PROIDHON LT KARL MARX 32 J
italianismes face à face avec l'absurdité de la thèse qu'ils soutenaient. Il jouait avec des adversaires indignes de lui comme un géant avec un nain ; il les faisait tour à tour piailler, hurler, rugir...
Proudhon, démocrate sincère, ami de tous les opprimés, ne demandait pas mieux que de voir tous les Italiens délivré>.
« Vous voulez (jue le peuple italien soit libre, disait-il. je le veux comme vous, mais pourquoi ne serait-il pas libre dans ses traditions ? L'Italie a toujours été un pays de fédération, elle a dû sa gloire à ses petites principautés, à ses républiques indépendantes. Pourquoi ne préférez-vous pas à une Italie unitaire et centralisée, qui serait un danger pour nous, une Italie unie seulement par le lien fédératif ? Si vous êtes aussi républicains que cela, pourquoi ne préférez-vous pas à un roi savoyard de petites républiques autonomes?»
A cela, il était difficile de répondre, car la vérité était de celles qu'on ne peut pas dire. S'ils avaient consenti à être francs, les défenseurs de l'unité italienne auraient été obligés de répondre : (( L'écrasement de la France est décidé dans les Loges. Pour aider la Prusse à vaincre l'Autriche avant
d'écraser la France, il faut une Italie monarchique
et unie. Nous sommes payés pour trahir notre pays, et nous accomplissons consciencieusement notre besogne. »
Avec une lucidité merveilleuse, Proudhon devinait ce qui allait se passer.
Ecoutez ce qu'il écrivait en 1868 dans le Principe fédératif :
« L'Angleterre, qui froidement observe la crise, gagne partout du terrain et nous défie ; l'Allemagne, l'Autriche, la Prusse, la Belgique, la Russie se tiennent prêtes. L'empire bloqué, tout le monde s'attend à une explosion.
(( Que nous succombions dans un nouveau Waterloo, ce que nous pouvons tenir pour certain si la Victoire, selon son habitude, reste fidèle aux gros bataillons, et, comme corps politique, comme foyer de civilisation d'où la philosophie, la science, le droit, la liberté irradiaient sur le monde, nous aurons vécu.
(( La France de Henri IV, de Richelieu et de Louis XIV, la France de 89, de 93, de 1802, de 1814, de 1830, de 1848, aussi bien que celle de 1852, aura dit son dernier mot ; elle sera finie. »
Il était difficile, on le voit, de prédire Sedan plus complètement — non point le Sedan matériel seulement, mais le Sedan moral, qui a été la conséquence du désastre matériel.