‹ Figures de bronze; ou, Statues de neigeChapitre 7 sur 15 · PROUDHON ET KARL MARX · texte numérisé non relu

PROUDHON ET KARL MARX

naissants, il avait vu venir Rothschild, le futur banquier de la Triple Alliance, auquel les reptiles de la Presse maçonnique se préparaient à donner pour proie un pays tout entier.

Avec de petits Etats vivant de la vie municipale, comme les cités d'autrefois, rien à faire. Avec une nation reconstituée, du moins en apparence, tout un avenir de gros emprunts s'ouvrait devant les cosmopolites.

(( La coalition capitaliste entre la France et l'Italie, écrivait Proudhon dans le Principe fédératif^ est aux trois quarts faite : il suffît de jeter les yeux sur la quatrième page des journaux pour s'en assurer. Que sont les emprunts dits italien, piémontais, romain, l'emprunt de la ville de Milan, le canal Gavour, les chemins de fer lombard, vénitien, romain, etc., sinon des valeurs françaises autant et même plus qu'italiennes ?

(( Un nouvel emprunt italien, au capital de cinq cents millions, se prépare ; par qui sera-t-il souscrit? Une personne assez au courant de ces sortes de choses me l'assurait dernièrement : par la maison Rothschild.

« Tôt ou tard, on créera en Italie un Crédit mobilier ; quels en seront les fondateurs ? Les mêmes, ou d'autres, leurs pairs, qui ont créé le Crédit mobilier

en France et en Espagne. Associer dans une vaste solidarité anonyme les capitaux de tous les pays, c'est ce qui s'appelle accord des intérêts, fusion des nationalités. Qu'en pensent les néo-jacobins?»

Que peut l'écrivain indépendant contre cette coalition formidable? Absolument rien. Proudhon, au su de tout le monde, était malheureusement athée ; il avait passé des années entières en prison pour avoir attaqué le dogme catholique. Dès qu'il voulut parler le langage du patriotisme et du bon sens à propos des affaires italiennes, les journaux prétendus démocratiques à la solde de la Haute Banque déclarèrent qu'il était Jésuite. Ce n'est pas plus difficile que cela!

Ecoutez plutôt Proudhon vous racontant ce qu'on écrivait sur lui, à une époque où les polémiques n'avaient pas encore atteint le degré de grossièreté qu'elles ont atteint aujourd'hui :

(( Telle démocratie, tel journalisme. Depuis l'époque où je flétrissais, dans le Manuel du spéculateur à la Bourse, le rôle mercenaire de la Presse, ce rôle n'a pas changé ; elle n'a fait qu'étendre le cercle de ses opérations. Tout ce qu'elle possédait autrefois de raison, d'esprit, de critique, de savoir, d'éloquence, s'est résumé, sauf de rares exceptions,

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daxis ces deux mots que j'emprunte au vocabulaire du métier : Ereintement et Réclame.

« L'affaire italienne ayant été commise aux journaux, ni plus ni moins que s'il se fût agi d'une société en commandite, ces estimables carrés de papier, comme une claque qui obéit au signal du chef, commencèrent par me traiter de mystificateur, de jongleur, de bourbonnien, de papalin, d'Érosti'ate, de renégat, de vendu ; j'abrège la kyrielle.

(( Puis, prenant un ton plus calme, ils se mirent à rappeler que j'étais l'irréconciliable ennemi de l'Empire et de tout gouvernement, de l'Église et de toute religion, comme de toute morale : un matérialiste, un anarchiste, un athée, une sorte de Catilina littéraire sacrifiant tout, pudeur et bon sens, à la rage de faire parler de lui, et dont la tactique désormais éventée était, en associant sournoisement la cause de l'Empereur à celle du Pape, les poussant tous deux contre la Démocratie, de perdre les uns par les autres tous les partis et toutes les opinions, et d'élever un monument à mon orgueil sur les ruines de l'ordre social.»

C'est absolument ce que les Juifs ont fait pour moi à Amiens et ce qu'ils ont essayé de faire à Alger. Ils n'ont pas parlé des dangers que l'accumulation des capitaux entre les mains des cosmo-

polites fait courir à la Patrie ; ils n'ont pas dit un mot du renouvellement du privilège de la Banque de France, ni des conventions scélérates, ni du Panama ; ils se sont contentés d'envoyer de prétendus anarchistes pour placarder des affiches et des caricatures où j'étais représenté en Jésuite.

Proudhon dédaignait ces basses attaques autant que je les méprise moi-même.

Rien n'est émouvant comme la lutte que soutint cet homme, seul contre la coalition des journaux payés par l'Italie, les Débats^ le Siècle, VOpimon nationale, la fresse, qui avaient créé en France, en tout ce qui touchait les affaires italiennes, cette atmosphère de mensonge et d'enthousiasme théàtrul dont nous parlions Tautre jour.

Ce fut vraiment une belle lutte intellectuelle. — que celle-là! Tous les pensionnés de Cavour, tous les décorés des Saint-Maurice et Lazare, les Havin, les Guéroult, les Peyrat, les Lanfrey, les Nefftzer, réclamaient à grands cris la constitution d'une monarchie unitaire et forte.

Avec sa terrible dialectique et sa clairvoyance de patriote, le rude paysan franc-comtois mettait ces

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