GARNIER-PAGÈS JEUNE
Louis-Antoine Garnier-Pagès, ancien meu.bre du gouvernement provisoire de 1848 et du gouvernement de la Défense nationale en 1870, portait un des noms les plus justement estimés et les plus célèbres du parti républicain. Né en 1803, il était le frère utérin de Garnier-Pagès l'aîné, député sous Louis-Philippe, qui eut le premier l'honneur de porter à la tribune nationale le programme, les opinions, les revendications de la démocratie républicaine.
Il n'est personne dans nos rangs qui ne connaisse la touchante histoire de ces deux frères nés de la même mère, qui, s'étant toujours connus et traités en frères, unirent leurs deux noms et en firent un nom historique et cher à la France libérale et laborieuse. Tous deux commencèrent par être employés de commerce; tous deux s'adonnèrent aux questions de finances et d'affaires; tous deux portèrent dans la vie publique un haut sentiment de patriotisme, d'honneur et de dévouement aux intérêts du peuple. L'aîné, M. Garnier, succomba prématurément à la tâche, laissant une
réputation sans tache ; le second, M. Pages, recueillit ce noble héritage et l'accrut encore. La carrière de M. Garnier-Pagès a été plus longue que celle de son illustre aîné. 11 s'est éteint à l'âge de soixante-seize ans, apiès avoir vu s'établir la République qu'à deux reprises, en d848 et en 1870, il a contribué à fonder. Ses soixante-seiz^ ans lui ont donné cette grande joie, et il convient d'en parler le jour même où il meurt, entouré de la sympathie et du respect universels. Le culte qu'il avait conservé à la mémoire de son frère nous invite à donner un souvenir à la mémoire toujours honorée de Garnier-Pagès aîné, qui a parlé le premier dans notre pays du suffrage universel comme de l'institution fondamentale d'une République démocratique, qui a défendu notre cause comme doit l'être la meilleure et la plus noble des causes, par l'éloquence et la conviction, par l'exemple d'une vie désintéressée et pure ; qui a su tracer le programme de la vraie politique républicaine, ferme sur les principes, prudente dans les questions de conduite, réservée sur les questions de personnes, qui a honoré enfin notre parti par son talent d'orateur et par sa dignité de citoyen.
Le plus jeune des deux frères avait dit à son aîné : <( Fais le nom, je ferai la fortune. » Cette parole, inspirée par l'amour fraternel, ne s'est réalisée qu'à demi. Le premier des Garnier-Pagès avait commencé la réputation du nom; le second l'a achevée, sans y ajouter la fortune qu'il se promettait de gagner. L'honnête homme qui vient de s'éteindre a vécu toute sa vie dans l'honorable médiocrité, avec la parfaite simplicité de mœurs d'un citoyen qui sait sacrifier ses intérêts privés à l'intérêt général. Il était dans les affaires quand son frère mourut. Il ne recueillit pas immédiatement son héritage politique, mais il ne tarda pas à entrer dans