EDMOND HARAUCOURT
l'accuser de quérir des idées spéciales et à peu près nouvelles. Non, car il a toujours vécu sur les rengaines les plus effondrées, sur les banalités les plus recuites : ses symboles sont naïfs, sa psychologie enfantine, ses pensers modestes, et sa syntaxe plus boiteuse que paradoxale. Il a parfois poussé la simplicité jusqu'au néant.
Il est le type du rhétoricien, et du rhétoricien il a tous les défauts : l'amour du lieu commun et le goût de l'emphase. Qu'il évoque Jésus, qu'il dérange les héros de Shakespeare, ou qu'il prenne ses personnages dans son propre fonds, il emploie à les peindre les comparaisons, les prosopopées et les métaphores les moins neuves ; il saisit même ses adjectifs au petit bonheur et choisit au hasard ses images.
Ce ne sont pas là, semble-t-il, des titres bien recommandantes à l'estime publique, et cependant M. Haraucourt la détient ; il ne la détient même que pour cela : parce qu'il pratique le cri poétique , la poésie exclamative, incohérente, cacophonique et borborygmale . Il provoque l'attention , souvent la stupeur, et parfois l'effroi : mais, soit au jardin d'Eden, soit au Golgotha, à Venise ou bien à Paris, il représente toujours assez bien un enfant de chœur qui mettrait ses doigts dans les burettes et se barbouillerait le visage sans discernement.