I.' A PÛT HE
vaillante encore, de l'Armée Protestante, continuait, en pleine terre latine, sur le sol de France, le combat sacré de la conscience, de l'idéalisme rationnel et de la liberté contre les puissances meurtrières du matérialisme, de la superstition et de la tyrannie. Et Ménard sentait renaître en lui une grisante et généreuse passion, celle de lutter de nouveau pour la cause sainte, de s'élancer, et cette fois sans retour, dans l'héroïque mêlée. Jusqu'ici, ce n'avait été que la veillée d'armes. Il avait été durement éprouvé, il était passé par le creuset brûlant de la douleur : son égoïsme y avait été consumé. Maintenant, la préparation suprême était terminée, maintenant il réunissait, dans sa personne, les deux caractères essentiels du protestantisme. Il n'était pas un cadavre, une machine, il était un homme ; mais un homme qui voulait se sacrifier aux hommes, une individualité sociale, un membre de l'humanité qui allait servir les autres. Comment ? Il ne le savait pas. N'importe ! Il pouvait se rendre au Za»nbèze ou à Madagascar, livrer bataille au fanatisme catholique ou au sensualisme négateur et grossier, agir sur les classes dirigeantes ou sur les prolétaires, franchir le seuil des salons ou des taudis, prêcher la tempérance ou la conversion,
le salut personnel ou social, parler ou écrire, monter au premier rang ou descendre au dernier, une chose était cei'taine : c'est qu'il apporterait, dans racconiplissenient de sa nouvelle tache, l'énei-gle d'un huguenot de vieille roche, le dévouement d'un chrétien éprouvé par le feu, le cœur et l'âme d'un véritahlc Apôtre.