‹ Figures de bronze ou statues de neige. Portraits et illustrations décorativesChapitre 2 sur 9 · MICHELET · texte numérisé non relu

MICHELET

ALGRÉ tous ses défauts, ses partis pris, ses exagérations, l'homme qui a dit ce mot : L'histoire est une résurrection fut un merveilleux historien, le plus admirablement doué peut-être de tous les historiens de tous les temps.

Je fais, bien entendu, dans l'œuvre de Micholet, les deux parts qu'il convient d'y faire.

Dans la première phase de sa vie, Michelet, professeur d'histoire, puis chef de la section d'histoire aux Archives, vécut au miheu des textes, des pièces authentiques, des documents du passé ; il fut comme un bénédictin doublé d'un poète.

Les pages consacrées à la guerre de Cent Ans, à

Jeanne d'Arc, à Louis XI, resteront comme le chefd'œuvre de cette première manière à la fois très sûre et très puissante.

Quand il reprit cette Histoire de France, interrompue par d'autres travaux, Michelet était dans des conditions tout à fait différentes. Il avait changé de méthode en changeant d'âme et il procédait plus d'Alexandre Dumas que de Tacite.

Il adoptait un personnage quelconque, en faisait le centre de tout le mouvement de l'humanité; il choisissait un fait minuscule et il lui rapportait toute la politique d'un règne.

Il acceptait toutes les affirmations de Mémoires contemporains, de pamphlets ou de gazettes, dès que ces Mémoires, ces pamphlets ou ces gazettes rentraient dans sa conception générale ou même correspondaient à sa manie du moment. A mesure qu'il étudiait moins, il affirmait davantage. Comme tous les hommes qui ont commencé tard à vivre, il devenait plus effervescent, plus violent, plus irréfléchi, à mesure qu'il vieiUissait.

Qui ne voit les dangers de ce système? Quelque impartiale et quelque bien informée que soit La Libre Parole, un historien qui, dans cent ans, voudrait écrire l'histoire uniquement avec notre journal, risquerait de ne pas donner une im-

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