UN BIBLIQUE I
pèse sur le Peuple, et qu'on ne peut pas le sauver, parce que, découragé et fatigué, et résigné, le salut n'est plus en lui.
Alors, il s'est rejeté tout entier vers son rêve. Et son œuvre retentit d'appels de violence et de guerre, d'ordres de départ. Les siècles ont passé, mais malgré la distance des âges et les métamorphoses de l'histoire, ce vers-libriste français se dresse en face des ploutocrates israélites avec la même attitude exactement qu'avaient autrefois les vaticinateurs de Jérusalem devant les rois ou les oppresseurs.
Et je trouve cela d'autant plus beau que c'est un effort condamné d'avance, et le poète le sait bien. Il sait bien que malgré ses objurgations, les riches, devenus esclaves des fortunes qu'ils ont établies et des terres qu'ils ont exploitées, riront de lui, estimant que c'est eux qui ont fait la vraie conquête.
Mais lui ne veut pas de conquête, il veut l'indépendance, et une patrie pour l'établir. Il veut s'en aller. Il le crie. Et c'est, absolument, dans le désert.
Ecoute, Israël, Ne te lasseras-tu pas de répéter dans tes prières : « Sois loué, Eternel, qui venges mes injures, Qui soutiens mes querelles, qui protège mes droits. Qui broies mes ennemis, qui tues mes oppresseurs ; Sois loué, Eternel, qui ceins mes reins de force. »
Ecoute, Israël, As-tu vu tes ennemis rougir, être atterrés? Tes yeux se sont-ils abaissés sur leur ruine? Ton Dieu a-t-il frappé les os de leur mâchoire ; Brisa-t-il les dents du méchant?
Ton oreille joyeuse a-t-elle appris la perte De ceux qui se sont ligués contre toi? L'Eternel a-t-il fait resplendir ta vieillesse Comme celle de l'olivier en fleurs?
Ecoute, Israël, Tu gravas ta Loi dans ton cœur.
Tu l'enroulas matin et soir sur ton bras gauche. Tu la nouas comme un fronteau entre tes yeux. Tu la fixas sur les poteaux de ta maison et sur tes portes Et tu es le mépris de toutes les nations; Les gentils t'ont souillé comme une femme impure.
Ecoute, Israël, Espéreras-tu longtemps en ton Dieu fort? N'oseras-tu pas un jour dévisager sa face? Regarde donc sa main qui traîne sous les nues. Est-ce une main pour l'action?
Est-ce une main d'ouvrier?
Est-ce une main de justice?
Pas une ampoule, pas une ride, pas une écorchure, pas un cal.