‹ Figures littérairesChapitre 2 sur 48 · ALBERT VANDAL · texte numérisé non relu

ALBERT VANDAL

mosaïques; ce qu'il aperçoit d'abord, ce sont les lignes maîtresses d'une société, l'architecture d'un Etat, les proportions, les forces qui se contrebalancent et s'équilibrent; il ne saurait un seul instant perdre de vue la lutte des intérêts; d'une intrigue, ce qu'il relient, ce qu'il pèse et juge, ce sont les chances de succès; on dirait d'un calculateur infiniment soucieux de toutes les données d'un problème. Jamais il ne se laisse distraire de sa constante préoccupation ; ai l'imprévu d'une aventure, ni le charme d'une figure, ou la séduction d'un milieu ne le détournent de son dessein; son regard traverse les plus brillants oripeaux et atteint l'armature.... Optique d'homme J'Htat, dirait-on, bien plus encore que de philosophe, et dont la méditation seule ne livre point le secret : pfat d'esprit bien plutôt que méthode, et qui résulte moins de l'étude que de l'action.

Ainsi comprise, l'histoire nous retient par son proond sérieux ; rien de moins frivole : nous sommes 'ort éloignés d'un banal divertissement; nous avons e sentiment de toucher à de grandes et émouvantes éahtés dont le jeu secret domine et dominera toujours îotre propre existence. Parmi tant de sortes d'évoations du passé où s'attardent nos curiosités non- •halantes, Albert Vandal nous a rendu la grande listoire, préoccupée de nos destinées et capable de ious en communiquer le souci, l'histoire selon la Qnception de quelques grands esprits, qui accordent aux gestes de l'humanité une importance et m sens, et ne se lassaient point de scruter avec un Ne passionné 1'apparenf et décourageant désordre es siècles révolus.

De cette ampleur, Je celte solidité qui dépasse de beaucoup L'ordinaire exactitude de nos érudits, nous avions un peu perdu l'habitude; et si la voix d'Albert Validai parut dominer si fort le chœur nombreux des historiens, c'est que nous étions peut-être désaccoutumés d'un pareil accent. Le ton d'Albert Vandal commande l'attention; il s'élève naturellement, avec une convenance parfaite, à l'éloquence sobre et forte : il n'est point, comme celui de son maître, A. Sorel, perpétuellement oratoire et fréquemment inégal; une puissance soutenue, une justesse sans défaut caractérisent sa manière. Et quelle admirable ordonnance, quelle étroite subordination du détail à l'ensemble. quel enchaînement du récit, semblable à une trame serrée où nul interstice ne trahit une défaillance de l'auteur ni une insuffisance de la matière! Toutes qualités que l'on aurait tort de considérer d'un point de vue strictement extérieur, car elles découlent logiquement de la conception qu'Albert Vandal s'est aite en quelque sorte instinctivement du rôle de l'historien; elles sont le bénéfice naturel de quiconque s'élève à sa hauteur, et acquiert sa vision synthétique des hommes et des choses; il ne doit à aucun artifice ni à aucune médiocre habileté cette intensité, ce mouvement, cet intérêt dramatique qui décèlent une interprétation puissante delà vie; pour savant qu'il soit, l'art d'Albert Vandal n'est d'abord qu'une manifestation spontanée de son beau génie.

Ce point mis en lumière — il est essentiel, s'il est vrai que seul un principe intérieur explique une grande œuvre, et qu'il convient de décourager les imitateurs empressés à la recherche de faciles procé-

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