GXÉA.UD
Renient de pensée, comme Taine, ou manifeste une pèvre d'aventureuse ambition, tel Prévost-Paradol, ou révèle un irrésistible penchant à se répandre
lans les Lettres ou la Presse — qu'il est entendu que nous ne confondons point — tels About, Sarcev et quelques aut,vs. Mais il nVst aucune de leurs qualités d'esprit que ses camarades ne lui reconnaissent, harmonieusement développées, cultivées avec la plus fcureuse application. Gréard avait eu une enfance docile; ainsi Rollin, « L'élève divin; » à l'Ecole, il lit k délices de ses maîtres; L'Université s'admira en lui — Victor Duruv, Jules Simon étaient de bons juges — et approuva cet esprit de mesure et ces vertus fcoralesqui achèvent la physionomie du parfait disciple et du maître excellent ; « Tues notre conscience intérieure, » lui écrivait Prévost- Paradol. ^ Ajoute/ cette autorité qui ne s'acquiert point, que (iréard possède de naissance, qu'il raisonne et développa au cours de sa carrière : professeur de collège, Bréard est un maître écouté : « Ce qui, écrit-il, aux veux de l'écolier, constitue le niait re, c'est la pleine |4tesessioi] de soi-même, le parfait accord de la conluil rl du la*%age, l'esprit d'exactitude et de justice. Éfc judicieux mélange d- bienveillance et de Fermeté.
-ont c i fonds de (pialités graves et aimables sur Lequel
repose ce qu on appelle le caractère. Il n'est point de •cachons naturelles, pas de conséquences inévitables lont on puisse attendre les effets qu'exercent l'air, 1 asfcdant, Ja parole d'un homme ainsi établi dans la COUkâence «les entants. Gomme il donne a la récompense sa
fcieur, il imprime a la peine sa force moralisai, i,,..
-ui seul est capable d'éveiller dans l'esprit de l'élève
le sentiment de la faute commise, ce mécontentement de soi qui est le commencement de la sagesse, d accomplir en un mot l'œuvre de persuasion qui, suivant une heureuse expression de Rollin, est la vraie lin de l'éducation. >» Tel le vrai maître : Gréard s est peint luimême. — Cette autorité ne l'abandonne point lorsqu'il entreprend de réformer les méthodes de l'enseignement primaire : instituteurs qu'il stimule et réconforte, commissions municipales, assemblées universitaires qu'il émeut, persuade, entraîne, à tous il inspire une conliance nuancée de respect. Vice-recteur, une tâche plus complexe lui incombe : son autorité s ac croît : elle triomphe dans les conseils où s élaborent les règlements et les programmes, s'impose aux ministres. Il n'est pas grand maître : s'il 1 était, son influence serait-elle mieux armée? Donneur d avis (pie l'on ne suit pas toujours, que l'on suit souvent, son office est d'amorcer les réformes et de les aiguiller vers la modération en réfrénant les ardeurs indiscrètes.
lit c'est ici que reparaît le normalien, le normalien
de 1830 : qui donc parmi ces générations brillantes
servit plus utilement la gloire de l'Ecole? Certes.
Gréard n'ignore point les nécessités du présent : i
sait que l'Ecjle ne satisfait plus à ces nécessites
Mais il entend, par son exemple, prouver la vertu d v
enseignement condamné : toute son habileté, tout.
son éloquence, il les emploie à défendre et à mainte
nir le généreux esprit de cet enseignement contre le
tendances envahissantes d'une pédagogie utilitaire
il est de cette université qui sauvegarde nos tradition
et s'efforce d'infuser à la France moderne le san
O. GRÉAfiD 34 1
vigoureux des classiques. Avocat obstiné du latin, du grec, des études désintéressées, il est dans les conseils de l'Université un conservateur avide de progrès, un novateur respectueux du passé, un es] rit singulièrement actif, vivant et sage.
De tels hommes, qui marquent l'aboutissement d'une discipline, résument les vertus d'une corporation, ses mœurs, sa philosophie, de tels hommes ne sont point forts aux yeux de leurs seuls contemporains : empressée à témoigner de leur utilité sociale, la postérité distingue mal leurs traits individuels. Qui nous les révélera ? l'exercice continu d'une fonction met un masque aux visages : certaine perfection élégante ne s'obtient qu'au détriment du relief caractéristique : le tempérament d'un mondain nous échappe.... La personnalité de Gréard, si élégante, est discrète, discrète : « L'originalité de Gréard, ce qui lui donne une physionomie particulière à la fois parmi les moralistes et parmi les éducateurs, c'est que ses qualités les meilleures comme homme, comme penseur, comme écrivain, étaient précisément celles qui pouvaient le mieux servir sa profession.... » Mais encore? Legouvé affirmait de Gréard : « Ce serait un homme parfait, s'il consentait à s'amuser. » Legouvé était gai : la gravité répand autour d'elle un petit mystère que nous n'aimons point.
Et voici sur Gréard, le livre de Y « une de ses élèves
342 PIG1 RES l.m ÊB UBES
1, . plus fidèles et les plus dévouées » : la gratitude féminine devait ce monument à Fauteur de Y Education (1rs femmes pur 1rs femmes. Mme P. Bourgain acquitte, le plus aimablement du monde, une dette collective; elle esquisse dune main pieuse et légère la silhouette de sou maître; une sensibilité graeieuse anime son livre. Mme P. Bourgain en outre est très) informer : sou érudition pédagogique et administrative est solide. Mme P. Bourgain est un guide que l'on suit avec assurance. Elle nous révèle l'enfance * sérieuse et charmante » de (iréard.
Voici le bon élève issu d'une famille de Normandsrobins et gens de finance, et qui des récits du grandpère Chenou retient « cette instinctive conclusion que le respect de l'autorité et de Tordre établi sont les premiers des principes et des biens. » Le normalien, le jeune professeur ne connaissent que des préoccupations professionnelles : à Metz. Gréard est chargé des enseignements les plus divers : « J'étais à la fois littérateur et historien, cocher et cuisinier d'Harpagon : » tristesse morne de la petite ville inhospitalière et maussade! Joie des correspondances que les bons camarades multiplient : Prévost-Paradol se croit (( menacé sérieusement de faire fortune; » il veut associer o son cher petit Octave » à sa chance : « Si, ce que je n'ose espérer, c'était réellement un signe amical de la bonne déesse, soyons hardis. » Gréard et Prévost-Paradol. administrateurs d'une hypothétique tourbière! Gréard refuse. Il est nommé à Versailles; soucis d'érudition : sera-t-il historien ou littérateur? Soucis de famille : la naissance d'une fille le console; soucis, travaux, intrigues; très peu d'intrigues: -on
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mérite, éclatant, proclamé par de bienveillants inspecteurs, lui vaut une chaire à Saint-Louis. Hâtons-nous. Le ."{M août I86i, Gréard est introduit par Duruy dans l'administration académique; c< jamais choix ne fut plus heureux, et n'eut pour L'Université des conséquences {mus fécondes, » Ah! sans doute! Gréard soutient une thèse : la thèse est un peu oubliée : il faut - souvenir que Gréard organisa et créa, en quelque sorte, l'enseignement primaire dans le département de la Seine: entreprise de longue haleine, et qui fournit à Mme P. Bourgain quelques-uns do ses plus vivants ehapit res.
En I879; Jules Ferry, qui a besoin d'un conseiller, fait de Gréard un vice-recteur; et ce sont les grandes réformes, les enquêtes parlementaires, les lycées de garçons que l'on multiplie, les lycées de tilles que l'on institue, l'autonomie des Universités que l'on fait triompher, la Sorbonne que l'on rebâtit.... Que de projets, de débats, de chiffres, de discours! et quelle besogne! Mme P. Bourgain, qui n'omet rien d'essentiel, écrit toute cette histoire avec netteté, avec précision, avec ordre : certes ce livre est attrayant. L avant lu, nous découvrons avec surprise qu'un nouvel obstacle semble surgir et nous empêcher de considérera loisir Gréard lui-même : tant de travaux nous distraient de l'homme : en dépit ou à cause de son impérieuse activité, sa personnalité, un peu indécise, nous échappe encore.
Sesécrits le livrent davantage— Mme P. Bourgaui
ne s en avise point suffisamment — une flamme de passion qu'on n'attendait point de lui éclaire <>t échauffe
son étude sur Héloïse et Abélard : il trahit dans
344 PIGI BES LITTÉRAIRES
Edmond Scherer ses doutes et son anxiété morale : son Prévoêt-Paradol est l'œuvre de la plus délicate amitié; une mélancolie grave, une foi ardente se ren-J contrent ei s'allient dans Xos adieux à la vieille So/'-l bonne; ses œuvres pédagogiques témoignent d'unej générosité de cœur et d'intelligence qui leur assure un charme durable... tout cela tempéré par la modération de l'expression, la mesure, le tact, une perpétuelle réserve.
La mesure, le tact, la réserve prudente et digne, qualités essentielles qu'il manifeste dans l'action tout autant que dans l'élaboration littéraire; c'est par là qu'il mène les hommes, administre, résout les plus délicats problèmes : « C'était merveille, en vérité, assure M. Léon Bourgeois, de voir comment entre ses mains, par des passages insensibles, l'affaire la plus redoutable parfois se simplifiait, s'aplanissait et semblait s'offrir d'elle-même à la solution. On sentait là quelque chose d'analogue à l'art du grand peintre qui, par quelques touches légères, mais d'une justesse de valeur exceptionnelle, change tout le relief, toute la distribution des ombres et des lumières dans un tableau.... » Connaissance d'autrui et de soi-même, modération, habileté qu'aucune ambition n'aveugle : Gréard se vit offrir la direction de l'enseignement supérieur, un siège au Sénat, l'expectative d'une entrée au Conseil d'Etat.... Eût-il l'intuition que ses mérites de lettré et de « grand commis » seraient méconnus dans les Parlements? Il s'abstint. Ainsi complétait-il la leçon d'une carrière exemplairement heureuse.
G. DESDEVISES DU DÉZERT
Une vie d'utile et obstiné labeur, une vie féconde, une carrière d'activité généreuse dépensée sans compter pour la science et pour le bien, une œuvre touffue, diverse, tout entière traversée de la même flamme, une destinée paisible, fièrement indépendante, insoucieuse des ambitions vaines et des snobismes dont ne savent point toujours s'affranchir les plus nobles esprits; une carrière toute droite, un loyal effort, un esprit alerte, très libre, préoccupé de creuser un sillon sans empiéter sur celui du voisin, d'agir, de travailler à son rang, selon une immuable discipline, un homme enfin qui s'avoue heureux, heureux en une lointaine province, satisfait d'un sort accepté d'un cœur enthousiaste et modeste... ces traits (pie j'assemble au hasard pour une rapide esquisse me séduisent tout d'abord, 3t m'enchantent. De tels hommes existent donc en Ërance, de telles vies sont possibles! Assourdis par es clameurs de l'odieuse réclame, notre résignation,
ô Parisiens, ou cotre inefficace révolte sont témoins des pitreries de l'universel arrivisme: Paris est rempli de Taux grands homme-. ( '.«'pendant en province (les couvres considérable- s'élaborent, dont nous n'entendons parler que rarement; des esprits singulièrement actifs grandissent parmi la redoutable somnolence départementale; la dignité, l'unité, la beauté de cer-I laines vies nous seraient, si nous daignions nous arrêter, d'un magnifique et réconfortant exemple. Ll niversité çà et là favorise de telles vies : je pense qu'il u'est presque rien, nul service, pourquoi notre France divisée et inquiète lui doive témoigner plus de gratitude .
L'Université, à qui Ton fit parfois un grief de je ne sais cpelle fièvre de réformes, favorise encore certaines traditions : fils d'un historien, professeur de Faculté, M. G. Desdevises du Dézert continue les fonctions et les recherches paternelles: voyez-vous à quel point une autorité héritée seconde et renforc ! une influence légitimement acquise? L'Université ne s'insurge point contre l'indépendance. Elle admet ces filiations de vertus et de talents que semblent mépriser la plupart de nos institutions: elle n'ignore point le bénéfice qu'elle en retire, ni que son prestige s'en accroît. Ainsi travaiile-t-elle à l'ordre social en sauvegardant ses anciennes libertés.
Marquons un point de départ : G. Desdevises du Dézert enseigne dans un lycée; il na point pour ses élèves ce transcendant mépris qui paralyse un Tainc dans une humble chaire : il n'est pas théoricien ; sa philosophie ne va qu'à mettre au service d'autrui les : sources d'une bonne volonté inlassable, et à se réservei
(.. r»i;si)i:\ isks m DÉZERT 34 7
à soi-même les sévérités d'une discipline inflexible : il est historien et Normand, doublement réaliste, enclin à cette acceptation intelligente qui triomphe des difficultés de la vie: il aime son métier; il se sent pédagogue (pourquoi a-t-on affaibli en Le galvaudant ce beau mot plein de sens?), il travaille pour autrui; il travaille pour soi-même; il est un prodigieux travailleur; il se voue à L'étude d'une histoire difficile mal connue en France, à peine mieux étudiée au delà des Pyrénées, l'histoire d'Espagne.... Observons l'actuej développement d'une carrière qui promet d'être longue encore et abondante en œuvres; G. Desdevises du Dézert est doyen de la Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand. Entre ces débuts et cette maturité, il i la réalisation d'un rêve d'honnête homme et de bavant.
Savez-vous, ô Parisiens! ee qu'est ledéeanat? Quels égards sont dus à un doyen? Quels volontaires hommages, quelle déférence spontanée lui témoigne»! une Faculté, une Université, et toute la clientèle intellectuelle d'un ressort académique?
La vieille cité qui joua les capitales et se crut naguère la métropole d'une partie dr la France, végète, oublieuse de ses gloires; ses maisons noires, ses mélancoliques hôtels à écussons armoriés escaladent une
ini" d'où l'on découvre le plus noble cortèee de monts roux et violets, une vaste plaine où se joue la hunière : la magnificence du spectacle n'exalte point les habitants; 1 >s plu- actifs émigreni à Paris. Qui donc •> parlé de décentralisation? la vie intellectuelle de nos I 'lectures se rétréci! et sappauvril quand elles ne
possèdent point d'Université..'.. Enfin voici une Université : la vieille ville s'enorgueillit de ce palais, de ces professeurs, de ces cours publics : orgueil n'est poinj toujours sympathie ; c'est ici que l'influence d'un doyen détermine des prodiges; élu par ses pairs, il est leui porte-parole ; il est entre ces intellectuels déracinés el les autochtones l'intermédiaire désigné; sa courtoisii désarme les hostilités, sa diplomatie apaise les cou flits; sa bienveillance, sa franche cordialité font quoi l'accueille dans tous les camps; il est hors et au-des sus des partis. Grâce à lui, à sa droiture, à son hbé ralisme, L'Université attire les esprits, sans inquiète les consciences; grâce à lui la vieille ville découvr une science aimable, ni pédante ni rébarbative, mai humaine, conciliatrice, seul guide de l'humanité d demain.... Magistrature honorifique, où triomphe 1 finesse des vrais maîtres; car il s'agit ici encore d'en seignement, du plus difficile peut-être et du plu nécessaire, s'il assure par la persuasion et l'autorit personnelle le rayonnement de la haute intellectuaht parmi les masses. Un tel rôle d'apostolat discret es peut-être en province le plus digne de tenter et d satisfaire un homme d'esprit; dans la vieille vdle n'en est point de plus unanimement respecté : prt bende laïque, mais non point sinécure, le décanatraj pelle à nos départements le prestige de certains cane nicats: le doyen apparaît à nos préfectures tel u chanoine moderne de qui l'action spirituelle et science dénuée d'austérité annoncent le passage d mœurs et d'un état social périmés à une société rén< vée, mais non point oublieuse des charmantes vert! de jadis.
G. DESDEVISES DL* DÉZERT 3 49
Professeur excellent, pédagogue de tempérament,
érudit patient et prompt, doyen de Faculté honoré et limé — ai-je révélé les ressources d'un esprit également doué pour la vie et pour la science? Peut-être n'en eût-on pas d'abord aperçu la diversité à par- ■Ourir, si considérable qu'elle soit, son œuvre écrite. Avertis, nous saisissons le principe de cette curiosité toujours tendue, de ce zèle, de cette persistante application, de cette érudition qui s'ouvre hardiment des voies nouvelles et ne craint point d'y semer des idé s générales et de définitives sentences.
Cette érudition s'applique d'abord à éclairer le passé de L'Espagne : queï Français témoigna aux nations ibériques une plus chaleureuse et plus clairvoyante sympathie? quel Français comprit mieux la tragique grandeur de leur histoire et s'efforça de rechercher plus profondément le secret de cette grandeur, de ces revers, de cette longue et fiévreuse apathie? Archives de Xavarre à Pampelune, de Guipuzcoa à Tolosa, de Biscaye à Guernica, d'Alava à \ itoria, archives municipales de Saint-Sébastien, de Bilbao, de Csstona, de Yalladolid, de Saragosse. de Barcelone, archives d'Aragon, archives générales centrales de Alcala de Hénarès, archives de la marine i Madrid, archives des Indes à Séville, archives du îonsulat à Cadix, archives du port militaire de la Jarracc< • San Fernando... est-il un fonds, un dépôt, me archive, une bibliothèque de quelque importance,
;{;,() FIGURES LITTÉBAfttES
que cei érudit n'ait point interrogé, scruté, sondé avec une studieuse ardeur? L'histoire, la véritable histoire, si différente de la légende et des tradition nels mensonges de l'ignorance et du chauvinisme sommeille parmi ees parchemins poudreux; G. Des <levises du Dé/.ciï secoue cette Léthargie; suigi des sources, son premier livre étonne par un air de foi'U nouveauté; G. Desdevises du Désert évoque Letraiid figure de Don Carlos, prince de Yiane, frère aîné 4 Ferdinand le Catholique; e( je consens (pie les gen frivoles ignorent l'étude qu'il intitule De condition mulieriun ju.rta forum nnvarrcnsium . mais enfin cette Espagne des xiv< et xv" siècles, qui revit en ces livres clairs et solides, est singulièrement attachante : une apparente anarchie, un peuple actif et remuant, cinq nationalités, trots religions, deux civilisations, une éclatante floraison d'art et de littérature... ah ! je vois bien que la sympathie de Desdevises du Dézert a est ni feinte ni superficielle, et qu'il a de sérieuse'-, raisons d'admirer ces Espagnols fougueux, qui • mènent la vie la plus libre qu'on connût alors en Europe.
Mais déjà l'historien s'évade de ces Ages lointains; il découvre la grande ambition de sa vie ; seraitil interdit à un Français de suivre — fût-ce de loin?
un illustre exemple et de tenter une vaste esquisse
des origines de l'Espagne contemporaine? Oui ne devine la difficulté d'une telle entreprise? immense sujet, à peine exploré cà et là, en sorte que l'autan devrait lui-même exécuter les plus élémentaires vaux d'approche; ni monographies, ni catalog des archives peu ou point classées : nul guide sur: de trop rares auxiliaires.... G. Desdevises du Dé/erJ
teui
G. MSSDËViSlâS UC DÉEERT 351
cependant fonce sur ce maquis : il y demeure quinze années, quinze années d'incessants voyages de reconnaissances rondement menées, de recherches et de bbeur tenace : il en rapporte l'Espagne de l'ancien régime, qui est le plus minutieux inventaire descriptif des institutions, des moeurs et de la vie d'une nation moderne.
I n tel livre excite l'envie non moins que l'admiration, et par delà nos frontières requiert la louange et provoque la critique : les Castillans ne sauraient approuver un auteur qui n'est ni monarchiste, ni clérical, (pu est, résolument, historien: devant F Académie de 1 Histoire. M. Canovas del Castillo s'indigne et proteste; M. Menendez Y Pelavo; dont le renom est européen, apporte à notre compatriote le réconfort de son amical témoignage.... Pour nous, nous accueillons c gratitude une œuvre dont aucune autre ne saurait tenir lieu, vigoureuse, solide, merveilleusement ordonné.', et dont l'éloquence simple et forte est si puissante pour gagner parmi nous à l'Espagne de ferventes amitiés.
En vérité, nous connaissons mal notre sœur latine : incessamment Desdevises du Dé/.erl nous aide à la mieux découvrir : il n'est guère d'aspect de la culture et de la vie espagnoles qui n'ait retenu l'attention de cet historien; cet érudit ne rougit point cl- se révéler vulgarisateur séduisant; son érudition se répand par mille canaux en conférences qui ne s'adressent point toutes a des spécialistes, en études (pue n'accueillent point seulement le- revues savantes. Il est un prodigieux travailleur : il publie un Conseil de Cas-
352 FIGUBES LITTÉaAIRES
tille en 1808; il annonce la Junte insurrectionnelle de Catalogne : il évoquera avec un saisissant relief cette héroïque Espagne, devant laquelle succomba la puissance napoléonienne.... G. Desdevises du Dézert est, en France, l'un des fondateurs et des maîtres de l'histoire d'Espagne : combien d'autres se fussent contentés de ce titre !
11 ne s'en contente point : surprenante confession
de ce fouilleur d'archives : « Je n'ai point, écrit-il,
le tempérament de l'érudit. » Entendez plutôt que
s'il en a les meilleures vertus, il n'en possède point
l'ordinaire indifférence, cette sorte d'ataraxie qui exil
des préoccupations contemporaines tant de savants
« Je suis de mon temps et de mon pays; républicai
dès toujours, passionnément patriote et libéral, j
n'ai pu résister à la tentation de dire mon sentimei
des grandes questions qui occupent mes contempj
rains. Je l'ai fait sans arrière-pensée d'ambition o
d'intérêt personnel, sans rien désirer, sans ne
craindre, sans jamais m'en prendre aux hommesf
mais en disant des choses toute ma pensée. » Loyauté
audacieuse et quasi imprudente : G. Desdevises du
Dézert publie une ample histoire des rapports de
l'Eglise et de l'Etat en France; serait-il possible
d'atteindre en un pareil travail à l'objectivité pure?
G. Desdevises du Dé/^rt établira la vérité: il sait
quelles passions sont ici redoutables ;
Ces passions, que je ne partage point, il m'a paru que
. G. m:>m.\ i>i s du dézem ;;;,r,
je n'aurais pas trop de (»cnu- î 1rs écarter 4e mon chemin, ri je me suis senti un véhément désir de me firayer nui passage à travers tous les obstacles jusqa 'à la vérité vraie, jusqu'à cette vérité, pure de mensonges el dépouillée d'illusions, qu'un esprit sain doil avoir le courage d'envisager et à laquelle il est de son devoir de rendre témoigna^ quand il croil l'avoir trouvée e( contemplée.
L'avouerai-je, ce fier langage m'inquiète un peu :
il est des vérités de fait que L'historien s'efforce d'établir selon les exigences d'une méthode rigoureuse ; Ci. Desdevises du Dézerl les enregistre — encore qu'il ne prétende point renouveler le sujet — avec une scrupuleuse exactitude; il ne se borne point là, il introduit en son récit des jugements abondants; il absout, il condamne; ici sa vérité ne sera point nécessairement la mienne, et je suis obligé de distingue 1 apologie, si légitime qu'elle puisse paraître, de l'histoire.... El sans doute, je ne réclame pas de l'historien une impossible abstention, mais je crains qu'il n'affaiblisse son œuvre s'il ne professe point quelque défiance de son sentiment propre; qu'il ne se hâte point, qu'il redoute les jugements téméraires et les trop promptes généralisations.
Menues chicanes : mieux vaut louer l'étendue de
I information, la modération des jugements, et enfin, e» surtout, ce souffle généreux qui anime d'un bout à I autre ce livre de bonne loi ; G. Desdevises du |ézert peint avec impartialité la Franc- catholique... ît l'autre : un éloquenl appel à la concorde termine >on livre; .1 croit à la pérennité du sentiment chréfn, à un renouveau de ferveur religieuse..,. Cel his-
P1GURRS LITTÉRAIRES
torien est optimiste; il ne désespère ni de la France ni de l'humanité ; il ne se contente point d'être un vivant modèle de sagesse familière, il est un professeur d'espoir et un maître de liant et réconfortant idéalisme.