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Revue critique, 20 novembre

FIGURES .KJIVES

prévenu a temps, s était trop désintéressé des avis • il voulut du moins châtier Je criminel. On mit Ferrer' en prison et 1 on instruisit son procès

Mais on ne tourmente pas impunément un pontife de la Secte. Immédiatement tous les États furent importunés par les protestations de soi-disant intellectuels Dans le concert international, le principal exécutant pour la France était Alfred Naquet. Au commencement de septembre quelques jours après l'arrestation de Ferrer il prenait la parole dans un meeting, rue Danton, puis écrivait dans la Guerre sociale un article intitulé « Sus aux fusilleurs ». Il y prétendait que Ferrer n'était pour rien dans les événements de Barcelone, que d'ailleurs jl se trouvait éloigné de la région au moment des troubles - ce qui ne prouvait nullement que de sa retraite i ne les eût fomentés et réglés. Somme toute, concluaitil, ce qu on désire atteindre en lui, c'est la liberté de pensée : mais le monde civilisé permettra- t-il qu'on sévisse encore au xxe siècle contre le délit d'opinion ??

H renouvela son insolence le 25 septembre dans le tourner Européen. A Madrid l'on ne se laissait pas intimider. Tandis que notre presse républicaine, depuis i Humanité jusquau Paris-Journal et même la Pairie par complaisance pour Rochefort, publiait des sommations ou des injures, l'enquête là-bas se poursuivait régulièrement. Ferrer comparut devant le tribunal et fut convaincu d'avoir été l'âme de la conspiration. A l'annonce de la sentence de mort, le « Comité de défense » redoubla d audace, vilipenda les procédés de la répression. Une affiche convia les citoyens conscients à stigmatiser cette illégalité: &

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i. La Guerre sociale, iô-ai septembre 1909

ALFRED NAQUET IJJ

Lne des plus grandes iniquités des temps modernes e>t aux trois quarts consommée. Français, vous ne permettrez pas qu'on l'achève.

Pour le Comité, Alfred Xaquet, G. A. Laisant,

Charles Albert.

Entre temps, les agents des Loges avaient mené leurs excitations jusqu'au point désirable. Il était évident que l'exécution de l'arrêt déterminerait une dangereuse effervescence. Les ministres d'Alphonse XIII, qui en furent informés, estimèrent n'avoir pas à suivre dans une crise intérieure des injonctions étrangères. Le i3 octobre, Ferrer subit le supplice.

Naquet et les siens devaient s'y attendre. Ils tenaient prêt un appel au meurtre qu'ils placardèrent aussitôt.

Ils ont osé ! Le crime est accompli ! Ferrer est entré dans la gloire immortelle. Alphonse XIII et ses ministres sont entrés dans l'ignominie. L'Espagne monarchique, capitaliste et cléricale, escomptant la faiblesse de l'Europe et de l'Amérique, a jeté un défi à la conscience mondiale.

Les brigands de Madrid se trompent.

Ce que lés gouvernements ne feront pas, les peuples le feront. Ferrer et toutes les nobles victimes de l'inquisition espagnole seront vengés.

Que le sang des victimes retombe sur la tête des bourreaux. Tous ce soir devant l'ambassade !

Pour le Comité, Le bureau : Alfred Naquet, C.-A. Laisaht, Charles Albert.

La place Beauvau, pour parer aux événements, se contenta cette nuit-là d'isoler par quelque protection de police et de garde l'immeuble menacé. Cela n'empêcha pas l'odieux: charivari de huées et de grossièretés à l'adresse du diplomate et de son souverain. Une partie des forcenés coururent à la chapelle espagnole de l'avenue Friedland ; l'un deux, fort en faveur dans la Franc- Maçonnerie, lui-même chenapan avéré, condamné depuis pour vol, parvint à saisir le drapeau qui flottait au-dessus de la porte, et, l'ayant arraché, le mit en lambeaux.

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Mais on vit pire trois jours après. C'était un dimanche. Une manifestation éclatante réunissait toutes les fractions de la horde anarchiste et, avec elle, une tourbe accourue des synagogues et des ateliers occultes. Cette fois les puissances officielles dissimulaient à peine leurs sympathies. Sous prétexte de canaliser un défilé que la décence et l'intérêt de l'État leur commandaient d'interdire, elles y associèrent les troupes de la garnison parisienne. Le pays voisin, son représentant, son roi furent bruyamment et longuement injuriés par une canaille abjecte, dont nos soldats accompagnaient l'ignoble procession1.

Des années ont passé. Dans une situation dangereuse, la France a senti l'hostilité de sa « sœur latine » et s'en est étonnée.

Alfred Naquet, chargé d'âge, s'enfonça de plus en plus dans le nihilisme crapuleux. C'est grâce à son aide pécuniaire que le compagnon Lorulot lança son périodique Vidée libre. Lui-même y collabora. Lorulot depuis administra le journal l'Anarchie et donna l'hospitalité dans son local à Bonnot, Garnier et leurs pareils. Les chevaliers du browning serraient la main de Naquet, disaient couramment : « l'ami Naquet ».

Ils pouvaient le dire. L'auteur des Temps futurs n'admettait-il pas l'action directe et ses moyens expéditifs ? N'avait il pas défendu les Vaillant, les Emile Henri, les Caserio, les Lucceni ? Ce sont, disait-il, des hommes dans le genre des premiers chrétiens, des convaincus. Ils ont tué ou essayé de tuer. Mais, après tout, en détruisant les gens, « on ne fait que devancer une

i. M. Georges Valois a donné de ces incidents une explication qui semble très plausible « L Espagne, dit-il, a jusqu'ici résisté à la conquête capitaliste. Elle a préféré à l'exploitation intensive de ses richesses la conservation de ses richesses morales et de ses traditions. Ce pourrait être un grand calcul. Car ces richesses peuvent avoir un rendement supérieur dans l'avenir. Les économistes enragent. Ils accusent l'Eglise, Naquet principalement. D'où la campagne anticléricale. »

ALFRED >AQLET lO'J

« heure fatale... 'Tous ici-bas nous sommes des cou- « damnés à mort avec sursis. Dix ans, quinze ans, « vingt ans après le crime, il sera bien indifférent pour <( nous d'avoir perdu la vie dans un attentat ou d'y avoir « échappé : l'attentat n'eùt-il pas eu lieu, nous serions « morts quand même l. »

Cette logique facétieuse excuse l'assassinat et viderait tous les bagnes. Naquet d'ailleurs ne s'accommode pas que du crime politique ; il s'entend assez bien avec celui de droit commun. Lorulot. son compagnon de pensée2, fut un moment inquiété par la police pour sa connivence avec la fameuse association de Bonnot, Carouv, Garnier, etc. On l'arrêta, puis assez mystérieusement on le relâcha. Sa malchance fit qu'on le surprit depuis fabricant de faux timbres : la Justice, pour le coup, dut le réclamer3.

C'est ainsi que Naquet fraternisait avec les partisans résolus de la reprise individuelle. Ces amitiés farouches ne l'empêchaient nullement d'évoluer à l'opposé parmi l'aristocratie d'argent. Car toutes les contradictions étaient dans cet homme. Rédacteur de journaux anticapitalistes, il hantait tout de même les cavernes de la Finance, figurait en vedette dans le conseil d'administration de plusieurs Crédits fonciers, par exemple celui deChine, celui d Uruguay. D'où, naturellement, avec les princes de l'agio, bien des intelligences qui s'ajoutaient à la communauté de race, bien des rapports aussi avec notre Gouvernement, dont ces banques exotiques sont

i. Temps futurs, p. 3 1 8.

2. Le Socialisme marxiste, l'individualisme anarchiste et la Révolulion, par Alfred Naquet et André Lorulot. — L'Idole Patrie, par A. Lorulot Préface d'Alfred Naquet.

3. Au commencement de la Grande Guerre, Lorulot fut arrêté pour l'affaire des factums antimilitaristes. Dans ces publications, dont une bande organisée glissait des exemplaires sous les portes des boutiques et même des appartements, le commandement de l'armée était représenté comme incapable ou criminel ; on y défendait les Allemands contre leurs accusateurs... Lorulot, arrêté, bénéficia cette fois encore d'un non-lieu.

plus ou moins tributaires. Et cette particularité que nous lui découvrons de relier à la basse pègre les maîtres du pays explique beaucoup de choses.

En toute circonstance, dans quelques positions qu'il fût, ce malfaisant bossu — ô gouffre fameux du Taygète! — ne pouvait que trahir et corrompre. « Se faudriépas l'espoutira ! » s'écriait un jour, en le désignant, une brave Avignonnaise *. Si l'on ne devrait pas Lécrabouiller ! Mot vigoureux qui exprime bien la réaction d'une âme française devant un tel monstre de félonie et de perversité.

La provocation de l'Allemagne en 191 4 fut d'une netteté, d'une brutalité telle que d'abord il n'y eut pas moyen pour les antipatriotes de réaliser leur doctrine et de s'insurger contre la France. La décision criminelle de l'ennemi indignait le peuple : il eût fait alors aux dissidents un très mauvais parti. Remettant donc à plus tard la reprise de leur campagne, ils feignirent de se rallier avec enthousiasme à la cause nationale. Naquet renia bruyamment sa folle théorie de la France hostie volontaire et proclama lui-même la sainteté de la résistance. Ses amis du Courrier Européen et du Bonnet Rouge étaient momentanément des plus vigoureux à dénoncer la scélératesse germanique.

Le vieux prophète s'éteignit avant que fût venu le temps d'abattre son masque et d'affaiblir par le défaitisme nos forces renaissantes. LesPaix-Séailles, les Almereyda. ces fidèles, ces fils de sa pensée, n'allaient pas tarder à montrer par le cynisme de leur trahison la valeur d'une conversion affirmée naguère avec tant de chaleur.

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