ROBERT DE BONNIÈRES
Il est des hommes qui gardent le goût du passé et l'amour des choses mortes ; il en est d'autres qui en conservent l'esprit. Les premiers évoquent les temps abolis, ils les font revivre et les restaurent ; les seconds les expriment et en conservent le sens. M. de Bonnières est de ceux-là. Il ne se plaît pas à imaginer le xvir9 siècle ; mais sa langue et son tour d'idées nous y ramènent. C'est un homme qui aurait écouté avec profit Tallemant des Réaux; il lui eût donné la réplique avec agré-
ment, et aurait facilement marié ses discours aux siens. Plus tard, il aurait été le compagnon de roule de Bachaumont et de Chapelle, mais il les eût conduits aux Indes, et a sans doute regretté de n'y point aller avec eux.
On parle souvent d'un certain esprit français qui serait net, un peu sec, élégant •et correct, spirituel et d'une certaine étroitesse, esprit charmant, d'une belle ligne, apparié parfaitement aux jardins que dessina Lenôtre, d'une rectitude et d'une raideur même qui n'est pas sans grâce. M. de Bonnières est assurément dans la tradition de cet esprit et il fait tout pour s'y maintenir.
Sa critique est malicieuse, méchante souvent, mais mesurée ; elle tient au goût plus