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pétri — il l'est aussi de promesses et d'espérances. Si petits que notre vanité et notre sensualité nous fassent, il y eut une ère de choses plus petites. C'est la longue ascendance du passé qui donne le démenti à notre désespoir. Nous savons maintenant que tout le sang et la passion de notre existence furent représentés à la période carbonifère par quelque chose au sang froid et à la peau visqueuse, qui se cachait entre l'air et l'eau et fuyait devant les gigantesques amphibies de l'époque. »
Envisageant l'avenir, M. Wells a tant de fois lui-même conçu des hypothèses différentes qu'il convient de le justifier du reproche qu'on n'a pas manqué de lui faire : qu'il se contredisait.
A mon avis, il n'en est rien. On ne saurait appeler contradiction la probité intellectuelle d'un homme qui énonce toutes les solutions possibles du problème qui l'intéresse, au lieu de ne choisir qu'une solution, en fermant les yeux aux invraisemblances des autres.
Au problème de l'avenir, M. Wells a proposé plusieurs solutions. Il y a celle, par exemple, d'Anticipations, celle de la Machine à explorer le temps, celle de Quand le Dormeur s'éveillera, enfin celle de Au Temps de la Comète. Toutes se ramènent à deux types : le type optimiste, celui où il la montre n'ayant utilisé que pour son égoïsme matérialiste
3l8 FIGURES D'HIER ET D'AUJOURD'HUI
l'ensemble de ces perfectionnements. Et c'est sans doute parce qu'une immémoriale habitude, — justifiée jusqu'ici par des siècles d'expériences, — nous fait associer l'idée de douleur à l'idée de vérité humaine et profonde, que nous trouvons mieux réussis littérairement, et beaux d'une plus fraternelle beauté, des ouvrages du type pessimiste comme : Quand le Dormeur s'éveillera. Pourtant, il y a aussi une vraie beauté, une beauté pure et grande, et nouvelle, dans une œuvre comme : Au temps de la Comète. Le plus sceptique des lecteurs modernes s'y laisserait émouvoir.
C'est que l'optimisme a fait beaucoup de chemin depuis Candide. A l'utopique rêverie de ce que les hommes pourraient être si, miraculeusement, leurs passions disparaissaient, peu à peu s'est substituée la vision de ce qu'ils pourraient accomplir eux-mêmes, sans rien changer à la nature, simplement par une répartition meilleure des biens, par un exercice plus juste et plus complet de la liberté même dont jusqu'ici les abus ont entraîné tous les désastres humains.
Je vais plus loin. Je trouve en ce livre la conciliation naturelle et simple des apparentes contradictions reprochées à M. Wells. Il ne demande plus qu'au cœur et à l'intelligence de l'homme d'organiser le soin de son bonheur, et il démontre comme ce serait simple. Il démontre comment, au lieu de travailler au progrès matériel comme au service d'un
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terrible Moloch abstrait, on aurait avantage à s'arrêter au moment où ce progrès suffit à notre égoïsme, à notre loisir ; et comment de ce loisir bien organisé, de cet égoïsme bien entendu, de la liberté la plus complète de notre cœur et de notre existence résulterait une félicité paisible, continue, capable de combler tous nos désirs, et comment la jouissance de cette félicité toute humaine, toute terrestre, détruirait en nous les mauvais germes des haines, des jalousies, créatrices du mal universel.
Avec une tranquille assurance de philosophe, non ignorant certes des choses de la psychologie, il fait ressortir toute l'absurdité du système politique et social où nous vivons, et que ce système ne se confond pas du tout avec la nécessité, comme on le croit bien souvent, qu'il faudrait, pratiquement, très peu de choses pour le remplacer par un autre basé sur la raison. Ses méditations sur la propriété, sur le sort des masses, sur les guerres, sur l'amour sont tellement justes !...
Nous sommes de plus en plus loin des rêveries basées sur un bouleversement extraordinaire : tel que l'envahissement de la terre par les Martiens. Chaque jour, M. Wells se rapproche de la vraisemblance et de l'humanité. De plus en plus l'homme de science fait de la place au moraliste. Mais il lui laisse, à ce moraliste, pour ses investigations et ses hypothèses, un merveilleux et précis instrument, une méthode rigoureuse. C'est pourquoi, au milieu de ses plus surpre-
nantes audaces, il demeure au plus vivant de la réalité, accordant de mieux en mieux ses anticipations de savant et ses certitudes de psychologue.