‹ Figures françaises et littérairesChapitre 9 sur 32 · UN CHRONIQUEUR · texte numérisé non relu

UN CHRONIQUEUR

CiiASTELLAlN

C'est un petit vin de Beauiie ; on Ta recueilli en septenabre sur les coteaux dorés tandis que, sur les ceps d'automne, diantaieut ,et voletaient les griyes. -C'est un ciiçLud élixir. A petites gorgées tu en bois un pichet, mon j»ait-re. Cela fait, tu -prends doucement ta plume ; tes afnaiiîs s'agitent, longues et belles; ton visage glaibre, .comme rasé de près par le barbier Olivier, s'anime de cikateur. Q.ne vas-tu célébrer cette fois, sur le vélin, disnous, vieux chroniqueur : les Dames de rhétorique, les Deux Félicités ou madame la Vierge sur le front blanc de qtti des peintres ont placé l'auréole des anges ? Que non pas ! Tu as bu un coup de vin de Beaune ; aussi ne bro- "deras-tu cett« fois, comme banderoles s'enroulent, ton :beau langage de .devises aux -dames et aux bienheureux ; triais toi, -Georges Chastellain, « escuier, panetier ,de Monseigneur de I>uc », tu composeras un peu ta Chronique de Bourgogne. Mon vieux maître, ce clair matin est :à tonpi'ince.

C'est un vin yelouté du cru de Beaune. Cho, cette •&&[.- «aote de tacomté d'Alost (i), à cheveux roux, à tendres

(i) Georges Chastellain, le chroniqueur des ducs de Bou,rgogne, était natif d'Alost dans la Flandre orientale.

yeux et à beaux seins t'en a, dans ton pichet, versé pardessus l'épaule. Ton regard en est étincelant, ton cœur en est tout réchauffé. Bon panetier, c'est le temps de donner ton pain cuit; brave écuyer, c'est l'heure de tracer tes récits.

Vois, par la baie ouverte, se propager jusqu'aux clairs fonds bleus, le fin paysage de collines. L'air est suave, les lointains limpides; au-dessus des sillons, de doux nuages avancent. Et c'est comme si, de l'horizon jusqu'à ton visage, venait parmi les fleurs et parmi les blés roux, un long tapis admirable.

D'abord c'est une vaste campagne que tu vois : des plaines ensemencées, de petits tertres, une rivière avec des saules ; puis des boqueteaux, des vignobles, une autre plaine plus étendue. Une poursuite au gibier commence : il y a des chasseresses et des chasseurs et, de même que dans les tentures de fil d'Arras, des veneurs conduisant les hardes, les fauconniers avec les faucons. L'andouiller en avant, un grand cerf s'élance ! Et la bande des chiens blancs, la bande des chiens noirs bondissent sur ses pas...

La tenture avance, avance vers toi, tissée de haute lice.

Voici la ville de Dijon, toute dominée de flèches et de clochers, avec Saint Bénigne et Saint PhiHbert, les pignons des moutiers, et, comme dans les images, la Tour de Bar et le Logis du Roi; voici la vallée d'Ouche et la ville semble, au-dessus d'elle, droite comme une nef.

Dans le mur du rempart, tel un œil qui regarde, une petite poterne s'entr'ouvre. C'est par là que le grand cerf s'élance ! Mais après le cerf, il y a la chasse ; après la chasse il y a les soldats armés des lances et des espadons; il y a les archers avec les arcs; et, par-dessus leurs têtes, les

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