‹ Figures juivesChapitre 54 sur 79 · DER DOKTOR NORDAU · texte numérisé non relu

DER DOKTOR NORDAU

Nombre de gens en France furent trompés sur l'identité du Dr Nordau. Ils avaient vu son nom dans des comptes rendus de banquets d'intellectuels. Et fort naturellement ils s'imaginaient un médecin français. Car il faut en féliciter Herr Sudfeld, le pseudonyme qu'il s'est choisi l'accréditait aussi bien des deux côtés des Vosges. Nordau, prononcé à la manière allemande, est d'un germanisme irréprochable : Nord-au, prairie du Nord, comme Sud-feld, campagne du Midi. Le même vocable émis selon les lois de notre phonétique rend un son aussi familier quêtant d'appellations du cru, telles que Millau, Cazau, Groussau, Chérau, etc.

Max-Simon Nordau, né à Budapesth du rabbin allemand Gabriel Sudfeld et de Sarah Nelkin, n'en était pas moins avant la guerre réputé « personnalité parisienne ». Non certes qu il se fût affranchi de la brutalité judéotudesque et pénétré de cette bonhomie doucement railleuse qui est le propre de notre société. Max Simon Nordau, correspondant de la Gazette de Voss, était on ne peut plus Herr Doktor. Mais ne suffisait-il pas qu'il eût élu domicile chez nous pour qu'on payât du droit de cité cet acte de gracieuseté si flatteur ?

Vapereau, le biographe de nos contemporains, nous apprend comment s'opéra son installation. C'était en 1878. M. Nordau vint visiter l'Exposition Universelle. Il n'avait jamais vu notre Babylone ; ce fut le coup de foudre. Il résolut aussitôt de poursuivre ici ses études de

jgQ FIGURES JUIVES

médecine, et, les diplômes une fois obtenus, ne voulut plus nous quitter. t

Son acclimatation n'avait pas été malaisée. Pour qu'elle semblât plus complète, il renouvela la bonne farce de son congénère Henri Heine et se fit attribuer une égale virtuosité dans l'idiome de Goethe et celui de Voltaire *; Angelo de Gubernatis lui consacre une notice dans son Dictionnaire des Ecrivains du Monde Latin : « Nordau, dit-il, écrivain célèbre, médecin et romancier franco-allemand ou plutôt international, grand remueur d'idées originales et hardies. Toute son œuvre est dense de pensées et éloquente. Ou ne s'étonne donc pas que ses livres soient populaires et qu'ils exercent parfois sur les lecteurs une influence bienfaisante. » M. Nordau, fournissant les éléments de cet éloge, peut-être même le rédigeant de sa propre plume, commit quelques exagérations. Ni par la langue ni par le reste, il n'appartient au monde latin Son traducteur habituel chez nous est M. Dietricn C'est à travers son interprétation que nous apparaît la fio-ure de notre hôte : nous la jugeons assez intéressante, assez représentative pour en dessiner les traits

essentiels. vie

Le goût de la vie nomade qu on observe chez les Sémites fut-il toujours dans le tempérament de la race, ou bien cette indifférence à la terre de naissance, cette faculté d'oubli s'acquit-elle peu à peu au cours des pérégrinations forcées ? L'Israélite se sépare avec une aisance extraordinaire des patries que lui donna le sort ; il ne comprend pas l'instinctive fidélité des Occidentaux a leurs berceaux et à leurs tombes. M. Max Nordau ne considère pas sans irritation la doctrine de Maurice Barres ; il la critique d'un ton acerbe :

, Dans les États de l'Amérique du Sud, M. Nordau passe généralement pour un des premiers écrivains français et ses articles pour

r7TS "rt S; œuvre de littérateur patriote qui écout^vo.onUe'rs souffler lèvent à la frontière. » (Les Mensonges conventionnels. Préface.)

Page 1