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Figures et choses qui passaient

Ce que je vais écrire est pour ceux qui, dans les cimetières, contemplant quelque fosse à peine fermée que les premiers bouquets blancs recouvrent encore, se sont sentis tenaillés jusqu'au fond et déchirés, au souvenir de petits yeux candides, éteints là sous la terre affreuse...

Ohl Ténigrae déroutante et sombre, que la mort des petits enfants!.. Pourquoi ceux-là, au lieu de nous, qui avons fmi et qui, si

volontiers, accepterions de partir?... Ou plutôt, pourquoi étaient-ils venus, alors, puisqu'ils devaient s'en retourner si vite après avoir subi Tinique châtiment d'une agonie?... Devant leurs tombes blanches, noire raison et notre cœur se débattent, en détresse révoltée, au milieu de ténèbres...

Le petit être délicieux, dont je voudrais prolonger un peu la mémoire en parlant de lui , était le fils unique de Sylvestre, — un domestique à nous qui est devenu, après dix années, presque quelqu'un de la famille.

Il n'avait vu que deux fois les étés de la terre. Ses cheveux de soie jaune, comme on en met aux poupées, se partageaient en drôles de petites mèches, rebelles aux coiffures. Son teint était comme celui des roses de Bengale, ses traits comme ceux des anges; il avait une petite bouche toujours

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ouverte, au-dessus d'un menton un peu rentrant qui lui donnait une naïveté adorable. D'ailleurs, le plus joyeux des innocent? bébés, tout au bonheur nouveau d'exister, de respirer, de se mouvoir ; plein de vie et de santé fraîche ; potelé, musclé comme les Amours païens.

liais son charme surtout était dans ses yeux, de grands yeui bleus assez enioncés sous l'arcade du front, des yeux de candeur, de confiance et aussi de continuel étonnement devant toutes les choses de ce monde...

A Paris, ce matin gris de décembre, dans une chambre d'hôtel quelconque, sans nouvelles depuis quatre jours, arrivant d'un voyage du Nord, j'ouvre au hasard une de mes lettres prises à la poste restante. — Et elle commence ainsi : « Hier au soir, à huit heures, cet amour de petit Roger mourait

dans d'affreuses souffrances. Nous le pleurons tous, et Sylvestre fait une pitié profonde... » ... D'abord, je tourne sur place et je marche, vite, comme sous la poussée et l'exaspération d'une douleur physique... Ensuite, je reprends la lettre, pour continuer de savoir : c'est le croup, qui l'a emporté en quelques heures, au milieu de l'affolement de ceux qui le soignaient...

Je marche encore, détaillant sans savoir pourquoi les objets, les laideurs de cette chambre, repoussant du pied des choses qui m'entravent pour passer, — le temps de bien comprendre l'inexorable réalité de ce que je viens de lire, et puis, tout à coup, un nuage, je n'y vois plus — et je pleure...

L'idée ne m'était jamais venue que ce petit Roger pouvait mourir... Et puis, non, je ne croyais pas qu'il avait pris tant de place en moi, ce petit-là, je ne pouvais pas croire que je l'aimais tant I... Est-ce qu'on sait d'ailleurs pourquoi on

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