A LU EUT YA>DAL
dés — on sera fort à l'aise pour louer l'agrément qu'Albert Validai sut répandre parmi ses livres; rien de tendu; ni sécheresse, ni dureté; une langue, souple, et d'abord ferme et savoureuse, mais aussi variée, insinuante, toujours pertinente, aussi propre au récit, a laualvse d'une situation ou d'un caractère qu'à Es description minutieuse ou aux raccourcis puissants dos vastes compositions. A cet égard V Avènement de Bonaparte, que les lettrés proclament unanimement son chef-d'œuvre, émerveille les plus avertis; la virtuosité de l'écrivain v atteint à la maîtrise. Citez-moi dans la littérature de ces vingt dernières années un drame plus palpitant que ce récit fameux des journées de Brumaire, une narration plus alerte et en même temps plus vibrante de tragique émotion, un écrivain plus sûr de ses effets, plus maître de son stvle.... Est-d dans le roman quelque chose de comparable'? Et n est-il point singulier qu'une telle œuvre surgisse en pleine période d'érudition, de desséchante analyse et de «nierre au talent?
Albert Vandal élit d'instinct de grands sujets; il n'ira point s'immobiliser en des besognes oiseuses; 1 bistoire ne s irait à ses veux que le hochet de la plus vaine curiosité, si l'on négligeait par indolence ou pur aveuglement d'en tirer de précieux enseignements: quiconque proclame l'inutilité de l'histoire — et Ton sait plus d'un maître dont l'excessive modes! ie sv emploie — avoue une eonception étrangement
indigente dune complexe et instructive discipline. Combien plus fécondes, plus pénétrantes et plus justes les vues d'Albert Vandal! avec quelle aisance ne nous persuade-t-il pas, que l'œuvre d'un authentique historien est riche d'une moelle infiniment substantielle. Et certes il serait étrange que Ton accordât quelque valeur à l'expérience individuelle, pour n'en reconnaître aucune à l'expérience collective lentement acquise à travers une diversité prodigieuse de situations et d'aventures ; l'histoire ne serait-elle qu'un merveilleux répertoire de documents humains, nous ne devrions jamais être las d'en parcourir les feuillets innombrables; et je ne sache pas que l'histoire exclue de ses investigations les passions, les idées, les mœurs, les institutions, ni qu'il nous soit indifférent de comparer hier et aujourd'hui, de multiplier nos comparaisons, de sortir de nous-même pour nous mieux connaître. L'histoire, sujette à l'erreur, instrument imparfait d'une imparfaite humanité, n'en demeure pas moins l'auxiliaire le plus efficace du progrès ou, si vous préférez, de l'évolution intellectuelle et morale.
Que l'on parcoure, si l'on en doute, ces livres si pleins, si drus, si abondants, Napoléon et Alexandre 7er, V Avènement de Bonaparte Peut-être, les
ayant lus et médités, conviendra-t-on qu'il est mesquin de louer — on le tenta parfois — Albert Vandal d'arrière-pensées politiques. L'actualité de son œuvre tient beaucoup moins à de vagues similitudes que l'on tente d'établir entre le Directoire et notre présent régime politique, entre l'alliance russe aujourd'hui et il y a un siècle, qu'à la surabondance d'idées, de
ALBKKT VA.NUAL
notions et de points de comparaison que l'homme de notre temps peut y puiser. Yandal lui-môme n'encourageait guère les louanges indiscrètement intéressées ; il aimait à rappeler cpie l'histoire « manquerait à son but, si elle ne cherchait dans le passé des avis et des leçons, » mais qu' « elle manquerait à son caractère, si elle ne se dégageait des tendances et des sympathies présentes, quelque légitimes qu'elles soient1. » 11 n'eût point souffert que l'on rabaissât son œuvre, ni que l'on en dénaturât par de vagues soupçons le caractère.
Un tel esprit est naturellement impartial ; il est de ceux, que leurs goûts ne sauraient détourner d'une exacte appréciation des faits et des hommes; les préférences mêmes d'Albert Yandal nous garantissent l'indépendance de son jugement; il ne les dissimule ni ne s'en embarrasse; cet historien de la Révolution — consulaire ou impériale — avoue sa prédilection pour la France ancienne, si grande « alors qu'elle n'avait pas éprouvé le malheur le plus difficilement réparable qui puisse frapper un peuple, la perte (1 une dynastie tutélaire et consacrée par les siècles2 ; » nul n'a plus violemment stigmatisé les erreurs ou les vices des hommes qui renversèrent cette dynastie... nul n'a rendu un plus juste hommage aux heureux eilets de l'idéalisme révolutionnaire ; un Yandal est capable de vouer un véritable culte à la mémoire de ceux mêmes qu'il déteste. Il est toujours et partout un modèle de clairvoyante et généreuse raison, de patriotisme lucide et passionné...
i. i\;ipoléon el Alexandre /", t. I, Avant-propos 2. Ibid. l
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11 est le modèle de l'historien politique, ou mieux de riiistorien tout court : rompu aux exigences de la critique, on ne songe point à glorifier ses élémentaires qualités de métier; nous aimons ses larges horizons; nous admirons qu'il ait pu lier aussi fortement une gerbe géante de faits et d idées; son art nous est aussi cher que sa science nous est précieuse. Nous pensons qu'il est très peu d'écrivains dont la France contemporaine ait aussi sûrement le droit d'être fi ère.