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que les Français « ont quelque chose en eux de poli, de galant » que n'ont pas les autres peuples, il était beau de penser que ce personnage si poli, si avenant, représentant les Français aimables et de ton courtois, dans la pensée de M^^^ de Brie, Monsieur, ce ne pût être que vous !
Monsieur des Airs-galants, si le sort vous eût fait naître cinq ou dix ans plus tôt, il me paraît bien que vous eussiez été de ces gens que CoUetet nommait des « plumets » et Scarron des « damoiseaux huppés », c'est-àdire que vous eussiez été de ces fats importuns, de ces galants guindés et empanachés, parlant de façon précieuse, appliqués à paraître et, par leurs airs convenus, se rendant manifestement insupportables aux yeux des gens.
Le portrait à'iphis, l'homme de la mode, qu'a peint La Bruyère : « Il a la main douce, il l'entretient avec une pâte de senteur ; il a soin de rire pour montrer ses dents; il fait la petite bouche... il regarde ses jambes, il se voit au miroir... », voilà quel eût été le vôtre. Monsieur des Airs-galants si, par une heureuse fortune, le goût, votre bon goût inné, ne vous eût retenu sur cette pente fatale où des poètes comme Chapelain, des conteurs de sornettes comme les Scudéry, des baladins comme Pécourt ou Le Basque glissèrent facilement par affectation.
Le goût — Monsieur des Airs-galants — ce goût qui est la mesure et l'ordre de toutes choses, aussi bien de la danse que du reste, a aidé à composer de vous, dans le Sicilien, une figure d'un maintien aisé, modeste, sans rien de glorieux, mais simplement la plus plaisante et la plus aimable qui convînt à votre personnage. Et c'est bien à vous, autant qu'à iphis, que La Bruyère eût pu
UN ACTEUR DE MOLIÈRE. lOI
prêter ce « mouvement de la tête » , cet << adoucissement dans les yeux », enfin cette molle démarche que nous aimerons à retrouver un jour dans ce petit ouvrage Se peinture fait à votre ressemblance, qui représente un garçon indifférent, vêtu de soie et de satin zinzolin, coifïé d'un bicorne, s'essayant comme vous à baller, comme vous faisant l'enjôleur et qui, trait pour trait, façon pour façon, semble esquisser, avec toute la décence et le maintien imaginables, les mêmes pas du menuet, qu'avec des airs si galants, si tendres, vous dansâtes jadis vous-même, devant toute la cour, dans le divertissement de l'Anwuy peintre.