MADAME DE SÉVIGNÉ A CHAULNES. I
nirs de l'histoire continuent à se lever du sol ancien, des pierres vénérables et de tous les vestiges pour opposer au présent la magnificence et le rayonnement à peine éteints des vieux âges. Non pas que la guerre dût épargner Chaulnes, en ce temps-là plus qu'au nôtre (i) ; en ces pays de marches, carrefours de divers peuples, les armées avaient toujours passé, causant bien des ravages; mais ceux-ci ne subsistaient jamais au delà d'un temps assez court ; et c'est alors que Chaulnes reprenait sa physionomie joyeuse, son accueillant visage et que tout ce qu'on peut imaginer de plus puissant se donnait rendez-vous sous ses charmilles.
Défaites-vous de l'envie De Paris et de la Cour, Demeurez en Picardie :
Chaulne est un si beau séjour!...
Ce couplet de Coulanges, composé sur l'air Je ne saurais, trahit assez la prédilection qu'éprouvait, à l'endroit de Chaulnes, la société la plus élevée d'un temps assez peu sensible aux beautés rustiques. Il faut remarquer qu'il en est des pays comme des hommes ; le succès qui s'attache aux personnes illustres rejaillit volontiers sur les biens dont ils sont maîtres. De cette sorte, la fortune de Chaulnes est due tout entière à ses possesseurs ; et l'on peut dire, en parlant de ce domaine, que la faveur dont il jouit par la suite auprès des délicats provient, en
(i) Le vieil et naïf historien Jehan Patte le relate volontiers dans son Jout-nal. En 1695, écrivait-il, « les Espagnols passèrent l'iau (la Somme) à Bray et vinrent pillier le chastiau de Chaunes, et prendre Madame prisonnière et la mirent à rançon, ayant tout p llié le chastiau et emmené tout le bled qui estoit dedans... et pillèrent aussi une grande partye du pays de Santer... »