‹ Figures contemporainesChapitre 40 sur 58 · HENRI DE RÉGNIER · texte numérisé non relu

HENRI DE RÉGNIER

montre des paysages pompeusement moroses, des cités merveilleuses, parmi lesquelles errent des êtres fantomatiques :

cavaliers, pèlerins, vierges et guerriers, que tourmentent parfois des cas de conscience.

Tous ces personnages répercutent ou représentent les sentiments de celui qui les rêva. Ils ont l'air de vivre en des contrées que les destins ensevelirent sous les eaux. On les aperçoit au travers des ondes opaques, la pâleur des ondes ternit leur face, l'épaisseur du miroir liquide assourdit leur voix, le sable deviné éteint le bruit de leurs pas, et c'est l'éclat de leurs vêtements, la splendeur des armures et des pierreries, dont le poète les revêt, qui précise leur réalité.

M. de Régnier se plaît, d'ailleurs, au faste des mots ; il s'y plaît trop même, et donne souvent à ses vers l'aspect de petites idoles orientales chargées de joyaux, vêtues de lourdes étoffes lamées d'or et d'argent. Mais, malgré la recherche des épithètes métalliques, malgré l'abus des gemmes, malgré ce hiératisme un peu guindé, il se dégage des légendes de M. de Régnier une touchante et indicible mélancolie, car l'âme de ses héros est dolente ; on les aime à cause des douleurs qu'ils décèlent, à cause de leur morne et élégante tristesse, et on aime aussi celui qui les rêva, le poète qui a réalisé une magnifique et douloureuse vision do la terre éternelle du rêve, du pays des songes nostalgiques et attirants.

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