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EDMOND HARAUCOURT

M. Edmond Haraucourt fut célèbre il y a quelques dix ans au Quartier Latin ; il avait séduit la « jeunesse des écoles » par un recueil de vers libertins qu'il vendait lui-même sous le manteau, et il connut la gloire, gloire spéciale, un peu douteuse, analogue au renom de certains photographes, mais suffisamment explicable.

Pourquoi des hommes mûrs célébrèrentils, avec autant d'enthousiasme que les éphèbes, le talent de celui qui écrivit d'une plume également agile La Légende des Sexes, Y Ame nue et Seul; comment se

méprirent-ils à ce point ? Parce que M. Haraucourt est un poète illusionniste et un versificateur éloquent. Il fait des discours rimes. On trouve dans ses poèmes cet enchaînement de redondantes périodes, ce ronflement et cette boursouflure qui savent, par surprise, captiver des auditeurs, même subtils : M. Haraucourt possède le don de la mélopée oratoire ; il emploie les meilleurs et les plus classiques procédés du conciones et il abuse ceux qui l'écoutent, comme font tous les sophistes et tous les orateurs.

C'est ainsi que M. Haraucourt a facilement atteint la renommée, sinon la gloire. On ne peut constater chez lui une condamnable recherche, ni lui reprocher de se complaire aux complexes sentiments, ni

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