hauts dignitaires de TÉtat exécutaient au dessert, devant la souveraine et ses hôtes, une lente et grave danse aux flambeaux. Et c'était l'impératrice encore qui, lorsque des princesses étrangères rendaient visite au palais de Byzance, secondait l'empereur dans la réception qui leur était faite. Comme le basileus, elle leur donnait audience; elle les priait à dîner avec les femmes de leur suite; elle les comblait de cadeaux et de prévenances. Par là elle participait en quelque manière à la politique étrangère de la monarchie, et de la bonne grâce de son accueil dépendaient bien des succès de la diplomatie impériale.

Mais le protocole ne limitait point aux seules réceptions féminines le rôle officiel de la basilissa. Souvent elle assistait plus directement encore l'empereur son époux. Au jour des Rameaux, elle recevait avec lui. Aux dîners de cour, elle prenait place avec lui à la table, parmi les sénateurs et les hauts fonctionnaires appelés à l'honneur du festin impérial. Associée enfin par l'étiquette à toutes les acclamations rituelles dont le peuple avait coutume de saluer ses princes, parfois même célébrée en des poèmes spécialement écrits à son intention, elle ne craignait point de se montrer en public aux côtés du basileus. Dans l'Hippodrome, aux jours des grandes courses, devant le Palais Sacré, quand s'accomplissent certaines cérémonies politiques de haute importance, la multitude chante des paroles comme celles-ci : « Empereurs couronnés par Dieu, apparaissez avec les Augustœ », et encore : « Couple protégé de Dieu, basileus et toi,

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gloire de la pourpre, venez éclairer vos esclaves et réjouir le cœur de votre peuple », et encore : « Apparaissez, impératrice des Romains » : toutes formules qui seraient absolument vides de sens, si la souveraine ne s'était point, en ces jours-là, montrée dans la loge du cirque ou au balcon du palais. Et Tusage exigeait si peu que Timpératrice se confinât dans rintérieur de la résidence impériale, que bien des fois on la voit paraître en public, sans même que l'empereur raccompagne. C'est ainsi qu*elle va sans lui à Sainte-Sophie en procession solennelle, qu'elle fait sans lui son entrée dans la capitale, qu'elle va audevant de lui lorsqu'il revient d'une expédition militaire. C'est qu'aussi bien — et ceci explique le grand rôle politique qu'elle put jouer si souvent — la basilissa byzantine était quelque chose de plus que la compagne et l'associée du basileus. Du jour où elle s'asseyait sur le trône de Constantin, elle possédait en sa personne toute la plénitude de l'autorité souveraine.

Ce n'étaient point d'ordinaire, comme dans nos états modernes, des raisons politiques qui déterminaient à Byzance le choix que l'empereur faisait de sa femme. C'est par un procédé plus original et assez bizarre que le prince découvrait d'habitude celle qu'il allait épouser.

Lorsque l'impératrice Irène voulut marier son fils Constantin, elle envoya par tout l'empire des messagers chargés de découvrir et de ramener dans la

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capitale les plus jolies filles de la monarchie. Pour limiter leur choix et leur rendre la tâche plus facile, la souveraine avait pris soin de fixer Tâge et la taille que devraient avoir les candidates à la main du basileus, et aussi la pointure des bottines qu'elles devraient chausser. Munis de ces instructions, les envoyés se mirent en route, et au cours de leur voyage ils arrivèrent un soir dans un village de Paphlagonie. Voyant de loin une grande et belle maison qui semblait appartenir à un riche propriétaire, ils décidèrent d'y prendre quartier pour la nuit, Us tombaient mal : Thomme qui habitait là était un saint, mais, à distribuer des aumônes aux pauvres, il s'était ruiné complètement. Il n'en fit pas moins grand accueil aux mandataires de l'empereur, et appelant sa femme : « Fais-nous, lui dit-il, un dîner qui soit bon ». Et comme, fort empêchée, celle-ci répondait : « Comment ferai-je? tu as si bien gouverné ta maison que nous n'avons plus même une volaille dans la basse-cour. — Va, reprit le saint, allume ton feu, prépare la grande salle à manger, dresse la vieille table d'ivoire : Dieu pourvoira à ce que nous ayons à dîner. » Dieu y pourvut en effet; et comme au dessert les envoyés, fort satisfaits de la façon dont on les avait traités, interrogeaient obligeamment le vieillard sur sa famille, il se trouva qu'il avait justement trois petites-filles en âge d'être mariées. « Au nom de l'empereur couronné par Dieu, s'exclamèrent alors les mandataires, qu'elles se montrent, car le basileus a ordonné que, par tout l'empire romain, il ne se rencontre point une jeune fille que nous n'ayons vue. » Elles parurent; elles étaient charmantes; et précisément l'une d'elles, Marie, avait

Tâge requis, le tour de taille souhaité et chaussait la pointure demandée.

Enchantés de leur trouvaille, les messagers emmenèrent toute la famille à Gonstantinople. Une douzaine d'autres jeunes filles y étaient déjà rassemblées, toutes fort jolies, et la plupart issues de familles nobles et riches. Aussi ces belles personnes regardèrent d'abord la nouvelle venue avec quelque mépris, et comme celle-ci, qui n'était point sotte, disait un jour à ses compagnes : « Mes amies, faisons-nous une mutuelle promesse. Que celle d'entre nous à qui Dieu donnera de régner s'engage à s'occuper de l'établissement des autres », une fille de stratège lui répondit avec hauteur : « Ohl moi, je suis la plus riche, la mieux née et la plus belle; sûrement l'empereur m'épousera. Vous autres, pauvres filles sans ancêtres, qui n'avez pour vous que votre jolie figure, vous pouvez bien renoncer à toute espérance. » Il va de soi que cette dédaigneuse personne fut punie de son dédain. Quand les candidates parurent devant l'impératrice, son fils et le premier ministre, on lui dit tout aussitôt : « Vous êtes charmante, mademoiselle, mais vous ne feriez pas une femme d'empereur ». Marie, au contraire, conquit immédiatement le cœur du jeune prince, et c'est elle qu'il choisit.

C'était là, comme le pourraient montrer d'autres anecdotes semblables, la façon habituelle dont se faisait une impératrice byzantine, à moins que, plus simplement encore, le prince ne s'éprît de quelque belle aventurière, comme Justinien fit de Théodora. On voit par là en tout cas que les basileis ne tenaient point outre mesure aux quartiers de noblesse, et qu'une jolie femme leur semblait toujours une impé-

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ratrice assez sortable. Mais c'est qu'aussi bien les cérémonies solennelles qui accompagnaient le couronnement et le mariage suffisaient à donner à la future souveraine un caractère tout nouveau, et à faire de la pauvre fille de la veille un être plus qu'humain, incarnation vivante de la toute-puissance et de la divinité.

Je ne décrirai point dans le détail le pompeux cérémonial — toutes ces solennités byzantines se ressemblent un peu en leur monotone magnificence — par lequel la jeune femme, introduite, le front voilé, dans le grand salon de TAugoustaion, était revêtue par Tempereur de la chlamyde de pourpre, préalablement bénite par le patriarche, et couronnée par le basileus de la couronne aux pendeloques de diamants, ni la réception de cour qui avait lieu ensuite dans l'église de Saint-Étienne du Palais, ni le mariage enfin, où le patriarche posait la couronne nuptiale sur la tête des époux. De ce rituel compliqué il suffira de retenir quelques actes symboliques, quelques gestes caractéristiques, qui mettent en pleine lumière tout ce qu'enfermait de souveraineté le titre glorieux d'impératrice de Byzance.

Voici un fait tout d'abord : le mariage suit le couronnement et ne le précède point. Ce n'est point parce qu'elle est la femme de l'empereur que Timpératrice participe à la toute-puissance; ce n'est point un reflet d'autorité qu'elle reçoit de son époux. C'est par un acte antérieur au mariage et indépendant de lui qu'elle est investie de la souveraineté, et cette souveraineté à laquelle elle est, comme l'empereur, élevée par le choix même de Dieu, est égale en plénitude à celle du basileus. Cela est si vrai que ce

n'est point l'empereur qui présente au peuple la nouvelle impératrice. Quand l'imposition de la couronne lui a conféré le pouvoir suprême, elle s'en va, sans que le prince l'accompagne, escortée seulement de ses chambellans et de ses femmes; lentement, au milieu de la haie que forment sur son passage les soldats des gardes, les sénateurs, les patrices, les hauts dignitaires, elle traverse la suite des appartements du palais, et elle monte sur la terrasse au pied de laquelle sont rangés les grands corps de l'État, les soldats et le peuple. Dans son riche costume impérial tout éclatant de broderies d'or, elle se montre à ses nouveaux sujets et se fait solennellement reconnaître. Et devant elle les étendards s'inclinent, les grands et la foule se prosternent, le front dans la poussière, les factions font entendre les acclamations consacrées. Elle, très grave, tenant en main deux cierges, se courbe d'abord devant la croix, puis elle salue son peuple, tandis que monte vers elle un cri unanime : « Dieu sauve l'Augusta! »

Voici un autre fait encore. Assurément le couronnemient de la basilissa est entouré d'un peu plus de mystère que celui de l'empereur : au lieu d'être célébré sous les voûtes de Sainte-Sophie, il a lieu dans l'intérieur du palais. Mais il ne faudrait point croire que ce soit là l'effet de certaines idées, prétendues byzantines, « qui imposaient, dit-on, à la femme une vie de réclusion et s'accommodaient mal d'une pompe trop publique ». En fait la cour entière, hommes et femmes, assiste à ce couronnement; et lorsqu'ensuite, la cérémonie terminée, les souverains tiennent cercle dans l'église de Saint-É tienne , ce ne sont point, comme on le croit parfois, deux réceptions distinctes.

Tune pour les hommes chez le basileus, l'autre pour les femmes chez TAugusta. Assis côte à côte sur leurs trônes, les deux princes voient successivement défiler devant eux, d'abord tous les hommes, puis toutes les femmes de la cour; et chacun, hommes ou femmes, après avoir été introduit, soutenu sous les bras par deux silentiaires, se prosterne et embrasse les genoux de l'empereur et de TAugusta.

Et voici un dernier trait. Au sortir de Saint- Etienne, après le mariage célébré, les époux, escortés de toute la cour, hommes et femmes, s'en vont vers la chambre nuptiale. Sur leur passage, le peuple fait la haie et salue de ses vœux la basilissa nouvelle. « Sois la bienvenue, Augusta choisie par Dieu ! Sois la bienvenue, Augusta protégée de Dieul Sois la bienvenue, toi qui pares la pourpre 1 Sois la bienvenue, toi que tous désirent ! » Et la foule est admise jusque dans l'appartement nuptial, devant le lit d'or impérial, et les mariés y doivent subir à nouveau ses acclamations et ses souhaits de concorde et de bonheur. Et le soir enfin, au repas de noce, les plus grands seigneurs de la cour — ceux qu'on nomme les amis de l'empereur — et les plus grandes dames dînent tous ensemble, dans le triclinium des Dix-neuf lits, avec les souverains. Et ce qui frappe surtout dans tout ce cérémonial, c'est à quel point hommes et femmes se trouvent rapprochés dans cette cour que l'on dit si prude, et !

combien peu c'est une existence de recluse que celle de cette impératrice à qui le protocole môme impose, comme premier acte de sa souveraineté, de montrer son visage à tout Byzance assemblé. 4

Assurément il faut se garder d'exagérer les choses. Sur ces délicates questions, l'étiquette et les mœurs

ont varié naturellement selon les temps. Il semble bien que, vers la fin du ix® et au courant du x* siècle, sous rinfluence peut-être de POrient musulman, un cérémonial un peu plus rigoureux enferme plus exactement l'impératrice dans le gynécée, Fenveloppe de plus de voiles, la convie moins volontiers à paraître dans les pompes publiques. Mais, entre le v* et le ïx® siècle, on n'observe rien de tel, et lorsque, à partir de la fin du xi* siècle, Byzance entra en contact chaque jour plus direct- avec l'Occident, lorsque des princesses occidentales s'assirent sur le trône de Constantin, la rigueur de l'étiquette, si elle exista jamais, acheva de fléchir, et l'antique cérémonial tomba en poussière désormais.

Et veut-on enfin, par un dernier exemple, saisir en leur plénitude tout ce que les lois et les mœurs conféraient de droits à une impératrice byzantine, voici un fait encore qui est singulièrement caractéristique. Lorsque, en Tannée 491, l'empereur Zenon mourut, sa veuve, l'impératrice Ariane, saisissant d'une main ferme le pouvoir, se rendit du palais au cirque, escortée des grands dignitaires de la cour et de l'État, et debout dans la loge impériale, en grand costume de cérémonie, elle harangua le peuple assemblé dans l'Hippodrome. Elle lui dit que, par son ordre, le Sénat et les hauts dignitaires allaient se réunir et qu'avec le concours de l'armée, sous la présidence de la souveraine, ils désigneraient un successeur au défunt. Et en eflet ce conseil suprême de Tempire se rassembla au palais, mais il eut pour premier soin de remettre à Ariane elle-même le droit de choisir le nouvel empereur. Si surprenante que -puisse paraître cette procédure, il faut bien se garder

d'y rien voir qui soit révolutionnaire. L'Augusta, légitimement investie depuis le jour de son couronnement de l'autorité suprême, Texerce légitimement dans toute sa plénitude et la transmet comme il lui plaît. Le peuple qui l'acclame reconnaît formellement son droit. « C'est à toi, Ariane Augusta, crie la foule, qu'appartient la souveraineté impériale » ; et le ministre expérimenté, qui au vi* siècle rédigeait le code du cérémonial auquel ce récit est emprunté, constate expressément que la question de la succession devient étrangement troublante « quand, dit-il, il n'existe point d'Augusta ou d'empereur pour faire la transmission du pouvoir ».

Et c'est pourquoi, dans tous les actes qui peuvent modifier le gouvernement de la monarchie, élection ou association d'un basileus, toujours la basilissa apparaît officiellement, se montrant à l'Hippodrome, haranguant le peuple, énergique et agissante, sans que personne s'étonne ou songe à se scandaliser. Dépositaire de l'autorité, elle peut à son gré faire un empereur, exercer le pouvoir comme régente au nom de ses enfants mineurs, ou bien régner par elle-même. Au temps où l'Occident germanique eût vu avec indignation le pouvoir tomber en quenouille, l'orientale Byzance a connu et accepté sans révolte une souveraine qui, dans ses actes officiels, fièrement s'intitulait, comme un homme, « Irène, grand basileus et autocrator des Romains ».

Les miniatures byzantines nous ont conservé les portraits de beaucoup de ces princesses lointaines. Elles offrent au physique des types assez divers, et en effet toutes les races, toutes les nations ont fourni

des impératrices à Byzance, TEurope et l'Asie, le Caucase et la Grèce, Constantinople et les provinces, la Syrie et la Hongrie, la France et rAllemagne, et jusqu'aux peuplades barbares de la Khazarie ou de la Bulgarie. Elles ne présentent point au moral des différences moins profondes : « Parmi ces Augustse, comme on Ta dit joliment, il y a eu tous les types imaginables de femmes : des femmes politiques, comme Théodora ou comme Irène l'Athénienne ; des femmes de lettres, comme Eudocie ou comme Anne Comnène; des femmes galantes, comme Zoé la Porphyrogénète, et d'autres, confites en pureté et en dévotion^, comme sa sœur Théodora; et d'autres qui ne songeaient qu'à inventer des combinaisons de parfums, des raffinements de toilette, des recherches de vêtements et de coiffure pour révolutionner le tout- Byzance féminin; celles dont on ne parlait pas et celles dont on parlait trop ; celles dont la porte ne s'ouvrait qu'aux moines martyrs et aux prêtres zélateurs ; celles qui admettaient les bateleurs et les diseurs de bonne aventure, et celles dont la fenêtre laissait passer de temps à autre un fardeau humain cousu dans un sac, qu'engloutissaient les flots silencieux du Bosphore* ». 11 ne faut donc pas plus, si on les veut bien connaître, se laisser prendre à la somptueuse uniformité du costume impérial dont elles sont vêtues qu'il ne faut se laisser tromper aux apparences rigides du cérémonial qui semble régler leur vie. Leurs âmes sont diverses, et divers est aussi le rôle qu'elles ont joué : et c'est par là justement qu'elles méritent l'intérêt. Dans l'histoire d'une société disparue, ce qui doit

i. Rambaud, loc, ciL, p. 838.

le plus attirer rattention, ce ne sont point les grands faits de guerre, si pittoresque qu'en puisse être le récit, ni les révolutions de palais ou de caserne, si tragique qu'en puisse être le tableau. Ce qu'il faut s'efforcer de retrouver, car cela en apprend bien davantage, ce sont les multiples aspects de Texistence journalière, ce sont les façons diverses d'être et de penser, ce sont les mœurs, les usages, c'est d'un mot la civilisation. Sur tout cela, la vie d'une impératrice byzantine nous apporte peut-être quelques clartés assez nouvelles; et si l'on ajoute qu'à côté de ces portraits de souveraines, telle grande dame, telle bourgeoise byzantine nous sont, elles aussi, assez bien connues pour qu'on puisse tenter de les peindre, peut-être jugera-t-on qu'en essayant de replacer dans leur cadre historique ces figures de femmes, en s'appliquant à reconstituer le milieu où elles ont vécu, on n'a point fait œuvre tout à fait inutile. De ces recherches en apparence un peu particulières se dégageront quelques vues plus générales, quelques tableaux assez vivants et assez pittoresques de cette société byzantine si lointaine et si mal connue.

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