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LE POETE NATIONAL

Ce sont là deux images fausses, et la guerre devait démontrer leur fausseté; la guerre a fait apparaître aux yeux du monde, en d'Annunzio, un grand citoyen et un héroïque soldat. On a compris que ie geste de d'Annunzio, aviateur, complétait son geste de prêcheur de guerre. Mais, trop souvent cependant, on a cru, que ce dernier n'était qu'un mouvement isolé, déterminé par l'ardeur d'un moment historique excep« tionnel. Il est, au contraire, le prolongement d'une pensée tenace, qui naît avec le génie poétique du chantre des Laudî^ qui s'encourage et se fortifie à mesure que passent les années.

Bien avant la guerre européenne, d'Annunzio avait

obéi à cette obscure injonction qui appelle tous les lyriques de Dante à Carducci, à conduire en chantant les destinées du peuple italien.

Poète national, il l'était par l'impulsion constante qu'il prétendit donner à l'ardeur du patriotisme de son pays. Il l'était peut-être aussi — mais l'induction est plus subtilement hasardeuse — parles répercussions des événements italiens sur son œuvre. « Les conditions de la vie publique, les hasards heureux et malheureux qu'a connus l'Italie, écrit M. Borgèse, critique perspicace, se reflètent dans cette œuvre, tantôt l'illuminant, tantôt la recouvrant comme d'une patine opaque et d'un voile de souffrance ambiguë. L'élan irréfléchi et vaillant de son jeune lyrisme coïncide avec la folie africaniste, l'orgueil crispien, la fureur affariste et aventurière de la terza Roma^ tandis que l'anxieux et incertain recueillement qui va de Giovanni Episcopo à la Gioconda correspond à la période des désastres, de Dogali à Abba Garima... Revenues la paix et la confiance, l'Italie établit les bases de sa prospérité future et Gabriele d'Annunzio restaura, dans son esprit, l'harmonie joyeuse de sa jeunesse, la symphonisant dans lampleur des expériences vécues et dans la richesse d'un cerveau mûri ». Quoi qu'il en soit de cette dernière interprétation, il reste vrai que d'Annunzio est le poète de la Troisième Italie.

Faut-il remonter au temjps où, transplanté de Pescara d'Abbruzzes au collège de Prato, il écrivait à son ancien maître que « sa mission sur cette terre était d'enseigner au peuple à aimer son pays et à être d'honnêtes citoyens ; et d'autre part, de haïr à mort les ennemis d'Italie et de les combattre toujours » ? — Ces grands serments puérils font sourire quand les faits ultérieurs les viennent démentir ; mais à la lumière d'aujourd'hui, oserons-nous railler celui-ci ?

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