Acteurs juifs renommés
A. Le Paria, pièce juive de Michel Béer. 5. Lettre à Mo-ès Moser, 20 juillet 182A.
Fuen de ce qui est juif ne lui est étranger. Il pratique
la solidarité comme on sait le faire dans la Grande Famille et ne néglige pas de servir l'utilité commune, de travailler à la grandeur de la nation. « Que ma droite se dessèche, répète-t-il, si je t'oublie. Jéruscholajim ! » Volontiers il vante ceux des siens qui, à un titre quelconque, peuvent être imposés à l'estime universelle. Il applaudit chez nous à l'élection de Fould et d'Eichtal comme députés, ainsi qu'au triomphe de Meyerbeer. Ce qui l'enorgueillit, c'est de constater que l'illustre Rothschild, « le généralissime des millionnaires )), tient à sa discrétion le souverain spirituel de la Chrétienté.
Si tu veux, cher lecteur, te rendre dans le? premiers jour- du trimestre rue Laffitte, n° i5. tu verras s'arrêter devant le portail élevé une lourde voiture, de laquelle descend un gros homme. Celuici monte un escalier qui conduit à une petite chambre, où un jeune homme blond est a-sis avec une nonchalance de grand seigneur dans laquelle cependant perce quelque chose d'aussi solide, aussi positif, aussi absolu que s'il avait dans sa poche tout l'argent de ce monde. Et il a en effet tout l'argent du monde dans sa poche ; car il s'appelle M. James Rothschild et le gros homme est monsignor l'envoyé de Sa Sainteté le Pape et il apporte, comme son représentant, les intérêts de l'emprunt romain, le tribut de Rome ' .
Il y avait une Société pour la culture et la Science juives, qui rassemblait l'élite de la jeunesse Israélite allemande. Heine y figurait et son ami Gans en était président. Elle avait un bulletin spécial que dirigeait Zunz, un autre familier de Heine. Ce dernier, sans collaborer réellement à la Revue, s'intéressait à son développement, donnait des conseils à Zunz sur la rédaction et le choix des articles
Il faisait d'ailleurs mieux que d'alimenter ce mauvais
1. De l Allemagne, I, p 104- Heine fut toujours plein d'égards pour Rothschild, qui d'ailleurs l'aida constamment depuis -on installation à Paris. Il le comparait à Louis XIV. pour avoir su, lui aussi, susciter et employer les génies, le musicien Félicien David, le peintre Ary >cheffer. l'avocat Crémieux, le cuisinier Carême, l'ingénieur Pereire, etc. 'Lutèce, p. 33i).
périodique l. On pourrait former un volume en assemblant la prose et les vers qu'il composa dans l'unique dessein de réhabiliter ou d'exalter sa nation. Il y aurait dans ce recueil des mélodies voluptueuses -, filles du Cantique des Cantiques, et aussi des fantaisies amères, comme cette romance de Dona Clara, dont le sentimentalisme dissimule mal les intentions cruelles. La scène de ce petit drame se passe en Aragon, au temps de l'Inquisition. Une noble seûorita est surprise, au milieu de ses rêveries mélancoliques, par un jeune et séduisant chevalier, qui profite sans ménagement de l'opportune faiblesse de la belle. Quand est venu l'instant des adieux, celle-ci veut savoir le nom de son vainqueur. Il hésite ; mais elle insiste tellement qu'à la fin il se révèle : « Moi, votre amant, je suis le fils du docte et glorieux don lsaac, grand-rabbin de la synagogue de Saragosse. » On s'imagine en quel abîme d'humiliation se trouve plongée tout à coup la fière Espagnole. C'est la vengeance du paria.
A côté de ces œuvres poétiques prendrait place le Rabbin de Baccharach, sorte de conte historique 3, dans lequel Heine, à la manière de Victor Hugo dans Notre- Dame de Paris, évoquait la vie moyenâgeuse de l'Allemagne et de ses juiveries. Cette narration devait sans doute faire partie du monument littéraire 4 qu'il se proposait d'élever en 1 honneur des martyrs de la religion mosaïque. Pour préparer l'exécution de ce grand travail, il avait étudié les tribulations successives d'Israël non seulement dans la Bible, mais encore dans
i. C'était une publication assez médiocre, si Ton en juge par cette critique de Heine : « J'ai étudié toutes sortes d'allemands, celui de Saxe, celui de Souabc, celui de Franconie ; mais c'est l'allemand de votre Revue qui me donne le plus de mal. » (Lettre à 2unz. 23 juin i8a3.)