GRÉARI
Quel grand maître de l'Université il eût fait! Si la République eût souffert aux côtés du politicien ministre de l'Instruction publique un chef issu de L'Université, magistrat suprême de la hiérarhie, représentant et répondant de la corporation enseignante, avec quel zèle, avec quelle autorité et quelle dignité Gréard n'eût-il pas exercé ces fonctions! Fontanes de la démocratie, on l'imagine, comme l'autre, dévoué au bien public, empressé à servir la France, plus encore que le maître dujour, d'ailleurs souple, point frondeur, bon conseiller, solide et sûr, plus actif et surtout pi* expert administrateur que le poète de la Grèce sauvét et des Embellissements de Paris : avec moins de liant plus de fermeté, plus de labeur, la même aptitude i rendre à l'Etat ces « services de littérature » que Sainte Beuve sut nous faire apprécier, il eût égalé soi heureux prédécesseur dans l'art de guider les homme et de triompher avec élégance des difficultés ; il 1 eu surpassé en bon vouloir, en dévouement efficace.
O. GRÉAKD 337
A bien des égards le poète Fontanes inaugure une lérie que Le moraliste Gréard semble clore : rappeims-nous le jugement des Lundis! « M. de Fontanes représente exactement le tvpe du goût et du talent poétique français dans leur pureté et leur atticisme, sans mélange de rien d'étranger, goût racinien, fénelonien, grec par instants, toutefois bien plus latin que grec d'habitude, grec par Horace, latin du temps d'Auguste, voltairien du siècle de Louis XIV. Je crois pouvoir le dire : celui qui n'aurait pas en lui de quoi sentir ci qu'il v a de délicat, d'exquis et d'à peine marine dans 1rs meilleurs morceaux de Fontanes, le petit parfum qui en sort, pourrait avoir mille qualités fortes '1 brillantes, mais il n'aurait pas une certaine finesse égère, laquelle jusqu'ici n'a manqué pourtant à aucun le ceu.v qui ont excellé à leur tour dans la littérature qançaise. Fh! eh ! quelques-uns de ces traits — sauf, jfen entendu, la très légère nuance poétique — se Couvent en Gréard. On dirait une ébauche, que l inversite va. durant un demi-siècle, développer et ^forcer, sans en altérer les ligues essentielles : res- •ect des classiques, esprit purement français, sens de ' netteté, de la concision ornée... cela est fondalental; U- temps y ajoute une curiosité d'esprit *rue, encore que limitée par le culte sévère de la •adilmn littéraire, des goûts plus solides. Cornu, ■ Fontanes, Gréard s'inspire duxvn* plus que U xv.i, siècle, mais il va plus loin et surtout plus fdo.mem.Mit; il est fénelonien, il est, dans la mesure ,l Peu! ! être un prosateur, racinien, mais par delà acine, l'ort-lioval l'attire : il s'y enferme par la '»-•• lait de l'étude dj Sainte-Beuve son livre de
chevet. 11 es» grec bien plus que latin, non point par Horace, mais par Plntavqne, Platon, Epictète : la tnj vole sentimentalité du xv..." siècle finissant ne ■ salisfaii point; il va au sérieux, s'attache anxprj blêmes moraux et religieux; les plus fortes lectuj ne le rebutent point; il scrute les Pères de V.ghse
s'efforce d'extraire des oeuvres de saint Paul j
saint Jérôme, de saint Augustin, une mmsson dhà
maine et éternelle vérité.... L'Umvers.te de 1850]
autant d'esprit, elle a plus d'àme que celle de 18M
L'Université s'est enrichie: elle remplit sa missuJ
«mi est de recueillir, de définir et de vulganser le
traditions éparses de la culture française; elle n
point cessé d'être elle-même : Fontanes n eut pou
Lue Gréard : ri l'eût aimé de prolonger pan." no»
le prestige d'une formation d'esprit, d habitud,
morales et de mœurs courtoises, suprêmement el
gantes, harmonieuses... et qui vont se dissoudre.
Fontanes - Gréard. un cycle universitaire e clos : ces grâces discrètes, nos mœurs brutales le recette ne s'en accommodent plus ; cette tare humaniste, l'intelligence moderne la goûte end sans en subir l'ascendant : bâtons-nous de saluer passé qui achève de mourir, qui fut cher a beaucj d'entre nous, et que déjà les jeunes ont cesse de co
prendre.
Gréard aura été l'un des représentants les complets de ces ferneus ;s promotions normal.» du milieu du m' siècle: non qu'il inangure un m