Figures juives
Heine, entrant un jour à la Bourse de Londres, vit une chose qui lenchanta. Tous les peuples de l'Univers ayant des représentants dans le trafic des valeurs, des loges leur étaient affectées, chacune avec sa pancarte spéciale et l'inscription indicatrice : Anglais, Russes, Français, Autrichiens, etc.. Or sur l'une d'elles se lisait le mot Juifs. Le poète eut un redressement de fierté. L'on reconnaissait donc quasi officiellement Israël comme nation vivante et non plus seulement comme race ou comme secte !
Lui qui ridiculisait et malmenait avec tant de rudesse le nationalisme l des Prussiens, il était, comme le plus simple des Brandebourgeois. fidèle à ses origines. Faute d'une patrie territoriale, il vénérait avec passion « la Grande Famille ».
La postérité d'Abraham a toujours communié dans ce sentiment. Ce que nous nommons le dévouement à la cause juive, la solidarité juive, ce n'est pas tant, comme d'aucuns voudraient le faire croire, une sympathie confessionnelle que l'attache-
i. Il est à noter que c'est Heine qui, le premier, introduisit ce mot nationalisme dans la langue française.
ment à des traditions et des idées héréditaires, la conscience d'un intérêt commun, le concours actif à tout ce qui peut accroître la grandeur du groupement ethnique et servir ses aspirations à la conquête. Bernard Lazare l'a proclamé sans ambages : « Il y a un nationalisme juif » 4.
Et aussi le docteur Herzl, fondateur du Sionisme: « Je crois reconnaître ce qui dans l'Antisémitisme peut être considéré comme un effet de la légitime défense : la question juive, c'est une question nationale ».
Mais il faut retenir surtout la déclaration faite naguère par un de nos Hébreux. Il s'agissait de la misère des églises campagnardes menacées de ruine par la loi de séparation. Maurice Barrés demandait que tous coopérassent à la défense de notre patrimoine. Pardon ! objecta M. Henri Hertz dans la Démocratie sociale, « je suis Juif, vous êtes Français» -.
Réponse un peu dure, un peu brutale, beaucoup diront même fort inconvenante. Cette franchise pourtant ne nous indigne pas. Moins rare, elle éviterait bien des malentendus. Que des Anglais ou des Américains s'établissent chez nous, ils ne prétendent pas s'imposer comme des concitoyens ; ils se contentent d'être nos hôtes et nous pouvons les traiter en amis. Ou bien, pour se faire adopter, ils renoncent définitivement à laqualité que leur extraction leur conférait. Par quel privilège un Juif restet-il Juif après son inscription sur nos registres municipaux ? Ce rabbin nourri de l'antique sagesse orientale, cet esthète remarquable par son esprit
i. Bernard Lazare, Le Nationalisme juif . 2. Démocratie sociale, 5 février iqii.
affiné, par la délicatesse de son sens artistique, seraient des étrangers plus intéressants ou plus amusants à fréquenter qu'un businessman à l'intelligence toute pratique, dénuée de culture, de goût et d'idées générales. Malheureusement leur indiscrétion les rend insupportables. Ils réclament le droit de cité, l'obtiennent de notre complaisance excessive et n'en sont pas plus tôt pourvus qu'ils se poussent au premier rang, parlant plus fort que les autres.
C'est, expliquent-ils, que nous sommes deux fois Français. Ils s illusionnent sur notre candeur jusqu'à s'attribuer des racines dans le passé le plus lointain du pays. « écoutez, disait Isaac Crémieux sous la Restauration, pour exalter 1 ardeur démocratique, écoutez le chant de nos pères les Francs marchant à la bataille : Pharamond ! Pharamond!... » M. Joseph Reinach préfère pour ancêtres les Gaulois : « ATous sommes toujours, assure-t-il, les Gaules amoureuses et militaires »J. M. de Porto- Riche, issu de Juifs italiens, écrit avec une effronterie cocasse : « De tout temps, à toutes les périodes de noire histoire nationale, nous avons répugné aux tripotages. La France est essentiellement honnête 2...»
On multiplierait les citations, et ce serait un véritable trésor de drôleries. Car cette jactance est simplement comique et ne nous nuit guère. Il y a pire, c'est l'intrusion de l'élément destructeur dans l'organisme de notre Etat. Outre qu'il nous apporte ses tendances anarchiques et son individualisme dissolvant, le nouvel acclimaté demeure double parmi nous, Français par son classement officiel et sa
i. Joseph Reinach Le ministre civil de la guerre, p. 23. 2. Le Matin, 17 octobre iqii. De même chez les Allemands M. Nordau, après H. Heine : « Nous autres Germains. »
participation à notre existence politique, Juif par sa structure et sa formation morale, par toutes les réactions de son être, ses affinités, ses espoirs et ses haines, Juif avant tout et par-dessus tout, prêt à sacrifier les intérêts vitaux de la société qui l'accueille, dès que l'y inviteront les dirigeants de l'Alliance Israélite Universelle.
Portalis signalait ce dualisme dans le mémoire qu'il soumit en 1806 au Conseil d'Etat : « L'Assem- « blée Constituante, observait-il, avait cru que, « pour rendre les Juifs bons citoyens, il suffirait de « les faire participer indistinctement et sans condi- « tions à tous les droits dont jouissent les citoyens « français. Mais l'expérience a malheureusement « prouvé que si on n'avait pas manqué de philoso- « phie, on avait manqué de prévoyance. Les Juifs « ne sontpas simplement une secte, mais un peuple. « Ce peuple avait autrefois son territoire, son gou- « vernement ; il a été dispersé sans s'être dissous ; « il existe chez toutes les nations sans se confondre « avec elles, il ne croit vivre que sur une terre étran- « gère. »
N'est-ce pas le même langage que tenait à son souverain, vingt-quatre siècles auparavant, Aman, « l'impie Aman », nationaliste très averti et très judicieux : « Il y a un peuple dispersé par toutes les « provinces de votre empire. Ces gens, séparés les « uns des autres, méprisent les ordonnances du « roi l ».
De nos jours la catastrophe de la Russie nous a rendu manifeste, et de manière terrible, le danger auquel on s'expose en tolérant pareille infiltration.
i. La Bible. Esther, ni, 8.
ADOLPHE-ISAAG CRÉMIEUX
En 1827, le tribunal de Nîmes, ayant à juger un Israélite accusé d'on ne sait quel méfait, exigea de lui, avant tout interrogatoire, le serment dit more judaïco. En France comme dans le reste de l'Europe à cette époque, on estimait qu'en raison des prescriptions du ïalmud, la formule du code ne saurait obliger les Hébreux à la sincérité et qu'ils ne devaient être crus sur parole qu'à la condition de s'engager publiquement, en présence du rabbin, dans les termes prescrits par la loi mosaïque J.
1. Le Juif se rendait avec un rabbin dans la salle d'audience, l'un et l'autre revêtus du manteau et couverts du chapeau qui se portent à la synagogue. Entouré de coreligionnaires représentant les tribus d'Israël, le Juif se lavait les mains et les essuyait au manteau ; puis, avec la courroie servant aux prières, il liait son bras droit au bras du rabbin, posait la main droite sur la Bible à l'endroit du commandement de Dieu : « ^ ous ne prendrez pas le nom du Seigneur votre Dieu en vain ; car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui prend son nom en vain. » Il prêtait alors le serment qui lui était déféré. Des imprécations terribles contre les parjures clôturaient la cérémonie. On voit que le serment était prêté non pas à la Synagogue, mais au Tribunal, devant le juge, entre les mains du rabbin. La Cour de cassation avait consacré cette jurisprudence en rejetant le 12 juillet 1810 le pourvoi formé contre un arrêt de la
Or le défenseur se trouvait être Me Adolphe-Isaac Grémieux, qui, depuis dix ans inscrit au barreau de cette ville, s'y était élevé peu à peu jusqu'au premier rang, autant par son talent que par sa turbulente activité. La prétention des magistrats, d'ailleurs fondée sur des arrêts précédents, indignait l'avocat, qui la regardait naturelle ment comme une mesure d'intolérance. Il se fit fort d'affranchir sa race de l'ignominieux assujettissement et porta la question devant la Cour Royale.
Son argumentation fut habile. Il mit enjeu sa personnalité, utilisant ainsi tout le crédit dont il jouissait dans le chef-lieu du Gard. « Je prêtai serment, insinuat il, quand j'eus l'honneur d'être reçu dans ce barreau ; chaque année je l'ai renouvelé * quel est celui d'entre vous qui jamais eut l'idée que ce serment ne me liait pas ?.. Hâtez-vous, Messieurs, cessez de prêtera mes paroles une oreille attentive * ordonnez-moi de quitter cette enceinte, de me dépouiller de cette robe... ou bien accordez à quatre cent mille citoyens un droit qu'on leur conteste vainement. » Et, redressant sa taille, amplifiant sa voix : « Je ne plaide pas ici pour un chétif intérêt. La cause de mon client est la cause de tous les Juifs, c'est ma cause ! »
Les maîtres n'abondaient pas qui pussent illustrer l'éloquence nîmoise. Celui-là en était le prince, et l'on ne pouvait pas lui faire injure. Son congénère eut licence de jurera la française l.
Cour de Colmar du 8 juillet 1809. La Cour suprême posa en principe que « le serment étant un acte religieux doit être prêté selon le rite particulier au culte de celui qui le prête ». (Interméd. des chercheurs, xxiv, 802.)
Le 3 mars 1 846, la Cour de cassation décida le suppression de ce serment.
C'est du xe siècle que datent les premiers exemples du serment spécial aux Juifs.
I. Il revint sur cette question douze ans plus tard, en mai 1839. Dans un procès qui mettait aux prises une Juive, la femme Wolf, du canton de Phalsbourg, et un Français de l'arrondissement de Saverne, le tribunal exigea que la Juive prêtât serment à la mode hébraïque