UN BIBLIQUE
Il habite en son âme un peu de l'âme féroce et grandiose des prophètes de l'Ancien Testament, impatiente du joug des asservisseurs, sauvagement amoureux de la patrie et des rites, traitant l'Eternel d'égal à égal : « Mes devoirs : la prière, mes droits : la protection, nous avons passé contrat; l'arche est le témoignage »; d'insupportables compagnons, certes, mais qui ne manquaient pas d'allures.
M. André Spire est tout à fait dans la tradition des écrivains bibliques, bien plus que ne le sont les Sionistes qui sont des esprits modernes et positivistes, malgré eux tachés de pensée européenne. Il Test tellement que son style lui-même a l'apparence du leur. A fréquenter leur pensée, il a désappris toute littérature. Lises Versets, et vous serez surpris de cette étrange absence de formules, de cette pureté sobre et sûre. Les images sont sèches et fortes, dessinées à très grandes lignes et s'imposent à l'esprit par leur magnifique simplicité. La musique en est particulière. M. Spire se sert du vers libre : chaque vers est mesuré uniquement d'après la force d'émission de l'image et du souffle. Il faut après chacun respirer, même s'il n'a que trois syllabes. La pensée, vous n'y mettriez pas une épithète de plus. Vous ne pourriez pas d'ailleurs en enlever une nuance. Pas de rejets, pas d'agréments, pas de fioritures, rien de cet art odieux et enfantin appelé versification. Le poète chante parce qu'il lui plaît de chanter, il crie parce qu'il ne peut pas s'empêcher de crier, il
invective parce que son âme déborde de colère, il se plaint parce qu'il souffre.
Car il chante, et il se plaint, et il est parfois très doux, ce poète âpre et solitaire. Lorsque sa pensée fixe ne l'obsède plus, il se détend, il va vers la nature, il s'apaise, il se laisse suavement pénétrer par elle, ou bien il l'étreint dans un transport acharné.
J'ai rarement lu quelque chose qui rende, avec autant d'émotion, la simple et belle fatalité, l'imprévu banal et extraordinaire de l'amour, que cette courte pièce, angoissante comme un lied de Henri Heine :
Ce n'est pas toi que j'attendais
Depuis toujours.
Ce n'est pas toi que je voyais Dans mes rêves d'adolescent
Et déjeune homme.
Ce n'est pas toi que je cherchais Dans les jolis corps que j'aimais.
Je ne t'ai pas vue Descendre la colline dans un rayonnement.
Nous cheminions.
Nos chemins se sont rencontrés brusquement, Et nos mains se sont étendues.
Les jours ont fui,
Ma bien-aimée.
Par générosité d'âme, il s'est intéressé à la question sociale, mais il s'aperçut bientôt qu'un Destin inéluctable