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Figures littéraires

Retracer sa carrière serait superflu; il travailla, il iiut un grand talent, il n'en fut pas moins des quarante ; une double convenance et des sympathies réciproques le prédestinaient aux succès académiques; 1 fut de ceux qui relèvent à nos yeux ces succès et îarent de jeune gloire la tradition sommeillante.

Il est trop tard ou trop tôt pour évoquer l'homme,

ja longue silhouette mince et forte du bourgeois élé-

|?ant, son apparente froideur, sa cordialité courtoise,

a réserve, où l'on devinait l'empire d'une prudente

olonté sur une intelligence ardente; d'avoir si lon-

;uement médité les affaires de ce monde, de s'être si

réquemment recueilli parmi de grandes ombres,

avoir interrogé et jugé tant de morts illustres ou

ubliés, une gravité immuable lui était restée, et peut-

tre quelque mélancolie désabusée, ainsi qu'il arrive

ans l'exercice d'une haute magistrature. Il était venu

u droit et de l administration à l'histoire; il eût été

en d'autres temps l'un le ces puissants commis à qui les monarchies confient L'Etat ; on l'eût vu, dans cette charge, lucide, ferme, impitoyable; encore qu'il ne l'avouât point, quelque regret dut parfois l'assombrir;

il ne remplit qu'à demi sa vocation, administrant l'histoire — avec quelle sagesse, quelle pénétration, quelle connaissance des choses, quelle intuition de l'homme! — au lieu de la vivre. Et peut-être cette quasi retraite, où le condamna un âpre souci de dignité, a 'est-elle point à l'honneur de son temps. Qu'un tel soupçon paisse naître ajoute au prestige de son œuvre4; mais il nous plaît de le penser : ce que nous perdîmes en loyaux services nous fut par ailleurs restitué; il fut le bon comptable de ses forces; de toutes celles dont nous étions en droit d'attendre un utile concours, il fit bon usage : les traits qui eussent marqué son activité civique caractérisent ses livres. Nous considérons sans récriminer son sort, puisqu il nous laisse une œuvre grande et belle, et qui nous invite aux longues méditations.

Lui-même s'en contentait ; s'il formula parfois un avis, ou esquissa une critique de nos mœurs et de nos tendances sociales, ce ne fut jamais du point de vue de la rancune; il n'était point amer; sa sérénité doublait l'autorité de son jugement; il jugeait en toute impartialité, en spectateur attentif à nos agitations, mais qui les observe avec un bienfaisant recul t eu juge un peu lointain, accoutumé à l'étude des confuses mêlées, en historien. Historien, il s'enferma volontairement dans sa tache; il mit à la mener à bien son point d'honneur; il fut avec coquetterie ce personnage indulgent, austère, supérieur à l'éphémère

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Actualité, qui semblait à nos pères n'être d'aucun temps ni d'aucun pays. Historien, il le fut avec décision, et ne voulut point être autre chose; grand exemple que l'efficacité de son persévérant effort parmi tant de contemporains aux talents multiples et médiocres.

Il fut l'historien; il connut toutes les obligation» à quoi engage ce beau titre, et les remplit avec une allègre ponctualité, avec aisance, avec succès; de quelques-unes, que nous étions enclins à oublier, il nous fit souvenir; il nous révéla l'ampleur d'une lâche que l'on s'efforce trop souvent de rapetisser. Ooyez-vous donc que l'art d'écrire l'histoire s'apprenne tout entier dans les écoles? que la sacro- <ainte méthode suffise à tout9 et qu'un bon écolier, »rce qu'on lui enseigna honnêtement le « métier, »' ;oi( aPteà «'etraeer les grands événements du passé? Ussi bien qu'un autre ouvrage, un livre d'histoire mus donne la mesure de l'esprit qui le conçut; quoi pon fasse, l'équation personnelle est ce qu'il coulent d'envisager d'abord; ni l'imagination ni la *ce de pensée ne doivent faire défaut à l'historien; étendue de sa culture n'est point indifférente; et ertes on estimerait plaisant, qu'il prétendît décou ni la plus petite vérité, s'il n'a point une connaisse approfondie de l'homme. Imagination, vigueur 2 l'intelligence, large culture, expérience humaine, vn 1-ou souci d'exiger tout cela de quiconque s ocipe d'histoire? Il n'est que trop vrai, la présomption

de certains érudits dément prodigieusement leur apparente modestie. La plupart de nos historiens sont gens de cabinet; ceux que le talent n'effraie point n'ont pas une connaissance directe des grandes affaires; la vie même, l'homme, les passions, combien sont-ils qui n'en ouïrent parler que dans les livres et les poussiéreuses archives?

Albert Vandal n'en est pas là; il n'est si parfaitement l'historien, (pie parce qu'il eût su remplir une autre fonction et y exceller ; et l'on peut déplorer que l'occasion lui en ait été refusée; mais à la seule lecture de ses travaux, on devine qu'il était prêt; on devine son éducation, son apprentissage politique, la riche tradition dont il hérita, et jusqu'à ses attaches mondaines; une préparation et une expérience bien rares parmi nos historiens secondent son don d'observation, sa pénétration méthodique, son grave ei beau talent de psychologue et de peintre. Et s'il fallait lui chercher une place dans un catalogue littéraire, on le désignerait d'abord comme le successeui et l'émule des Thiers et des Guizot; pour l'ampleui des vues et la diversité des mérites, il leur est égal mince avantage aux yeux de certains; rapprochement peu flatteur, car nos jeunes historiens tiennen en piètre estime l'Histoire du Consulat et de l'Empire et nous le font bien voir ; rare éloge aux yeux d'ui Vandal, respectueux du « grand ouvrage qui a établ sur d'inébranlables bases la gloire d'historien » d l'adversaire de (iambetta.

Albert Vandal envisage de haut une époque; i| n'est point l'homme des patientes et trompeuse]

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